- Titre(s) : Libres d’obéir
- Scénariste(s) : Johann Chapoutot
- Dessinateur(s) - Coloriste(s) : Philippe Girard
- Editeur(s) : Casterman
- Parution : Août 2025
- Prix : 22,00 €
- EAN : 9782203284296
Florence travaille chez Appal et sort d’un entretien avec Jean-Yves Roux, son patron et C.E.O. de la société. Elle rejoint son amie Annie et lui expose le malaise qu’elle ressent à la suite de cette rencontre. Elle sait qu’elle satisfait pleinement son chef, avec une certaine latitude pour gérer et atteindre ses objectifs, mais cela lui fait l’effet d’un piège. Comme elle est efficace, au lieu de l’augmenter, il lui donne plus de travail. Déjà qu’elle doit élever ses enfants comme si elle ne travaillait pas et travailler comme si elle n’avait pas d’enfants ! Annie lui rétorque que, derrière ses méthodes de gestion libérales, Jean-Yves est en fait très rusé. Elle sait de quoi elle parle car c’est ce qui l’a mené au burn-out trois ans auparavant. Elle explique à Florence que le management moderne trouve certaines de ses racines dans l’organisation nazie et que le darwinisme social mais aussi le racisme biologique y sont omniprésents. En effet, Reinhard Höhn, ancien juriste du IIIᵉ Reich, a influencé la pensée managériale en prônant l’autonomie sous contrôle, de l’après-guerre jusqu’à nos jours.
Libres d’obéir est l’adaptation en bande dessinée du roman éponyme de Johann Chapoutot, professeur d’Histoire contemporaine à Sorbonne Université, réalisée avec l’illustrateur Philippe Girard (Super-canon !). Pour la rendre le plus digeste possible, les auteurs ont pris le parti judicieux d’incorporer les histoires de deux femmes cadres d’entreprise, soumises à la pression managériale, qui montrent les conséquences tangibles – à différents stades – de cette façon de penser dans le monde du travail contemporain. Si Annie revient d’un burn-out, Florence est borderline ! Leurs échanges permet de parcourir les différentes idées abordées dans le roman sous forme de chapitres (7 au total) et de les mettre en parallèle avec des situations concrètes. Annie aide ainsi Florence à y voir plus clair afin d’éviter le pire et de faire les bons choix quant à la suite de son avenir professionnel. Force est de constater que tout un chacun retrouvera forcément des similitudes avec la politique managériale appliquée dans l’entreprise où il évolue. Cela peut faire vraiment froid dans le dos mais aussi aider à une certaine prise de conscience personnelle. L’interprétation graphique de Philippe Girard, dont le style se prête parfaitement à ce type d’exercice, est très réussie, notamment les séquences évoquant les idées du roman où le dessinateur propose quelque chose de très visuel qui rappelle certains tomes de la collection La Petite Bédéthèque des savoirs ou encore de Repères par Jochen Gerner.
Une bande dessinée très intéressant et efficace qui invite à (re)découvrir le roman de Johann Chapoutot.
Stéphane Girardot













Réagissez !
Pas de réponses à “Libres d’obéir”