© Rue de Sèvres, Paris, 2024
- Titre(s) : Les Evasions perdues – Stablack, l’université de la collaboration
- Scénariste(s) : Thomas Legrand
- Dessinateur(s) - Coloriste(s) : François Warzala
- Editeur(s) : Rue de Sèvres
- Parution : Septembre 2024
- Prix : 22,00 €
- EAN : 9782810208777
Calais, 1939. Jacques Leboy, issu d’une famille traditionnelle aisée et catholique, remplit les premiers critères de son rêve de devenir officier dans l’armée en devançant la mobilisation générale. Il pense rapidement pouvoir repousser l’ennemi allemand et grimper dans la hiérarchie militaire. Mais tout vient vite balayer ses espoirs. L’armée française est en retard de plusieurs décennies, mal préparée et mal dirigée. Envoyé au casse-pipe, il se rend pour permettre à son unité de fuir et se voit emmené dans un camp à l’autre bout de l’Allemagne. En avril 1941, il découvre le Stalag I-A, destiné aux officiers. Sur place, le gouvernement de Vichy a négocié pour former la future élite française qui devra rebâtir le pays avec le vainqueur nazi…
« Je pense que De Gaulle et Pétain sont de mèche, chacun joue un rôle. Il faut éviter la pire des guerres, la guerre civile.
– Vous me faites marrer! De Gaulle c’est un vrai rebelle et Pétain un vrai traître, voilà tout! Mon choix est fait, mais pour le moment, il faut se la fermer… »
Thomas Legrand s’est beaucoup impliqué dans ce projet passionnant, ce qui se ressent dans le soin apporté à chaque scène de l’album. Et pour cause, puisqu’il relate là l’expérience de son grand-père, Marcel Legrand, renommé pour l’occasion, sans doute pour justifier quelques choix scénaristiques s’éloignant de la véracité de quelques séquences. Les récits sur la guerre sont si nombreux que tous les sujets ont été traités, de toutes les formes possibles, et pourtant cette histoire est une nouvelle fois captivante et permet de mettre en lumière un homme et ses compagnons pris dans la débâcle puis entrainés dans un camp un peu particulier. Ce stalag réservé aux officiers pointe toutes les erreurs et les dérapages de l’Etat français, totalement dépassé par la situation et prêt à toutes les lâchetés pour abandonner ses soldats à l’idéologie nazie. Dense et complet, le scénario évite tout manichéisme et reste à hauteur d’homme, ce qui n’empêche jamais d’avoir une belle vision d’ensemble. Avec sa ligne claire, sobre et précise, François Warzala donne de la vie aux planches et une belle expressivité aux personnages. Le contraste entre ce trait souvent utilisé pour des BD d’humour ou enfantines et un sujet grave ne donne que plus de force aux péripéties des héros.
Une très belle histoire, à la fois familiale et universelle, qui dévoile un nouveau pan d’un conflit dont on pense souvent tout savoir.
Arnaud Gueury







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