© 2021 Casterman
Titre : L’Intranquille
Scénariste – Dessinateur – Coloriste : Joseph Kai
Éditeur : Casterman
Parution : Septembre 2021
Prix : 20€
Auteur de bande dessinée, Samar travaille sur un projet qu’il a du mal à faire progresser. Il est homosexuel, a trente ans et habite Beyrouth où il mène au quotidien avec ses compatriotes un combat contre la corruption qui sévit depuis la fin de la guerre civile. Pour compléter le tableau, ajoutons le racisme et l’homophobie ambiants, le chômage, la pollution, la destruction du patrimoine libanais, les pénuries d’eau, d’électricité et d’internet ainsi que l’absence quasi-totale d’assurance maladie. Tous les jours, il vit, comme de nombreux concitoyens, avec le poids de la menace et de la peur. Il est l’intranquille qui nous suivons dans un quotidien incertain à travers ses relations amicales et amoureuses et ses déambulations dans les milieux artistiques et queer de Beyrouth quelques mois avant la catastrophe du port d’août 2020.
Empruntant le titre du documentaire d’Ali Cherri sur les conditions géologiques du Liban (The Disquiet qui est de surcroît en partie représenté dans l’album ainsi que d’autres œuvres d’artistes), Joseph Kai relate, lors d’une temporalité précise, les inquiétudes de Samar, un artiste gay, dans son pays et, au-delà, de toutes les communautés de celui-ci, artistique et LGBTQIA+ en tête. Il y a un parallèle subtil et prégnant entre le film et la bande dessinée. L’auteur fait parfaitement ressentir au lecteur la présence de cette chape de plomb que supporte le personnage principal au quotidien, cette peur d’un avenir incertain dans une société où la corruption ne permet pas encore à la justice de faire la lumière concernant les explosions dans le port de Beyrouth qui ont fait de nombreuses victimes le 4 août 2020 aux alentours de 18h. Cet événement clôt ce roman graphique de plus de 160 planches, d’une extrême sensibilité. Mais il y est aussi question de la peur d’exprimer son art sans s’autocensurer ou de vivre pleinement sa sexualité sans risque. Ces propos qui parlent sont parfaitement exacerbés par un dessin au trait fin allant à l’essentiel et rehaussé par une judicieuse palette chromatique très LGBTQIA+.
Une première œuvre au long cours avec une identité graphique forte et sincère qui touche.
Stéphane Girardot
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