Dans la bulle de… Christophe Cazenove

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2015 © La Ribambulle

Quai des bulles 2015. Nous profitons de la présence de Christophe Cazenove, scénariste le plus prolifique des éditions Bamboo, pour l’interroger entre deux dédicaces. Peu coutumier des interviews, il nous parle de sa manière de travailler sur plusieurs séries en même temps et du plaisir qu’il prend à collaborer avec des dessinateurs différents. Un métier à plein temps qu’il exerce avec passion et sincérité. Comme les bons vins, on l’a gardé un peu en cave avant de vous la servir. En route pour l’univers de Piik, Cléo, des Fondus, des Sisters, ou encore des Petits Mythos, liste non exhaustive !

Vous êtes un scénariste très prolifique, dont le nom revient très souvent quand on regarde le catalogue de chez Bamboo. Première question : comment vous faites pour gérer tout un tas de séries en même temps ?

Je fais ça à plein temps donc je ne me pose pas trop la question. J’ai tellement rêvé de pouvoir travailler en tant que scénariste et de faire des bandes dessinées… Et puis je me dis aussi que, si en ce moment j’ai la chance que ça fonctionne, c’est le moment de travailler. Je ne vais pas me dire maintenant « il faut que je me limite » et puis plus tard regretter de ne pas en avoir fait, de ne pas avoir accepté certains projets. Mais je ne suis pas saturé encore, ça va.

Ça demande sans doute une organisation vraiment très poussée. Vous faites plusieurs séries le même jour ? Vous variez ?

Je me fais tous les jours un planning que… je ne respecte pas (rires) puisque c’est toujours perturbé par un coup de fil, par une priorité. En gros, je fais 3-4 séries par jour… enfin 3-4 séries, quelques pages de 3-4 séries par jour et c’est vraiment par rapport à la priorité, à l’urgence. Si j’ai un mail de Philippe Larbier, je sais qu’il faut que je fasse des pages des Petits Mythos. Si je sais que tel dessinateur n’a plus trop de pages, je me mets dessus. Je jongle un petit peu.

Sur certaines séries, on voit que les dessinateurs participent aussi à l’élaboration de l’histoire, comme William sur Les Sisters, et en plus, il a mis ses filles en dessin.

Tout à fait, oui.

SISTERS (LES)(1)Finalement, est-ce que ça vous fait gagner du temps ou pas ? Parce qu’il faut quand même se mettre d’accord avec le dessinateur…

De toute façon, déjà, ce n’est jamais une question de gagner du temps quand on fait ça. Là, pour cette série-là, Les Sisters, c’est déjà parce que ce sont ses filles, donc on ne peut pas l’écarter du scénario, surtout que c’est lui qui me raconte ce que font ses filles et moi j’écris les histoires par rapport à ça. Donc là c’est vraiment une série très particulière. Pour les autres collaborations, où je suis co-scénariste, c’est surtout pour le plaisir de travailler avec quelqu’un sur un projet qu’on a envie de faire ensemble.

Donc il n’y a personne qui dirige ?

Non non ! Pour Les Fondus, par exemple, c’est une idée d’Hervé Richez au départ mais on le fait tous les deux ensemble donc on s’appelle pratiquement tous les jours et on bosse trois quarts d’heure-une heure au téléphone pour chercher des idées. Quand on en trouve, on se les partage pour les découper, quand on n’en trouve pas, on déprime un petit peu (rires) et puis on se rappelle le lendemain pour essayer d’en trouver. J’ai remarqué que ça ne fait pas gagner du temps du travailler en co-scénario… puisqu’on travaille tous les deux, on fait chacun nos découpages mais on les passe au collègue pour qu’il les relise, pour qu’il revienne dessus… Donc finalement je n’ai pas l’impression qu’on gagne vraiment beaucoup de temps. En termes d’idées, oui, mais pas en termes de temps passé sur un album.

© Bamboo

Du coup, vous êtes habitué à trouver des gags pour différentes séries et vous vous êtes récemment lancé dans l’histoire un peu plus longue avec Le Livre de Piik… Ça change la manière de travailler ? Ça vous fait varier les plaisirs un peu ?

Oui, c’est ça. J’avais déjà fait ça il y a très longtemps avec Olivier Wozniak sur une série qui s’appelait Zone 51, au tout début où j’étais chez Bamboo, et j’avais toujours l’envie de développer à nouveau un projet de ce genre-là. Mais après, il faut trouver les bonnes personnes et les gens que j’ai rencontrés voulaient toujours plus ou moins faire du gag. Et puis, c’est vrai qu’après, comme j’étais un peu connu pour faire du gag chez Bamboo…

C’est un peu l’étiquette…

Oui, on ne me proposait pas autre chose. Et quand j’ai rencontré Cécile, elle, par contre, elle avait plutôt envie de faire une histoire complète donc c’était vraiment l’occasion de travailler sur ce projet-là.

En plus, je trouve que c’est plutôt très réussi.

C’est gentil ! On s’éclate vraiment. Je ne sais pas si ça fait partie des questions mais quand je travaille avec un dessinateur pour la première fois, ou même pas forcément la première fois, j’ai toujours tendance à lui demander ce qu’il a envie de faire, quels sont ses goûts… J’ai vu ça dans une interview de Yann un jour et j’ai trouvé ça très bien. Donc là, c’est Cécile qui a amené l’idée du petit gamin du Livre de Piik, c’est Ood Serrière qui a amené l’idée d’Halloween. Moi je me dis toujours que la meilleure manière de me renouveler, c’est de demander aux gens ce qu’ils veulent faire.

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Comme ça, vous ne leur imposez rien…

Et puis je me dis qu’un dessinateur qui va passer des mois sur un projet, il vaut mieux qu’il aime ça au début.

C’est sûr. Donc vous savez déjà s’il y aura plus de deux tomes du Livre de Piik ?

Alors, le deuxième est terminé mais il n’est pas encore paru, là, c’est en relecture. Bamboo nous en a demandé un troisième qui va clore le cycle, on va dire, et puis, si on a la chance que ça fonctionne, on se jettera volontiers sur le 4 mais ce n’est pas encore fait, c’est un peu tôt pour le dire.

Vous avez aussi avec, d’un côté, Richard Di Martino pour Cléopâtre, et Peral pour Louis XIV, inauguré une nouvelle collection qui est centrée sur l’enfance des personnages historiques. D’où est venue cette idée ?

Alors, ce n’est pas vraiment une collection sur l’enfance, c’est vraiment une collection Histoire, on en a discuté avec Olivier Sulpice, le patron de Bamboo. Il y a d’autres séries, là, qui vont arriver, puisqu’il y La Guerre de Cent ans, aussi, qui est en train de se préparer avec Peral et on prépare une BD sur laquelle on travaille déjà avec Philippe Larbier, sur les châteaux de la Loire, en gags, avec à chaque fois une info historique aussi, pour donner envie aux lecteurs, aux enfants, de s’intéresser à l’Histoire de France et aux châteaux, et puis éventuellement à les visiter (rires). Moi, j’adore les châteaux de la Loire, c’est une passion. Ça fait partie de cette collection Histoire. Louis XIV et Cléo, effectivement, c’était aussi le côté un peu mignon. Parler de Cléopâtre enfant, on trouvait ça mieux, pour s’adresser aux jeunes, que de prendre Cléopâtre adulte. Et puis il y a des histoires avec César, ça finit mal… On préfère la montrer enfant, ça se passe encore bien.

Il y aura d’autres épisodes à venir pour ça ?

On est sur le tome deux, pour Cléo, avec Hélène Beney, aussi au scénario. Et puis on verra après, c’est toujours pareil.

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Pour l’instant, ce sont les deux seuls personnages pour lesquels il y aura une enfance ou d’autres sont peut-ils prévus ?

Euh, non. Ce que je sais – après je ne sais pas vraiment ce qu’a prévu l’éditeur – c’est qu’il y a une série sur Napoléon, de Stédo et Lapuss’ (NDLR : le premier tome est sorti le 30 mars 2016, chronique à venir), il y a quelques pages qui paraissent dans Bamboo Mag mais Napoléon est adulte et déjà très énervé… En enfance, je n’en vois pas d’autres pour l’instant.

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Il y a un côté effectivement très didactique dans ces publications : il y a quelques gags et il y a aussi beaucoup d’informations, et le petit cahier spécial à la fin…

Et qui sont relus, les gags ! Par exemple, pour Cléo, ils sont relus par une égyptologue, Virginie Joliton. Pour le coup, c’est tellement précieux d’avoir quelqu’un comme ça et tellement intéressant.

Du coup, on a l’impression que le côté didactique est au moins aussi important que le côté humoristique, finalement, pour essayer de faire les deux.

On ne perd pas de vue qu’on fait quand même des BD humoristiques avant tout. Il faut que ce soit un gag qui fonctionne, que ce soit rigolo. Ça, c’est ce qu’on essaie de faire mais c’est vrai que, si on peut rajouter des infos, à la limite, on se dit « pourquoi pas », plutôt que de dire que Cléopâtre vivait, je ne sais pas quoi, dans une cabane, pourquoi ne pas dire qu’elle vivait dans un palais avec son père qui était pharaon.

Être le plus précis possible…

Oui, sans être non plus… on essaie de ne pas être trop gonflants pour les gamins. Il faut faire un truc simple mais en donnant des vraies infos et pour nous, c’est encore plus intéressant de travailler comme ça.

Vous êtes vraiment un passionné d’Histoire. Vous avez fait…

Ah non, je n’ai pas fait d’études spéciales, moi. Niveau études, je suis assez nul, je me suis arrêté au Bac mais l’Histoire me passionne vraiment. Je ne suis pas calé, je ne connais pas grand-chose. C’est plus une passion, plus précise pour la mythologie.

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Philippe Larbier est de Touraine, c’est pour ça que l’album sur les châteaux de la Loire se fait avec lui ?

Exactement ! Il m’a dit « Je préfère que ce soit moi plutôt qu’un Marseillais qui fasse ça ». Mais ça ne le dérange pas que ce soit un mec du Sud qui l’écrive, par contre.

Justement, je voulais parler des Fondus du vin. Les vins de Loire sont les seuls qui manquent…

Non, c’est prévu ! On va s’y atteler. Toujours la même équipe : Hervé Richez et moi au scénario et, pour le dessinateur, je ne sais pas.

Ça change ? Ça tourne un petit peu ?

Très souvent, il y a des nouveaux dessinateurs et ce n’est pas moi qui les choisis donc… Et puis, je n’ai pas envie, je préfère me concentrer sur les personnages et tout ça, donc je laisse Hervé et puis l’éditeur…

Ça m’intéresse parce que je suis de Tours aussi.

C’est vrai ?! Ah, moi, j’y vais au moins une ou deux fois par an, j’adore !

Je raconte ma vie mais j’ai fait une thèse sur la mise en valeur du patrimoine alimentaire de la Touraine donc les vins de Loire, ça m’intéresse un peu.

Aaaah, c’était une question orientée.

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Aussi ! (rires) Non, mais je me suis dit « tiens, une collection là-dessus » et je découvre. J’ai lu l’album consacré au champagne, celui de l’Alsace qui vient de sortir, etc. C’est vraiment bien fait, comme des petits guides.

C’est le principe, on se documente : le Beaujolais, le Bourgogne, le Bordeaux, le Côtes-du-Rhône… en essayant de faire un truc rigolo.

Vous êtes un peu passionné de vin quand même à la base ?

Ce n’est pas le mot. Hervé Richez, oui, par contre, est un vrai passionné de vin. Il connaît le vin. Moi, par contre, j’apprécie le vin blanc, certains vins blancs. C’est comme Les Fondus de moto, je n’y connais rien, je suis une brêle… enfin, une brêle, c’est une moto aussi… vous voyez ce que je veux dire (rires). Ce qui m’intéresse, c’est vraiment de raconter la passion, pourquoi ces personnages-là peuvent aimer la moto, pourquoi ils peuvent aimer le vin, et chercher de la doc pour parler de produits aussi. Ça, ça m’intéresse. Après, je ne suis pas obligé de boire des litres de vin pour écrire, ça ne m’aiderait pas ! (rires)

J’allais demander si vous allez faire toute la France, donc c’est en cours…

Après, on va s’arrêter, parce qu’à part les vins du Sud…

Justement, est-ce que vous pourriez ouvrir la collection aux vins étrangers, comme les crus italiens ?

Là, on va peut-être déjà faire un bouquin sur la bière, le chocolat… Vous voyez, ça peut être intéressant. Le chocolat, ça m’intéresse déjà plus. Je suis beaucoup plus dans mon élément. Mais oui, pourquoi pas. Il ne faut pas non plus faire le bouquin de trop. Ce ne serait pas justifié. Pour le vin, il faut quand même qu’il y ait une région, un relief, quelque chose qui fasse qu’on ait envie d’en parler. Si on parle d’un vin qui ressemble tellement à celui de l’autre album et qu’on n’a rien à dire…

Olivier Saive disait hier qu’il fait quelques rendez-vous du vin. Il y dédicace l’album.

Je n’y vais pas, non. (rires) Je n’y vais pas trop. Lui, il aime bien. Je lui laisse ça, en tout cas.

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Il faut s’intéresser un peu à tout quand vous faites Les Fondus de moto, du bricolage… Est-ce que les idées vous viennent plus facilement pour certaines thématiques ou pas ? Vous vous adaptez à tout ?

Le thème ne me gêne pas. J’ai l’impression qu’on pourrait travailler sur n’importe quel thème, que ce soit sur Les Fondus ou sur autre chose. En Histoire, par exemple, tous les thèmes historiques m’intéressent : je suis plutôt passionné par le médiéval ou la mythologie grecque mais je pense que je pourrais faire une BD sur César ou sur la Guerre de 14. Le tout, et ce qui me plaît, c’est de se documenter et d’apprendre des trucs, que j’oublie aussitôt une fois que la BD est sortie. Comme je vous l’ai dit, je demande au dessinateur ce qu’il a envie de faire et j’essaie de prouver que je suis ouvert à tous les thèmes. Après, par contre, si on me propose un truc qui ne m’inspire pas, je ne le fais pas. Mais ça fait partie, je trouve, du même principe quand on travaille sur un thème pour Les Fondus, je le fais, et j’y prends du plaisir, pour l’instant il n’y a pas un thème qui m’a rebuté.

Je vous rassure, je viens de terminer une thèse d’Histoire et ce n’est pas pour autant que je vais me rappeler de tout…

Là, je parlais avec un gamin : il a acheté Les Animaux marins en BD et il parlait de choses qu’on met dans l’album mais je ne m’en rappelais plus, moi ! Il y a mon nom sur la BD et je ne savais plus de quoi il parlait… (rires)

Vous travaillez avec de nombreux dessinateurs : William Maury, Philippe Larbier, Philippe Fenech, Olivier Saive, Richard Di Martino, Peral, etc. Pour mettre un peu la pagaille, il y en a un dont vous êtes plus fier que les autres ?

Non. Juste une précision, William Maury, en fait, il préfère qu’on l’appelle William, parce que William Maury, c’est quand il faisait des bouquins avant… Sinon, pour répondre à la question, ce qui m’intéresse, même au-delà de la série, c’est la collaboration. C’est pas des blagues. Par exemple, avec Larbier pour Les Petits Mythos, on est vraiment amis. J’ai vraiment envie de lui faire plaisir en faisant des scénarios qui pourraient lui plaire et je pense que c’est un peu pareil de son côté. Pareil pour William, Stédo… Ça fait quinze albums qu’on fait ensemble avec Stédo, on est vraiment copains. C’est ça pour moi qui compte, avant le fait de faire un bouquin. Du coup, je travaille avec des gens avec qui je m’entends. Avec Ood Serrière, on est en train de faire un bouquin sur Halloween, on s’entend super bien pourtant on ne se connaissait pas avant de démarrer ce bouquin. On s’appelle, on rigole… Pour moi, la collaboration passe vraiment avant le fait de travailler sur une série.

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En plus, comme vous voulez faire plaisir aux dessinateurs…

C’est vrai ! On se voit en dehors. C’est important de s’appeler en dehors des moments où on travaille sur l’album. J’aime bien ce côté-là.

Un peu famille…

Oui. J’ai besoin d’avoir des copains, moi ! (rires)

Vous vous voyez parfois en vrai ou vous êtes plus au téléphone ?

Ah non, moi j’habite dans le Sud. C’est Richard Di Martino le plus près. Les autres sont tous assez loin. On se voit en festival, comme ici à Saint-Malo. C’est l’avantage : ça permet de venir en festival et de voir des copains. C’est très important. Je ne me verrais pas faire une série avec quelqu’un que je n’aime pas du tout.

Du coup, vous allez souvent dans les festivals ?

J’en fais entre douze et quinze par an. Chaque année, je me dis « j’en fais dix » et puis je n’y arrive pas.

Nous, on a rencontré William, à la Teste-de-Buch.

Lui arrive, par contre, à en faire très peu !

Et là, on l’a vu : on était contents.

Il sort, des fois, il a le droit ! (rires)

SISTERS (LES)Justement, à propos de ça, est-ce que vous savez s’il y aura d’autres thématiques ? Sur Les Sisters, il y a eu les Toutous, des choses comme ça…

Il faut qu’on trouve l’idée qui nous fasse marrer. On ne veut surtout pas donner l’impression qu’on fait un truc à tout prix, pour vendre. On ne veut pas faire un bouquin qui serait juste prétexte à faire un truc. D’ailleurs, même quand on fait un recueil, quand on fait un best-of, c’est vrai qu’on met quand même du rédactionnel en plus, des illustrations inédites… Les petits romans (NDLR : dérivés, en poche), c’était pareil, c’était toujours des histoires inédites avec des dessins inédits. Donc là, on n’a pas encore d’idées pour la suite mais si on trouve une idée comme La Cuisine ou Les Toutous… Moi, Les Toutous, je l’ai fait avec mon vétérinaire. C’est parce que je m’entends très bien avec lui que j’ai pensé à cette idée de bouquin sur les chiens. Après, ça s’est rallié aux Sisters parce que c’était vraiment une envie de connaître plus ce gars-là et d’apprendre des choses sur les chiens. La Cuisine, c’est pareil. Il faut vraiment que ça me fasse plaisir au départ.

Et vous avez travaillé avec quelqu’un qui fait des ouvrages de cuisine.

Tout à fait, Brigitte Carrère, qui a fait des ouvrages et, d’ailleurs, qui a téléphoné aux vraies Sisters pour savoir ce que mangent, ce qu’aiment Marine et Wendy, pour faire des recettes qui leur sont adaptées.

Vous avez essayé ?

Je n’ai pas essayé les samoussas roquefort-chocolat.

Moi, j’ai essayé les cheesecakes, les tomates farcies…

Ah oui, au Boursin.

Comme vous faites vraiment énormément de choses, si on devait retenir trois séries de vous, quelque chose comme ça, est-ce qu’il y en a que vous mettriez en avant plus que d’autres ?

Non, je n’ai pas envie de réfléchir comme ça parce que, déjà, ça m’embêterait de mettre une série en avant par rapport à une autre, et par rapport à mes collègues. Et puis, je n’ai pas envie. Je n’ai pas de préférées. Quand je prends du plaisir à bosser avec les gens… Là, par exemple, je fais aussi une BD de commande, un truc fascinant, je prends du plaisir à la faire vu que je le fais avec des copains. Je ne me verrais pas dire « je préfère celle-ci ». C’est vrai que ça fait un peu langue de bois mais pour le coup, non, je crois vraiment que je m’éclate. J’ai tellement rêvé de faire de la BD, j’ai tellement rêvé de faire du gag…

© Bamboo

Du coup, votre parcours… Vous avez mis longtemps avant d’en faire ?

Je travaillais en grande surface, en supermarché, et j’ai passé douze ans à envoyer des projets. J’ai eu trois réponses, dont celle de Bamboo, en fin de parcours. C’était un peu long mais bon… C’est peut-être pour ça que j’en fais beaucoup aujourd’hui, parce que j’ai du temps à rattraper. J’en fais beaucoup : tant qu’on ne me dit pas que j’en fais trop, ça va.

On peut en faire beaucoup. Tant que ça reste de qualité, c’est vrai qu’il n’y a pas de souci.

Je suis mal placé pour savoir ça. Évidemment, il y a des albums qui sont moins bons que d’autres mais tant qu’on le fait sincèrement… Je ne veux pas parler de moi mais quand je vois le temps que passent les collègues sur les pages, vraiment des journées entières – alors, c’est parce qu’ils aiment ça aussi ! – au moins, que les gens sachent qu’on le fait avec sincérité. Après que ça ne marche pas, qu’ils n’aiment pas, c’est autre chose, on a le droit. Mais c’est vrai qu’on ne se fout pas de la gueule des gens. Je le dis, on ne fait pas un album comme ça, vite fait, en se disant « on va trouver une idée, on va essayer de la vendre vu qu’on ne savait pas quoi en faire ». On essaie de faire des choses, on essaie. Même si on se plante, même si on fait une daube, elle est sincère.

© William

© William

Il n’y a pas toujours une très bonne image des séries à gags. Chez la Ribambulle, on en lit avec plaisir. On vous rencontre parce qu’on est content de vous voir. Vous en faites beaucoup, des interviews ?

Non, très rarement.

Ça n’intéresse pas les collègues ?

Je ne sais pas, je ne pense pas.

C’est bizarre.

Je ne me pose pas la question. J’étais surpris qu’on m’en propose une ici. Ça me fait plaisir, en plus je connais le site donc ça fait encore plus plaisir, mais c’est vrai que j’en fais rarement. Quand on fait le tome 15 des Pompiers ou le tome 6 des Petits Mythos, ils doivent se dire « c’est un recueil de gags donc il n’y a rien à dire dessus ».

Pourtant, il y a quand même une variété d’albums… On peut toujours trouver quelque chose à dire.

Oui mais enfin c’est pas grave, je le vis bien.

Merci beaucoup, Christophe, d’avoir pris un peu de temps pour nous.

De rien, au plaisir.

Propos recueillis par Nicolas Raduget

Interview réalisée le 24 octobre 2015.

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Nicolas Raduget

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