© Dupuis, 2025
- Titre(s) : L’Ange exterminateur
- Scénariste(s) : Jean-David Morvan & Madeleine Riffaud
- Dessinateur(s) - Coloriste(s) : Dominique Bertail
- Editeur(s) : Dupuis
- Collection : Aire Libre
- Parution : Octobre 2025
- Prix : 25,00 €
- EAN : 9782808508896
Pourquoi inventer des personnages de bande dessinée quand ils existent vraiment, ont vécu plus de choses que Lucky Luke, et vous aident à raconter l’histoire ? Au matin du 24 août 1944, une petite fille est lâchement visée par un milicien embusqué. Madeleine et ses camarades se lancent aussitôt à ses trousses. Il tombe d’un toit et meurt mais son complice est placé sous la responsabilité de « Rainer », qui doit contenir une foule prête à le lyncher. L’histoire se termine mal, et annonce une semaine encore bien chargée. Appelée par le commandant de l’insurrection parisienne en personne, elle se voit confier la mission d’aller refroidir un traître. Elle s’exécute, prend à peine le temps de se reposer, et doit se remettre en selle. Paris n’est pas encore en fête et doit terminer de chasser le doryphore de ses rues…
Madeleine Riffaud, l’héroïne de cette série (et pas que), a tiré sa révérence le 6 novembre 2024, à 100 ans et après une vie incroyable. Jean-David Morvan et Dominique Bertail continuent de nous le montrer avec grand talent, le premier pour son sens de l’écoute et de la mise en récit, le second pour sa générosité graphique et son « bleu » désormais légendaire. Comme le précise le scénariste dans l’épais dossier de 20 pages qui conclut l’album avec des documents plus intéressants les uns que les autres, « la libération de Paris, du 19 au 25 août 1944, n’a pas été une partie de plaisir ». Ce quatrième opus est là pour le rappeler, donnant un aperçu du triste spectacle de cette semaine meurtrière (des centaines de soldats et des milliers de civils sont tombés) ponctuée par la bataille de la République. Alors qu’on aurait pu naïvement penser que le plus dur était derrière elle, à la fin du volume précédent, Madeleine, du fait de son expérience et de ses responsabilités dans la Résistance, doit encore prendre des décisions difficiles et risquer sa vie sans prendre le temps d’avoir peur, encore dans le traumatisme de ce qui lui est arrivé précédemment. L’album rend particulièrement bien compte du danger permanent, des derniers efforts à fournir et du terrible décalage moral entre elle, ses camarades et ceux qui veulent profiter de la situation ou fêter la liberté retrouvée sans avoir conscience des sacrifices endurés par les autres. Tout cela est une nouvelle fois superbement mis en image par Dominique Bertail, qui offre des moments d’anthologie, dans l’action comme dans l’intimité. Il y a beaucoup de mots marquants mais les cases muettes, les expressions et les regards en disent long également. Les souvenirs et le recul précieux de Madeleine sont l’autre grand point fort de l’œuvre, qui était assez avancée pour être prolongée de façon posthume.
Muée en ange exterminateur pour les derniers instants, Madeleine voit enfin le conflit se terminer et amorce une nouvelle vie qui réserve encore bien des surprises. Le cycle suivant se déroulera dans le Paris artistique et intellectuel des années 1950.
Nicolas Raduget












Réagissez !
Pas de réponses à “Madeleine, Résistante #4”