© 2025 Le Lombard
- Titre(s) : Trous de mémoires
- Scénariste(s) - Dessinateur(s) : Nicolas Juncker
- Coloriste(s) : Juliette Laude
- Editeur(s) : Le Lombard
- Parution : Mars 2025
- Prix : 22,95 €
- EAN : 9782808209991
2022, à Maquerol, petite ville de Provence. À la suite du décès du célèbre photographe Gérard Poaillat, le ministre de la Culture, Franck Pouillaud, décide de créer un musée pour honorer sa mémoire. L’établissement consacré à cet artiste né en Algérie sera par la même occasion un mémoriel dédié à toutes les victimes de la guerre qui a mené à l’indépendance de ce pays. Autant dire que le projet est suivi avec attention au plus haut niveau des instances politiques. Ainsi, il confie cette tâche à Patrick Renacci, l’ambitieux maire de la ville, et lui administre une historienne pointilleuse et agrégée normalienne, Stéphanie Delbeille-Violette, et un scénographe à l’ego démesuré en la personne du plasticien célébré dans le monde entier, Jean-Claude Wollaert. L’entreprise s’avère très rapidement complexe, car ces trois acteurs de la mémoire collective sont en désaccord, et de nombreux couacs naissent sous les yeux de Jacqueline, la veuve du photographe, notamment lorsque Wollaert veut transformer de fond en comble la villa qui doit accueillir le musée et lorsqu’il est question d’intégrer des souvenirs personnels des habitants de la commune, créant ainsi un parallèle entre des rapatriés et des Algériens. Très vite, les tensions montent de part et d’autre et mettent péril le projet.
Le rire est une arme redoutable, non seulement pour détendre une atmosphère pesante mais aussi pour aborder de manière légère des sujets importants. Cela, Nicolas Juncker l’a compris depuis bien longtemps, comme nous avons pu le constater avec la série Les Mémoires du dragon Dragon et surtout avec Un général, des généraux. Ainsi, avec la même approche humoristique, l’auteur aborde avec un pas de côté le douloureux héritage de la guerre d’Algérie. Pour cela, il utilise un trio de personnages – l’historienne, le politique et l’artiste – qui sont en désaccord sur beaucoup de choses car ils ne poursuivent pas les mêmes objectifs pour le projet de musée. Leurs implications personnelles dans un projet mémoriel de la vie courante ne sont pas sans conséquences, comme cela a été le cas avec l’abandon du Musée de la France et l’Algérie à Montpellier en 2014 où les pressions politiques – voire diplomatiques – étaient trop grandes. D’ailleurs, il est très drôle de voir le maire de Maquerol (clin d’œil à maquereau ?) s’écrier : “Maquerol symbolisera une vaste réconciliation nationale”. Cette réconciliation est-elle réalisable ? Rien n’est moins sûr car, presque 60 ans après les accords d’Évian, les tensions sont toujours palpables entre l’État, les harkis, les pieds-noirs et les Algériens. C’est ce que l’on ressent à la lecture de ce one-shot mis en images par Nicolas Juncker lui-même dans un style on ne peut plus en phase avec le récit. Pour finir, les lecteurs apprécieront à sa juste valeur la référence à Gordon Matta-Clark, l’artiste américain connu pour ses œuvres sur site réalisées dans les années 1970, à travers Jean-Claude Wollaert. Mention spéciale pour Juliette Laude et sa mise en couleurs singulière et très bien sentie.
Et de nous (re)plonger plus avant dans cette tranche de l’Histoire franco-algérienne grâce au talent de Nicolas Juncker !
Stéphane Girardot
















Réagissez !
Pas de réponses à “Trous de mémoires”