Stéphanie Le Chevalier © 2025 La Ribambulle
La Japan Expo est chaque année le rendez-vous incontournable de tout amateur de culture asiatique et de manga. Les maisons d’éditions le savent très bien et en profitent pour faire venir leurs auteurs afin qu’ils rencontrent des lecteurs avides de découvertes. Nous avons donc profité de la venue cette année de Stéphanie Le Chevalier, dont le premier tome du manga Ashes est paru il y a seulement quelques semaines aux éditions Ankama, pour lui poser quelques questions et découvrir son univers.
Stéphanie Le Chevalier © 2025 La Ribambulle
Bonjour Stéphanie. Tout d’abord, merci beaucoup d’avoir accepté cette interview. C’est ton premier manga, est-ce que tu peux nous dire ce que tu as fait avant ?
Alors, mon petit parcours professionnel avant d’être autrice… J’ai été femme de ménage pendant sept ans pour payer mes études. Femme de chambre dans un hôtel Ibis pour payer l’école de manga qui m’a formée. Avant que j’entre dans cette école, je faisais un bac pro animalerie, TCVA, technicien, conseil, vente en animalerie. Au moment où j’ai eu mon bac, je me suis dit que ce n’était pas ça que je voulais faire, je ne voulais pas vendre des animaux en cage, etc. On n’a qu’une seule vie et je me suis renseignée sur les écoles de manga. Je voulais devenir artiste, faire mes propres histoires, les montrer aux gens. Et il existait une école, qui était Human Academy à Angoulême. Mais, à un festival d’Angoulême, j’ai rencontré l’EIMA. Ça a marché et, de fil en aiguille, j’ai rencontré des éditeurs via cette école. Une fois sortie, je suis retournée voir Ankama, pour leur proposer Ashes, un tout petit projet, pas trop ambitieux pour commencer, pour être dans le milieu du manga, connaître son rythme, même juste pour se faire un nom. Des fois, il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre entre guillemets.
C’était forcément du manga que tu voulais faire, pas de la bande dessinée ?
Ah oui. Au début, c’était des bonhommes bâton qui se suivaient sur une page sur Dragon Ball Z, dégueulasses, mais j’étais contente. Je faisais ça avec mon frère. On se faisait chacun une histoire avec deux personnages de Dragon Ball qui se fightaient. A chaque fois, on essayait de nouvelles compositions pour essayer de faire mieux que l’autre. Donc le challenge, dès l’enfance, était là.
Dès toute petite, c’était vraiment manga.
C’est ça, mon manga pur et dur, Dragon Ball direct, j’ai grandi avec ça.
© 2025 Ankama
Et ça faisait longtemps que tu avais le projet Ashes, ou c’est après ton école, pendant ton école ? A quel moment as-tu eu cette idée?
Il y a un bébé que j’ai sous le bras depuis 2019. C’est un projet à moi, qui me tient beaucoup à cœur, que j’ai présenté à deux maisons d’édition qui ont refusé, pour diverses raisons, majoritairement parce que c’était un projet trop ambitieux, à 20 tomes. Je suis une tarée. Donc je me suis dit de revenir avec ce projet plus tard. Il a fallu que je refasse fonctionner l’usine à scénario. Et c’est venu d’une simple phrase : j’ai eu envie de parler d’un vieux métier qui se perd, par exemple les ramoneurs. « Et si je plongeais les ramoneurs dans un monde de cendres ? Oh, la vache, je tiens quelque chose. » Mais, vraiment, j’ai pensé comme ça. Même mes amis m’ont dit « tu tiens un concept ». Donc j’ai construit, j’ai pris des références en fonction de l’époque, donc Germinal, qui correspondait bien au message que je voulais transmettre, au thème, donc la lutte des classes, l’égalité. Puis tout ça avec un petit contexte familial que moi j’aime bien aussi, les secrets de famille et les répercussions que ça peut avoir, et ainsi de suite. Donc c’est vraiment un petit mélange de tout et n’importe quoi, avec une dystopie derrière pour encore plus accentuer le côté drama. Donc voilà, c’est un projet tout neuf.
Orienté fantastique dès le départ ?
Ah oui, je voulais partir sur du fantastique. J’aime faire des projets qui ne se passent pas dans le monde actuel. J’aime m’évader, inventer mon petit monde et surtout m’adapter à quelque chose que nous on n’a pas, genre un monde de cendres, comment on s’adapte par rapport à ce changement de climat…
Quand on le lit le pitch de départ, ramoneur + fantastique, ce n’est pas quelque chose de commun…
Oui, c’est atypique. Il faut sortir du lot ! Au début, je voulais faire un Ghostbusters avec des monstres de cendres. Mais je me suis dit que ce n’était pas l’ambiance et que nous avions déjà ça dans le manga français, à peu près. Il fallait donc que je parte sur quelque chose d’un peu plus sombre. Et au final, je me suis retrouvée dedans. Le shonen pur et dur, je m’en suis un peu lassée et j’ai voulu me focaliser sur les choses importantes, tout ce qui est un petit peu dramatique : l’émotion, juste retranscrire de l’émotion pure et pas juste de la bagarre pour faire plaisir aux lecteurs. Moi j’aime que le scénario avance et qu’on ressente des choses. Et, bien sûr, un peu de bagarre pour le plaisir, mais voilà quoi.
Et du coup comment fonctionnes-tu ? Fais-tu un storyboard détaillé ou pas ?
Par étapes, donc d’abord le scénario. Une fois qu’on a validé le scénario, je fais le storyboard des chapitres. Au fur et à mesure, on corrige chapitre par chapitre et, une fois que le storyboard est validé, le crayonné, puis après l’encrage et ainsi de suite. Donc, c’est vraiment bloc par bloc.
Ton storyboard est-il très détaillé ?
Je détaille quand même pas mal pour moi, parce que c’est presque un semi-crayonné, surtout pour gagner du temps, quand je suis sûre que ça va pas trop bouger. Quand je suis inspirée, surtout quand c’est un joli visage, j’ai envie de prendre mon temps, alors que ça pourrait potentiellement dégager. Mais ce n’est pas grave. Non, je suis du genre à être minutieuse.
Et ça te fait gagner du temps…
C’est ça. Même pour l’éditeur ou l’éditrice, je lui montre un bonhomme bâton. Si c’est pour que ça me revienne en mode « c’est quoi ça ? », non, c’est bon, on va détailler pour qu’il n’y ait pas ce problème de compréhension dans la case.
Connais-tu déjà la fin de Ashes ? Sais-tu combien de tomes sont prévus ?
Je connais ma fin. On est partis sur cinq tomes. A la base, ça devait être quatre, ça s’est transformé en cinq. Mais peut-être que…
Est-ce que c’est parce que, au fur et à mesure de l’écriture, tu as ajouté des choses ?
Le cinquième tome est un choix d’Ankama, et ça m’arrange plutôt bien. Je connais ma fin, je connais la conclusion. Les grands points, les grands axes importants aussi, ce sont des détails et, des fois, les détails peuvent faire des modifications potentielles.
Et donc rallonger un petit peu la série….
Voilà, c’est ça. Mais vu que c’est un projet avec cinq tomes finis, il faut vraiment qu’on arrive à caler suffisamment d’informations, que les personnages aient le bon développement qu’il faut. Ce n’est pas un projet où il faut condenser.
A partir du moment où tu sais que ça se finit en tant de tomes, il faut que ton histoire soit finie.
Quitte à avoir un tome en plus. Ça sera un petit, mais au moins, on aura une belle fin, avec un bon développement, une bonne intrigue.
Avec la fin que tu as décidée dès le départ ?
Oui, il le faut. Pour n’importe quel projet, il faut connaître sa fin. Sinon ça peut partir dans tous les sens et on perd le fil rouge et l’objectif principal du projet, qu’on peut complètement oublier.
Et là, où en es-tu ? Le premier tome vient de sortir.
Je suis à un peu plus de la moitié, à peu près, du tome 3, storyboard semi-crayonné. La sortie du tome 2 sera prévue au mois de janvier de l’année prochaine [NDLR : 2026] et, normalement, si tout va bien, le tome 3 arrivera en octobre. Donc deux tomes l’année prochaine. Et pas un an entre chaque.
Ce qui n’est pas plus mal pour les lecteurs…
Oui, ça se plaint beaucoup que nous, dans le manga français, c’est toujours un tome par an. On a cette réputation. C’est pour ça qu’Ankama a souhaité que je fasse du frigo, pour que l’on puisse fournir au lecteur à un rythme un peu plus soutenu. Il y a du pour et du contre à faire du frigo. Le côté positif, c’est les dates plus courtes une fois le tome 1 lancé. Le côté négatif, plutôt pour nous en tant qu’auteur, c’est qu’on n’a pas de retour de lecteurs. On a le retour éditeur mais, même s’il se met à la place du lecteur, on n’a pas une aussi grande largeur de retour, ou même juste cette petite motivation en mode « mon travail marche, car les lecteurs aiment ». L’éditeur a choisi ce projet parce qu’il y croit. Donc il est un peu obligé de nous dire que c’est bien ou de changer ceci ou cela, c’est son travail.

Effectivement, avoir les retours des lecteurs est important.
C’est ça, c’est ce petit boost du lecteur qui manque. Pendant trois ans, j’ai bossé dans l’ombre, sans avoir réellement de retour, de sources de motivation de la part des lecteurs, ou même juste sans savoir si ça allait marcher ou plaire. On avance sur quelque chose sans avoir de recul.
On peut simplement se dire que peut-être ça ne plairait pas…
Voilà, c’est là où nos émotions font le yoyo. Tout artiste a les émotions qui font des montagnes russes à chaque fois. C’est la remise en question perpétuelle, mais c’est un peu logique. On s’auto-cravache, mais c’est pour progresser plus tard.
Et là, du coup, comment sont les retours ?
Eh bien, étonnamment, ils sont bons.
Pourquoi étonnamment?
Parce que je ne m’attends à rien. Je suis quelqu’un qui a les pieds sur terre. Je ne me balance pas de paillettes dans les yeux, ni même de petites fleurs. Je ne suis pas connue, j’arrive dans ce milieu des auteurs français…
Dans le manga français, il y a beaucoup de nouveaux aussi.
Oui, mais certains ont déjà une petite communauté bien solide. Moi, j’ai ma petite communauté un peu fragile, j’ai du me la bâtir au fur et à mesure. Je ne suis entre guillemets personne, j’arrive comme ça. Il faut que je me crée un nom. C’est vraiment un tout nouveau projet pour un tout nouvel auteur. Donc, il faut se battre encore plus. Je sais que c’est un projet qui ne peut pas plaire à tous. Donc, je pars du principe que ça ne sera pas un échec, mais que ça ne sera pas un banger, comme on dit dans le jargon. Mais j’attends juste d’être surprise – et je commence à être surprise, de plus en plus – que les retours soient bons. Les libraires sont très optimistes quand ils parlent de chiffres que je ne veux pas savoir. Je suis dans la politique de l’autruche : des fois, la connaissance n’est pas une bonne chose. Mais je suis contente.

C’était ta première séance de dédicaces à Japan Expo ?
Japan Expo est ma toute première fois, je n’ai même pas l’impression d’être à la Japan Expo, j’ai l’impression qu’on m’a mise sur une chaise et vas-y, dessine, dédicace ! « Ok, il y a beaucoup de monde, dis donc, je ne sais pas où je suis ! »
C’est la première fois en fait, que tu as un vrai retour des lecteurs ?
Oui, c’est ça. J’en ai quand même eu un peu depuis la sortie, je fais un peu le tour de notre chère France. J’ai un peu bougé et ça fait du bien. Ça redonne un petit coup de boost, le contact avec les lecteurs, c’est quand même grâce à eux que le projet vit. C’est bien de les remercier en face, qu’ils puissent voir qui se cache derrière ce projet. J’étais ultra timide jusqu’à ce que je fasse vente en animalerie, où je n’avais pas d’autre choix que de sortir les doigts du popotin et de parler aux gens. Et puis c’est ma petite mise à jour sociale, les sorties en dédicace, et après je retourne dans ma grotte, dans les profondeurs des champs, des vaches et des huîtres de la Charente-Maritime.
Est-ce que les lecteurs te disent qu’ils ont un personnage préféré?
Bien sûr !
Lequel ?
J’avoue qu’il y a un peu tout le monde, beaucoup Ben, qui revient bien évidemment, et beaucoup Pike.
Ah oui, Pike évidemment !
Chacun a son petit coup de cœur sur des personnages en particulier, sur ce qu’ils ressentent, sur leur vécu, etc. Moi ça me fait toujours plaisir quand ils me citent Hans, le papa mystérieux. Je suis en mode « tu fais bien de l’apprécier ».
Ah, ça veut dire qu’il va lui arriver des trucs…
A vrai dire, c’est l’un de mes persos préférés. Il fait partie du top 3 de mes persos préférés. Mon héros n’est même pas le top 1.
C’est souvent ça avec les auteurs, non ?
Majoritairement les héros sont des personnages un peu génériques. Il faut que ça corresponde un peu à tout le monde, qu’on arrive à s’identifier. Des fois, quand on part sur un héros assez atypique, il est dur à contrôler. Et à développer. Même moi, en tant que débutante, je préfère partir sur un héros pas trop complexe, un peu neutre, gentil, un peu tête d’ado qui en a marre qu’on le considère comme un gamin. Un truc très simple pour commencer, comme ça on s’identifie facilement. C’est plutôt dans les personnages secondaires qu’on peut s’amuser, sur le caractère de certains. Souvent, le caractère est dû à l’histoire qu’on leur donne. Ce n’est pas juste qu’il n’aime pas les noix de cajou, parce qu’il est allergique, mais ça le rend colérique dès qu’il en mange. Là c’est un peu trop « what the fuck » comme on dit, mais des fois pas besoin de se prendre la tête pour faire un personnage très extravagant, très atypique, en tout cas pas forcément.
Et du coup, pourquoi avoir ajouté Pike?
Ah…
Peut-être que, dans l’histoire, il va se passer quelque chose avec lui…
Oui, il aura sa petite importance beaucoup plus tard. Là, c’est plus le petit personnage qui fait tampon dans tout cet univers, dans ce monde de brutes et de drama. On a cette petite chose qui vient câliner notre petit cœur et adoucir. C’est un adoucissant.
C’était important pour toi de mettre un petit animal comme ça ?
Pour moi oui. J’ai toujours tendance à mettre des petites mascottes, parce que c’est toujours vendeur et ça rend le projet plus attachant. Et puis une petite complicité, comme avec nos chats ou nos chiens, par exemple, c’est quelque chose qui nous réconforte, ils sont juste là, ils ne nous apportent pas grand-chose dans la vie, mis à part un peu d’amour, mais c’est tout. Et moi, j’avais besoin de ça, d’apporter un peu de joie et d’amour.
Parce que l’histoire n’est pas non plus des plus joyeuses…
Voilà, le contexte de ce qui se passe à l’intérieur est très lourd. Je me suis dit que je ne pouvais pas me permettre de placer des blagounettes comme j’aime un peu partout. Alors autant placer juste un élément mignon, on le voit dans la case et on fait mouaaaa. C’est dramatique ce qui se passe dans la scène, mais mouaaaa il est trop mignon.
Par contre, il ne faut pas qu’il arrive quelque chose de grave à Pike !
Il faut du développement pour le monde. Tout le monde a son moment, mais pour Pike cela arrivera assez tardivement, malheureusement. Vu que je n’ai que cinq tomes, je ne peux pas me permettre de mettre tout le monde sous le projecteur. Ce n’est pas évident, c’est mon tout premier projet. Je vais faire beaucoup d’erreurs – j’en ai sûrement déjà fait, que je constate déjà à l’heure actuelle, que je peux rattraper ou ne pas rattraper. Je ne vais pas non plus me forcer à modifier mon histoire juste parce que j’ai oublié un truc.

Ton éditrice t’a-t-elle fait changer beaucoup de choses ?
Il y a eu des modifications un peu majeures, mais qui ne dénaturaient pas. C’est l’objectif, bien sûr. Comme par exemple des informations dont on a changé l’ordre. Il y a eu des bras de fer, des trucs pour lesquels je voulais vraiment que ça reste. Quand on tient quelque chose, il faut juste avoir les bons arguments et bien exprimer ses intentions. Il faut expliquer l’impact qu’aura cette information à l’avenir. C’est souvent un manque d’informations pour les prochains tomes puisqu’elles ne savent pas forcément le détail de la suite. Elles ont l’histoire en généralité, même si, des fois, je dois rappeler la fin, ce qui est normal vu qu’elles ont plein de projets à gérer. Si c’était mal expliqué, on réexplique et voilà. Il y a une compréhension mutuelle et le but n’est pas de dénigrer l’objectif et la vision de l’auteur.
Ashes est bien lancé, mais tu nous as dit aussi au début de l’interview que tu avais un gros projet en tête. Travailles-tu aussi sur d’autres idées en même temps ?
Non, pas en ce moment. Mon usine à scénario est à l’arrêt. Actuellement, je n’y arrive pas, j’ai un blocage scénaristique. Pour créer de nouvelles choses, pas pour Ashes, là c’est bon, je trace.
Parce que tu es trop concentrée sur Ashes ?
Sûrement, mais aussi trop de pression sur tous les changements qu’il y a eus sur Ashes. Je digère encore un peu, et j’ai encore beaucoup trop de lacunes sur le scénario. C’est pour ça que, sur mon prochain projet, je pense que je prendrais un ami ou une amie, quelqu’un qui puisse m’épauler sur le scénario, pour que je puisse respirer. Parce que c’est bien que les éditeurs nous aident sur le scénario, mais ils ont d’autres chats à fouetter. Leur filer davantage de job, ça fait perdre du temps à tout le monde. Et ça me saoule un peu. Moi, j’aime avancer et le scénario est vraiment le truc qui bloque le plus. Donc, la prochaine fois, il y aura un co-scénariste avec moi.
Tu prends plus de plaisir à dessiner ?
Mon truc à moi, c’est le dessin. Je suis plus dessinatrice que scénariste, mais moi j’aime contrôler. Donc, je ne serai jamais dessinatrice de quelqu’un.
Il faudra forcément que tu interviennes sur les scénario ?
Voilà c’est pour ça coscénariste. Mais je ne suis pas du genre à me projeter dans l’avenir, j’avance au jour le jour.
Et là, tu mets à peu près un an pour faire un tome ?
Dans la globalité, c’est un an, en comptant la production, l’échange avec l’éditeur, etc.
Travailles-tu en numérique ?
Je dirais que je fais 85% du digital, et la seule partie en traditionnel est l’encrage. Avec le bon papier, j’imprime mon crayonné, j’utilise la tablette lumineuse que je superpose avec mon papier à encrage et voilà, comme ça, je tiens mon bébé entre les mains. J’aime ce côté imparfait du traditionnel. J’ai essayé l’encrage à l’ordinateur mais je n’aime pas le rendu.
Contrairement à beaucoup d’autres mangas, il y a énormément de détails dans les décors. Ça doit prendre énormément de temps, notamment de recherches. Tu parlais de Germinal tout à l’heure…
Pour ce qui est du dessin, il fallait que je me trouve une empreinte graphique qui sorte du lot parce que, pour exploiter un monde de cendres, le trait devait être sale. Ça devait être très lâché, déjà j’ai un style très lâché. Et je cherchais un manga noir, mais pas trop, un bon équilibre de noir et blanc avec beaucoup de hachures, et j’ai trouvé ma bible, mon manga référence, au festival d’Angoulême en 2023. J’avais déjà Ashes en production et je cherchais un manga qui puisse m’aider sur les plis de vêtements. Je suis tombée sur Drifting Dragons qui est sorti chez Pika, et j’ai ouvert le bouquin. J’ai fait « oh mon dieu, mais c’est totalement ce que je veux. » En plus, le même style de vêtements, les plis parfaits, l’équilibre de noir et blanc parfait, des hachures parfaites. Et, bien sûr, j’ai plein d’autres références graphiques que je prends, Blue Lock par exemple, aussi chez Pika. En fait, chaque tome a des références différentes sur le dessin, parce que j’ai été influencée au fur et à mesure de l’avancement. Pour chaque tome, c’est Drifting Dragons, ça reste le top 1 de la référence, mais Blue Lock, que j’ai cité, est arrivé sur le tome 2, sur les expressions des visages. Je me suis plus retrouvée là-dedans que sur un autre manga que j’avais sur le tome 1. Ça bouge tout le temps. C’est pour ça que, des fois, je me freine sur mes découvertes de manga, ou sinon on se perd. C’est bien de voir sa progression, mais il ne faut pas trop se perdre dans le changement direct.
Si tu devais donner un conseil à un jeune mangaka, vu que c’est ton tout premier projet ?
Ce que je réponds toujours, c’est d’être patient. Il faut être patient, il faut prendre son mal en patience. Les éditeurs ne répondront pas tout le temps directement. Entre-temps, il faut produire des one-shot tout le temps, juste pour travailler son rythme dans une histoire, tester divers univers, diverses époques, reproduire des pages de manga qu’on aime, qu’on veut prendre en référence. Pour comprendre la manière dont l’auteur a fait sa page, pourquoi il a fait comme ça, sa manière d’encrer et ainsi de suite, comprendre des codes. Pour se forger un style même si son style ne cesse de changer.
Merci beaucoup Stéphanie pour tout ce temps passé à répondre à nos questions !
Propos recueillis par Laëtitia Lassalle
Interview réalisée le 4 juillet 2025







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