Dans la bulle de … Guillaume Bianco et Antonello Dalena

Voici venu le temps non pas des rires et des chants (quoi que !), comme dans L’île aux enfants, mais simplement celui de la dernière interview réalisée lors de la douzième édition des Rencontres du 9ème Art d’Aix-en-Provence. «The last but not the least» car nous avons rendez-vous avec Guillaume Bianco et Antonello Dalena, les auteurs d’Ernest & Rebecca. «In italiano e in francese» en live ! Mais ne vous inquiétez pas car tout est traduit dans le texte ! Toutefois la rédaction tient à signaler qu’un petit vent de folie passait par-là en cette fin de journée !!! Siete pronti ? Andiamoci !

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Antonello Dalena ©La Ribambulle

Bonjour Antonello. Tu as commencé le dessin chez Disney et ensuite tu as travaillé avec Alessandro Barbucci (Sky Doll). Tu as ainsi réalisé deux tomes de Monster Allergy. Quels souvenirs gardes-tu de cette expérience ?

Antonello Dalena : Bonjour. C’était une très belle expérience parce que cela m’a donné l’occasion de faire mon premier travail en français. Elle m’a beaucoup appris car cela m’a justement permis de connaitre cette nouvelle culture et d’appréhender une nouvelle manière de travailler la bande dessinée. De là est partie mon aventure avec Guillaume parce que, grâce à Monster Allergy, Barbara (NDLR : Barbara Canepa) m’a présenté Guillaume. Et puis, nous avons commencé à travailler ensemble.

Guillaume Bianco : Bonjour. Nous sommes sortis ensemble tous les deux et nous sommes devenus amants. Excusez-moi pour cette révélation en live ! En fait, c’est une «Gay story» !! (Rires)

Antonello, comment peux-tu décrire ta collaboration avec l’éternel enfant qu’est Guillaume ?

AD : Chaque fois, c’est une lutte. Chaque fois, nous nous insultons. Nous nous disputons. Et après, il me fait toujours des excuses en me disant qu’il s’est trompé. Et que j’ai raison bien sûr ! Non, blague à part. (Rires)

GB : En fait, c’est tout le contraire !

AD : Oui, c’est tout le contraire. Dans le sens où nous ne nous disputons pas vraiment.

GB : Si on se dispute !

AD : Oui mais on se dispute en mode sympathique ! Nous travaillons bien ensemble parce que, même s’il n’en a pas l’air, Guillaume est très intelligent.

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Guillaume Bianco ©La Ribambulle

GB : Hahahahahahahahahahahaha !!

AD : Et par conséquent, il réussit toujours à faire en sorte que je m’améliore.

GB : Tu es gentil !

AD : Grâce à lui, la série (Ernest & Rebecca) est toujours meilleure.

GB : Merci ! Grâce à toi aussi !

AD : Parce que nous avons une relation juste qui fonctionne.

Guillaume, tu es connu pour plusieurs publications : Ernest & Rebecca, Zizi Chauve-souris mais aussi et surtout Billy Brouillard. Et j’en passe. D’où sors-tu toute cette créativité à la fois poétique, sensible mais aussi bizarre ?

GB : Je te remercie. Finalement, il y a toujours un point commun entre les séries que tu as citées : Billy Brouillard, Ernest & Rebecca, Zizi chauve-souris. Ce sont des séries qui traitent toujours de l’enfance, si tu regardes bien, d’un monde parallèle ou d’un monde onirique. Il faudrait peut-être que j’aille chez le psychologue pour voir ce qu’il en dirait. Écoute, je ne sais pas d’où cela sort. Je pense que nous sommes tous des espèces de philtre émotionnel, une espèce de shaker. Cela sort un petit peu de nos névroses, de ce que l’on vit, ce que l’on voit, de ce que l’on entend, de ce que l’on lit et de ce que l’on entend à la radio ou à la télévision. Il y a tout cela qui se mélange, par rapport à notre personnalité, dans notre esprit. Tout cela est un amusement. Après la création, qu’est-ce que c’est ? Tu sais, je pense qu’on n‘invente vraiment rien. On recycle par rapport à notre vie, notre ressenti, tout cela. C’est une question philosophique assez pointue. Il faudrait des heures pour en débattre.

Sous la peau de l’ours se cache une sensibilité profonde en regard des thèmes abordés dans Ernest & Rebecca ?

GB : Parce que tu trouves que je suis ours ? On le disait de Georges Brassens. Cela me flatte finalement !

©Le Lombard/Antonello Dalena

D’autant plus que nous savons que tu es un fan de Georges Brassens !

GB : Je ne fais que puiser dans mon expérience personnelle. Mes parents ont divorcé quand j’avais neuf/dix ans. Et j’avais envie d’aborder le thème du divorce et non pas de la maladie. Parce que la maladie, c’était juste un prétexte – Rebecca a un gros rhume – pour justifier la présence d’Ernest qui finalement est un faire- valoir qui change de l’éternel chien domestique, du copain chat, du copain hippopotame ou du gros à rayures, comme peut l’être Obélix pour Astérix. Un microbe, je trouvais cela bien parce que ça a souvent une mauvaise place. Et c’est une forme de vie comme une autre car sans les microbes on n’existerait pas. Donc je trouvais le côté un petit peu rebelle de ce faire-valoir très drôle. Mais là, je dérive !! Tout cela pour te dire que les thèmes principaux sont le divorce et l’enfance en fait ! Je voulais les aborder de manière humoristique et légère. Et ne pas faire une BD d’auteur …..

En effet, il y a beaucoup d’humour dans cette série. Comme les noms de certains personnages. Pépé Bestiole et Mamie Gribouille sont des réminiscences de ta jeunesse ?

GB : Là aussi, je n’invente pas grand-chose. C’est ma nièce, la petite Zoé qui m’appelle «Tonton Casquette», qui m’en a donné l’idée. Mon frère Thomas, qui fait la série Jasmine avec moi au scénario, lorsqu’il la gardait – quand elle était petite – pour la faire rigoler, faisait semblant de se cogner aux murs en faisant «Aïe, Aïe !». Cela la faisait énormément rire et depuis elle l’appelle «Tonton Aïe». Donc, quand j’ai fait le pépé je me suis dit que ce pourrait être rigolo de lui donner – comme le font les enfants, tu vois je ne suis pas allé chercher bien loin, comme le fait Zoé – un surnom. Pourquoi Pépé bestiole ? Parce qu’il mange des bestioles des fois pour faire l’intéressant. Il attrape un criquet et il le mange tout cru. On le voit à la fin du troisième album je crois. Et cela, je ne l’ai pas inventé. C’est un ami de mes parents – qui est toujours en vie d’ailleurs, Jacques – qui pour me faire peur, quand j’étais petit, lorsqu’on faisait des barbecues en Provence le soir entre amis, attrapait les papillons de nuit qui virevoltait en disant : «Tiens c’est de la viande, c’est bon ! ». Et il les mangeait ! Moi, je trouvais ça incroyable. Et ça m’est resté. Donc si on a une faculté dans la BD, c’est de réussir à recycler ces espèces de souvenirs. On mixe et cela donne Ernest & Rebecca.

©Le Lombard/Antonello Dalena

Et si tu étais un chanteur tu serais ?

GB : Si j’étais un chanteur, il faudrait déjà que je sache chanter ! Quoiqu’il y ait des chanteurs qui ne savent pas chanter ! Et ça marche très bien. Ta question est embarrassante parce qu’il y a plein de gens que j’aime bien. Si j’étais chanteur, je serais Guillaume Bianco qui fait de la chanson. Il ne faut pas essayer de jouer à être quelqu’un d’autre. Il faut essayer de se trouver, d’être soi-même. Je pense que ce que je raconte en BD, je le raconterai en chanson avec un peu d’humour, un peu de de sensibilité – j’espère – de temps en temps. Après, j’aime beaucoup – tu le sais – Georges Brassens, Johnny Cash, les Beatles. Ce n’est pas très original. J’aime bien Elvis Presley, Franck Sinatra et plein de français comme Alain Souchon, Claude Nougaro. La liste serait très, très longue. Mais si j’étais un chanteur, j’essayerais d’être moi. C’est ce que j’essaye de faire en BD mais ce n’est pas évident.

©Le Lombard/Manuela Razzi/Antonello Dalena

Antonello, comment peux-tu définir ton style graphique ?

GB : Style de m….e ! Une vraie catastrophe ! (Rires)

AD : C’est un style qui est influencé par beaucoup d’autres. Une synthèse qui joint toutes mes passions : le manga, l’animation ….

GB : Le porno aussi … (Rires)

AD : Je suis arrivé à ce style avec le temps. On peut dire que c’est un style «euro-manga». Je ne sais pas. Un Mix de tout cela.

Peut-on dire que la sensibilité du scénariste et la tendresse des personnages ont touché ton cœur ?

AD : Oui, c’est certain ! La sensibilité du scénariste, malgré l’apparence (Rires), est très forte et arrive à toucher mon cœur pour sûr.

Le choix de Cecilia Giumento en tant que coloriste était une évidence pour tous les deux ?

GB : Cecilia Giumento faisait partie de l’équipe de Monster Allergy. C’est encore une fois Barbara Canepa, ayant trouvé son travail intéressant après avoir vu un de ses books à Angoulême, qui l’avait formée sur le style de mise en couleurs des albums de Monster Allergy. En fait, Allessandro (Barbucci) s’occupait de la partie dessin. Et comme en Italie c’est du Kiosque, cela doit sortir très rapidement, il y a plusieurs dessinateurs sur le coup. Donc Alessandro a appris à toute une équipe de dessinateurs comment dessiner les personnages de Monster Allergy, dont Antonello, et Barbara s’est occupé de la partie colorisation. Et tout naturellement, elle nous a proposé de faire un essai avec Cecilia pour la mise en couleurs d’Ernest & Rebecca. Voilà !

©Dupuis/Le Lombard/Antonello Dalena

En 2013, la série Ernest & Rebecca a été récompensée à Angoulême par le prix des écoles. Une reconnaissance tardive mais plaisante ?

GB : C’est vrai que c’est toujours plaisant de gagner un prix. Surtout à Angoulême, c’était le prix des écoles. Donc ce sont des «petits» lecteurs qui votent et cela a un vrai sens pour nous. En dehors évidemment de la reconnaissance du public, qui est la plus belle reconnaissance qui soit, parce que c’est vrai que nous sommes souvent enfermés à faire nos bandes dessinées et être dans un festival en ayant un prix décerné par des enfants, c’est comme les chanteurs sur scène. Tu parlais des chanteurs tout à l’heure et lorsqu’ils sont sur scène, on les applaudit. Il y a un retour direct, un échange. Nous les dessinateurs, on fait notre BD et il y a une espèce de gros vide derrière que ça marche ou que ça ne marche pas. Et le fait d’avoir un prix, c’est un peu un témoignage d’amour en direct si tu veux. Bien sûr, il y a aussi les chiffres de vente qui sont un témoignage d’amour … Enfin, c’est un peu abstrait. On est toujours seul dans notre cellule à dessiner. Et de voir des gens qui font la queue pour des dédicaces, qui nous font de supers témoignages et qui nous remettent un prix, c’est super gratifiant. En plus, un prix à Angoulême est un des rares prix qui fait que la série peut avoir une visibilité assez importante et lui donner des chances. C’est un vrai prix qui sert à quelque chose au niveau de la communication. Et aujourd’hui, vu l’état du marché qui est plein voire qui déborde, c’est toujours bien de se faire une petite place grâce à un prix. Donc évidemment, nous sommes très, très contents. Cela nous dit que nous sommes peut-être sur la bonne voie. Et dans les moments de découragement, on se dit qu’il vaut mieux continuer que d’abandonner.

AD : Je pense que c’est une très belle chose parce que nous étions très motivés. La série avait déjà été nominée, deux autres fois pour le prix, et donc c’est très beau car c’est justement une récompense qui marque la reconnaissance des enfants et de la presse. Et c’est également une chance en ce qui concerne la visibilité de la série. Parce que si on ne connait pas la série et que l’on voit qu’elle a eu un prix à Angoulême, c’est un gage de sécurité pour le lecteur. Il se dit qu’il peut l’acheter et la découvrir sans risque de se tromper.

©Diamond Publications/Antonello Dalena

Le prochain tome d’Ernest et Rebecca verra la petite fille partir au secours de son instituteur. Quelles surprises nous réserves-tu ?

GB : Le prochain tome s’appellera Il faut sauver Monsieur Rébaud. Je trouve que dans les bandes dessinées, l’école est toujours quelque chose de péjoratif. On a donc décidé avec Antonello de prendre le truc à contre-courant. Et Rebecca adore l’école parce qu’elle a un super instituteur, Monsieur Rébaud, qui dans le tome précédent s’est fait viré. L’action se déroulera essentiellement à l’école et le but d’Ernest, Rebecca et ses copains est de faire réintégrer Monsieur Rébaud. Je pense que l’instituteur va être un peu sur la sellette. C’est-à-dire qu’il va travailler à la bibliothèque de l’établissement en attendant son départ. Une situation où il est dégradé et c’est une maitresse qui va le remplacer. Elle est très, très jolie mais très, très méchante. Donc ils vont vraiment tout faire pour s’en sortir. Je ne peux pas en dire plus car pour l’instant nous n’avons fait que quelques pages. Antonello est en train de dessiner mais je sais à peu près où je veux aller. J’écoute aussi beaucoup Antonello quand il a des désirs ou des directions différentes à suggérer. On connait le chemin. On sait ce que les personnages peuvent faire ou ne pas faire. Et à partir du moment où ils ont leurs caractères et où on les connait, on va jouer avec eux. On improvise un petit peu avec eux si tu veux. On sait très bien que Rebecca ne fera pas certaines choses. On sait très bien comment elle réagit mais on se laisse un petit peu la liberté de se balader avec eux pour essayer de ne pas perdre la fraicheur de la série.

©Le Lombard/Antonello Dalena

Antonello, tu travailles également sur Sybil, la fée cartable. As-tu d’autres projets ?

AD : Non ! Pour le moment nous avons le projet de faire deux livres d‘Ernest & Rebecca très proches l’un de l’autre dans le temps. Et nous avons un autre projet, toujours avec Ernest & Rebecca, en strip.

GB : Hey ! C’est un scoop !

AD : Donc pour l’instant je suis concentré sur ces deux projets.

GB : En fait, ce sera Ernest sans Rebecca. Des strips très courts sur ce qu’il fait pendant qu’elle est à l’école. Parce qu’on ne le voit pas tout le temps et on se demande ce qu’il fait. Donc, on a développé sa vie sans Rebecca avec ses copains microbes, le chien, etc … C’est beaucoup plus léger. Ce sont des petites récréations comme ça. Des petites virgules graphiques que l’on a beaucoup de plaisir à réaliser. Je ne sais pas s’il y aura un album un jour. Mais disons qu’on a envie de faire cela pour les magazines et dessiner tout ce que l’on ne peut pas faire dans l’album en fait.

Merci à tous les deux pour cette folle entrevue !

AD & GB : Merci à toi !

Propos recueillis par Stéphane Girardot.

Interview réalisée le 11 avril 2015.

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Description de l'auteur

Stéphane Girardot

Rédacteur / Secrétaire / Community Manager

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