© 2025 Casterman / La Revue Dessinée
- Titre(s) : On ne parle pas de ces choses-là
- Scénariste(s) : Marine Courtade
- Dessinatrice(s) - Coloriste(s) : Alexandra Petit
- Editeur(s) : Casterman & La Revue Dessinée
- Parution : Avril 2025
- Prix : 25,00 €
- EAN : 9782203292871
Mars 2020. Marine emménage dans son nouvel appartement à Bordeaux. Ses parents sont là pour l’aider et, lorsqu’ils regardent avec elle la vue de la fenêtre qui donne sur un cimetière, ils abordent un sujet qui les mène à parler d’Auguste, le grand-père paternel de Marine, qu’elle appelle « le père de mon père ». C’est un sujet de discussion tendu et malaisant entre eux, parce qu’enfant Marine a été violée par cet homme, comme d’autres filles de la famille. En toute impunité, car personne n’a rien fait pour ne pas briser la cellule familiale. C’est ainsi que débute la bande dessinée écrite par la journaliste Marine Courtade qui présente son enquête sur les mécanismes du silence qui entoure l’inceste et empêche d’en voir l’ampleur et la violence, avec une silenciation qui permet qu’il y ait malheureusement d’autres victimes au sein de la même famille, sur plusieurs générations. Armée d’un dictaphone et de tout son courage, elle a réalisé un tour de France afin d’interroger tous ses oncles, tantes, cousins et cousines et leur poser une question centrale : pourquoi n’avez-vous rien dit ?
Après Vertige, On ne parle pas de ces choses-là est la nouvelle co-édition ultra forte en émotions des éditions Casterman et de La Revue dessinée. Ce roman graphique traite d’un sujet universel avec un courage et une tendresse extrêmes mais aussi en toute impartialité malgré une implication directe de la scénariste et journaliste indépendante Marine Courtade : l’inceste et ses mécanismes du silence. Sans langue de bois et en toute objectivité, l’autrice livre ici un essentiel de vie qui doit faire bouger les lignes et doit faire que les victimes soient écoutées et réellement entendues pour faire que les incestueux soient punis. Car malheureusement 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles en France, essentiellement à cause du silence qui entoure l’inceste où le coupable est souvent le pilier de la famille. L’enquête de Marine Courtade est d’une clarté implacable dans sa démarche et dans son compte rendu dessiné. En effet, les propos sont explicites et permettent de comprendre pourquoi cette silenciation s’impose, et ils sont en cela formidablement bien aidés par la représentation graphique d’Alexandra Petit, dont il s’agit de la première production au long cours, qui est d’une puissance incroyable. Le trait épais et tout en rondeur de la dessinatrice dégage une douceur qui apaise par rapport à la dureté du propos. Les tons de couleur sont judicieusement choisis comme la teinte bleue qui rappelle la froideur des souvenirs du passé et habille l’image du père du père de Marine. Le dossier qui complète cette enquête, où se trouvent notamment des interviews de l’anthropologue Dorothée Dussy, de l’historienne Fabienne Giuliani et de la psychiatre Muriel Salmona, est édifiant.
Une bande dessinée d’utilité publique et une lecture choc qui ne laissera personne insensible.
Stéphane Girardot















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