Dans la bulle de … Philippe Gauckler

Koralovski est à l’honneur sur notre site. En effet, vous pouvez gagner le deuxième tome de la série jusqu’au 13 septembre en participant à notre concours organisé en partenariat avec Le Lombard. Il était donc évident pour nous de poser quelques questions à l’auteur, Philippe Gauckler, avec lequel nous avions déjà échangé lors d’un salon sur Istres (Bouches du Rhône) en début d’année. C’est parti pour une interview fleuve et passionnante avec un auteur passionné. Les arcanes de la série vous sont dévoilés en exclusivité !

©Les Humanos/Philippe Gauckler

Bonjour Philippe. Avant de parler de Koralovski, quelques mots sur votre parcours. Après avoir collaboré à Métal Hurlant, vous avez fait un break de dix ans pour faire de la pub. Pourquoi cette rupture ?

Bonjour. J’entre à Métal Hurlant début 1982 où j’ai une activité régulière jusqu’à la fin de la parution du journal en 1988. C’est la seule période pendant laquelle je vivrai des revenus de la BD (y compris en 1983, pendant mon service militaire…). En 1988, c’est grâce à Valérie Schermann, journaliste pigiste à l’époque, que je vais m’aventurer dans le dessin de pub avec diverses agences ; Valérie propose à plusieurs dessinateurs issus de Métal (Arno – Alef-Thau, Patrice Narès – La lumière mauve, Loustal – Kid Congo) de devenir leur agent. Notre association durera quinze ans, jusqu’en 2004, où je poursuis seul mes aventures en pub. Entre 1990 et 1995, je réalise la série Convoi en quatre tomes, avec Thierry Smolderen (Gipsy), parallèlement aux travaux publicitaires. De 1995 à 2005, je travaille presque exclusivement en pub (dessins préparatoires à des campagnes sous forme de roughs et de storyboards). Mais je ne cesse de faire des projets de BD solo sur le thème du récit initiatique pour ados (Bao Bao Kids, Aster et Louna) qui n’aboutiront pas auprès des éditeurs sollicités. En 2003, suite à un assèchement de l’activité en pub, je me lance dans la réalisation d’une série d’illustrations de contes initiatiques pour enfants sur des textes de ma compagne Nadine. Vingt-six envois, vingt-six refus… Pas complètement découragé, j’entreprends l’adaptation en BD de l’un des contes dont j’avais entamé la narration seul. Vingt pages de storyboard réalisées en deux soirs, deux envois par la Poste (Dupuis et Lombard) et une réponse favorable d’Yves Sente et Gauthier Van Meerbeeck au Lombard. Prince Lao était né pour quatre albums réalisés de 2004 à 2009. Voilà pour la chronologie factuelle, dont j’ai expurgé les moments de tension, de découragement, d’énervement, d’impatience, de résignation, les trahisons mais aussi les stimulations et l’enthousiasme qui parsèment l’itinéraire. Il n’y a donc pas de break, mais une continuité d’explorations sur des thèmes et des sujets variés réalisés de manière semi-clandestine, comme un travail de laboratoire dont les expérimentations ne sont pas publiées.

Après cette période, il y a donc eu Prince Lao. Une production très éloignée de ce que vous avez pu faire pour M.H. Quelles ont été les motivations à l’origine de cette série ?

Pour Prince Lao, qui marque une sorte de retour officiel, j’ai la sensation de re-débuter. D’autant que je suis seul aux manettes (scénario et dessin). Tous mes travaux antérieurs étaient en collaboration avec des scénaristes (Charles Imbert – Duel, Joël Houssin – Blue et Thierry Smolderen – Convoi). Quand on écrit et dessine une histoire, on est comme un enfant qui croit à ce qu’il raconte… Tout naturellement, un univers d’enfance s’est entortillé autour de mon crayon : le contact avec les animaux, le monde hostile, le chagrin, la spontanéité, l’imaginaire… A aucun moment je n’ai eu l’impression de faire quelque chose de régressif ou de facile, sauf en ce qui concerne la réalisation qui me semblait plus simple et moins contraignante qu’une histoire qui s’adresse à des adultes.

©Le Lombard/Philippe Gauckler

En Février 2015, Koralovski arrive dans les bacs des libraires. Là aussi, un changement de cap. Nous sommes aux antipodes de Prince Lao. Quel en a été le point de départ ? Est-ce le parcours de Mikhaïl Khodorkovski ou une passion pour les différents thèmes abordés (La géopolitique, La société russe, etc ..) ?

En 2010, quand j’évoque à Yves Sente la suite des aventures de Prince Lao, je lui présente un personnage qui a grandi et qui va affronter des problèmes de jeune adulte. Yves devine des préoccupations plus matures et me propose de réfléchir à un personnage adulte. Je peux continuer les aventures de Prince Lao, Le Lombard suivra parce que le personnage leur plaît. Je sens pourtant que l’éditeur me soutiendra davantage si j’évolue vers un type de récit qu’il arrive mieux à placer auprès des libraires. Pendant trois ans je griffonne des pistes, des storyboards, j’envoie des propositions (une histoire de paradoxe temporel, une histoire de soldat modifié Blackman, une histoire de terrorisme Unterwelt) qui me conduisent peu à peu vers Koralovski. Koralovski est le résultat d’un assemblage de ce que j’ai exploré, de ma découverte du monde du pétrole, de la Russie et du parcours du milliardaire russe Mikhaïl Khodorkovski, stoppé net dans son ascension vers le pouvoir. Je ne me suis pas inventé des préoccupations géopolitiques, j’ai toujours été intéressé par la manière dont marche le monde… Mon premier projet, celui de mes débuts, était l’adaptation du roman de René Barjavel : La nuit des temps. Barjavel m’avait répondu vite et s’était montré très enthousiaste dans l’énergie que je mettais à ce projet (je lui avais présenté quinze pages en couleur directe, grand format). Il m’avait obtenu un rendez-vous auprès du président des Presses de la Cité qui avait lui aussi montré de l’intérêt. J’avais vingt et un ans, j’étais en confiance, j’ai ensuite montré le projet à Jean-Pierre Dionnet (Trouble is my business), le patron de Métal Hurlant, qui a modéré mon ardeur en me proposant de publier des histoires courtes dans Métal. J’étais tellement content d’avoir approché le temple de la BD alternative que j’en ai oublié mon projet de La nuit des temps… En fait, j’étais soulagé de me dérober à la responsabilité de mettre en place un univers complexe où tous les pays du monde se trouvaient confrontés à une découverte sensationnelle. Tout ce que je développe dans Koralovski était déjà là… Je marche sur un sentier que j’avais un peu exploré, sans aller jusqu’au bout. Avec Koralovski, je renoue le fil que j’avais laissé il y a trente-cinq ans.

©Le Lombard/Philippe Gauckler

La série est quand même osée du fait de la mise en avant du concept de pénurie durable qui aurait des conséquences économiques et géopolitiques énormes s’il se vérifiait. Pourquoi cette approche ?

C’est une intuition qui m’est venue après avoir juste effleuré le sujet, à l’origine de mes premières recherches documentaires. Un livre, La Guerre Secrète Du Pétrole de Jacques Bergier (un extravagant explorateur des mondes alternatifs et irrationnels, qu’Hergé a représenté sous les traits du personnage de Mik Ezdanitoff dans Vol 714 Pour Sydney) m’a replongé dans mes lectures adolescentes sur les mystères inexpliqués. Il évoque un certain nombre de faits, propose des pistes et parle de choses dont personne n’a jamais parlé, que l’on pourrait qualifier de divagations, d’hypothèses non confirmées. Bref, un témoignage pas tout à fait fiable mais tellement stimulant qui me motive dans des recherches plus approfondies et objectivement moins audacieuses. Je suis auteur de BD, pas journaliste. Ce que je propose est une interprétation, pas un documentaire. Pourtant, l’histoire du pétrole est sujette à l’interprétation, tellement il y a de zones d’ombre, tellement les intérêts en jeu sont couverts par le secret. Le pétrole domine l’économie mondiale, c’est le moteur de notre infinie croissance. La finance mondiale lui est inféodée : sans pétrole tout s’écroule. Je revendique le concept de « Pénurie Durable », puisqu’il est le produit de cette économie du mystère, puisque les investissements sont tellement colossaux que rien ne doit fissurer une telle forteresse. On comprend alors pourquoi la recherche sur les énergies alternatives ou la transition énergétique n’a aucune chance d’émerger tant que l’empire de l’économie pétrolière produira des perspectives à long terme. Alors on arrive à ce paradoxe incroyable : les préoccupations écologiques des défenseurs de la planète et les motivations économiques des producteurs de pétrole se confondent en un seul objectif : consommer de moins en moins un pétrole de plus en plus cher. Comment, dans ces conditions, espérer que des conférences mondiales sur le climat puissent produire un résultat favorable? C’est une absurdité, d’autant plus grande que les acteurs actuels des consortiums pétroliers, des groupes écologistes, des dirigeants politiques seront tous morts quand les conséquences de cet immobilisme se manifesteront de manière « spectaculaire » (immigration massive, guerres climatiques, catastrophes naturelles en série). Petite observation anecdotique concernant le sommet mondial du climat à Paris de novembre : parler du réchauffement planétaire en hiver ne risque pas de faire bouger les lignes. Il aurait plutôt fallu organiser ce sommet en plein été dans un palais des congrès surchauffé….

©Éditions des Syrtes

Pour être aussi précis dans vos propos, sur quels ouvrages ou autres sources vous êtes-vous appuyé pour développer le récit, en dehors des faits réels ?

Plusieurs livres sur le pétrole, glanés au hasard des recherches sur internet, pas forcément récents mais de plus en plus instructifs quand on remonte le temps. Dernièrement, j’ai été très intéressé par le point de vue développé dans Carbon Democracy de Timothy Mitchell qui évoque la délocalisation de la production d’énergie (transition énergétique du charbon au pétrole) qui a éteint de manière inespérée et progressive les conflits sociaux en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis (les redoutables grèves de mineurs). En ce qui concerne Khodorkovski, tous les livres écrits sur lui ou des recueils d’articles écrits en prison. Tous décrivent le destin d’un prisonnier politique, aucun livre à charge qui pourrait justifier des réelles raisons de sa mise à l’écart. Pour ça, on doit procéder par devinettes. Sur la Russie, beaucoup de livres à charge, très peu essayant de proposer une alternative à la vision univoque d’une Russie héritière des traditions soviétiques. Au début, j’ai totalement sous-estimé la propagande en provenance de l’Ouest, ayant toujours considéré que la désinformation était née à l’Est. Je signalerai le blog de Jacques Sapir, Russeurope, comme source d’infos économiques et politiques très détaillées (chiffres, courbes, statistiques) sur la Russie, l’Europe, la Grèce, les perspectives de l’Euro. Je conseillerai un livre récent écrit par l’ancien directeur-rédacteur de la Tribune de Genève Guy Mettan : Russie Occident, une Guerre de Mille Ans. Un récit très instructif qui fait l’inventaire de notre incroyable propension à accumuler les clichés concernant la Russie. Les infos en provenance d’Ukraine, actuellement, sont un véritable foyer d’infection et les seules news comestibles sont issues du renseignement militaire français, unique source fiable sur la « présence » militaire russe dans l’est du pays (lire la transcription de l’audition du général Gomart – directeur du renseignement militaire – à la commission de l’assemblée Nationale le 25 mars 2015 sur le site dédié, c’est juste stupéfiant). Sur les Etats-Unis, je regarde la dissidence, et des auteurs comme Howard Zinn (Une Histoire Populaire des Etats-Unis), Naomi Klein (La Stratégie du Choc), Russel Banks (Amérique, Notre Histoire), Jeremy Scahill (Dirty Wars), Robert Baer (Or Noir et Maison Blanche), les articles de Seymour Hersh dans The Nation ou le New Yorker qui donnent un bon éclairage sur les stratégies perverses de notre phare démocratique et les rapports d’intérêts que cette nation entretient avec ses vassaux (tous les autres pays du monde).

©Le Lombard/Philippe Gauckler

Quelle(s) difficulté(s) avez-vous rencontré pour retranscrire cette somme importante d’informations (les différents intervenants, les mécanismes économiques, etc …) ?

Les principales difficultés dans la recherche de renseignements fiables, de sources d’informations pas trop contaminées glanées au fil de la navigation web, c’est l’opération de déminage, la procédure de vérification et de filtrage que j’effectue tout seul. J’essaie d’avancer avec la prudence d’un artificier tournant autour de la « chose informationnelle explosive » mise à jour. Par exemple, sur le pétrole abiotique, il existe très peu de sources authentiques : toutes les entrées internet se citent les unes les autres si bien qu’on se demande où est la source d’origine. Du coup, la pertinence de la définition s’estompe. Et puis en ce moment, la propagande Est-Ouest est en pleine ébullition. Comment savoir qu’une info n’a pas été émise pour faire croire que c’est l’adversaire qui en est responsable? J’ai observé, début mars, lorsque Boris Nemtsov a été assassiné à Moscou, sur le pont devant le Kremlin, que tous les médias parlaient du principal opposant à Poutine et que par conséquent, le commanditaire (et bénéficiaire) de cet acte était tout désigné : c’était Poutine lui-même ! Presque personne n’a envisagé l’hypothèse selon laquelle cet assassinat pourrait embarrasser Poutine ! Qu’est-ce que Poutine pouvait craindre d’un adversaire qui avait disparu des sondages et qui se baladait librement sans protection rapprochée ? Personne n’a rappelé que B. Nemtsov était le challenger de Poutine en 1999, quand il a fallu trouver un successeur à Boris Eltsine. Personne n’a donc pensé que le meurtre de Nemtsov pouvait être un avertissement lancé à Poutine : « On tue qui on veut, où on veut, quand on veut »… Qui a osé remettre en cause le flux collectif ? L’histoire du pétrole, son économie, sa géopolitique sont très documentées. Mais on se heurte aux limites des renseignements qui sont fournis par les acteurs de l’économie du pétrole. L’Arabie Saoudite ne publie plus, depuis le début des années quatre-vingt, la moindre statistique concernant l’état de ses réserves. Si bien que les observateurs sont condamnés à supputer. Tous les conflits actuels ont pour origine un contrôle des sources (Syrie, Ukraine, Irak, Soudan). Tous les conflits passés se sont résolus par la défaite du protagoniste qui ne pouvait plus alimenter son combat, faute de carburant. Le contrôle du Moyen Orient, depuis la découverte des gisements géants d’Irak, d’Iran, d’Arabie Saoudite, des Emirats dans les années trente est une obsession anglo-saxonne. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se sont livrées à une lutte acharnée pour prendre l’avantage, les pays européens ont récolté quelques miettes (la France en Syrie et en Algérie, l’Italie en Libye et au Soudan). Et puis l’exploration documentaire nous fait traverser de curieuses alliances (L’Allemagne nazie fournie en carburant par la Standart Oil, équipée par Ford ou General Motors jusqu’à ce que l’URSS renverse la vapeur et soit à son tour équipée en avions, camions et tanks US…), la curieuse absence de vision de Staline à Yalta, qui ne réclame aucune position au Moyen Orient, croyant bénéficier des sources inépuisables des gisements de la mer Caspienne à Bakou… Je découvre des moments d’histoire. Je les compare. Je fais la navette entre hier, aujourd’hui et demain. C’est passionnant et c’est dévoreur de temps. J’ai conscience d’être sur un sujet global. Il faut être renseigné sur beaucoup de choses en même temps, être vigilant… Le dessinateur n’a presque pas de place dans ce dispositif…

©Le Lombard/Philippe Gauckler

Graphiquement, comment avez-vous abordé la série ?

J’ai adopté un dessin semi-réaliste. Le même type de représentation que j’utilise en pub : j’essaie de donner l’idée de réalité, mais pas la réalité. De toute façon, un dessin hyper réel, trop photographique est périlleux à entretenir tout au long d’une histoire. Parce qu’il y a forcément des moments où la doc manque. Il faut alors colmater les brèches. Philippe Francq avec Largo Winch est parvenu à un bon équilibre graphique. Je suis à la frontière d’une ligne claire, schématique parfois. Mais ce qui me motive dans cette histoire, ce n’est pas de faire des dessins spectaculaires. J’ai adopté un rythme de croisière de quatre strips sur quarante-six pages (onze cases par pages en moyenne). C’est dense mais je peux caser le développement d’un épisode sans trop survoler ni trop référencer.

Pensiez–vous dès le départ collaborer avec une coloriste, en l’occurrence Scarlett Smulkowski qui réalise un très beau travail ?

Les couleurs ont été confiées à Scarlett Smulkowski qui agit vite et avec détermination. Le tome un est assez sombre mais l’effet est voulu. Sur le tome deux, on a un peu forcé l’éclaircissement à la gravure pour ne pas rester trop sombre (malgré le titre). C’est une partie du travail que j’aurai aimé faire (mise en lumière, volumes, choix des atmosphères) mais j’aurais passé un temps infini à tester toutes sortes de possibilités.

©Le Lombard/Philippe Gauckler

Le premier tome de Koralovski pose les bases. Le second met un coup pied dans la fourmilière et déstabilise le lecteur. Que nous réserve le troisième tome ?

Sur le troisième tome qui clôt un premier cycle, je vais désamorcer une crise de situation mais amorcer le problème majeur auquel notre monde doit faire face : y a-t-il une énergie de substitution à l’incroyable impact produit par les hydrocarbures sur le développement de nos sociétés depuis un siècle ? Ce tome sera plus spectaculaire, les personnages plus engagés physiquement, les objectifs doivent être atteints. Les tomes un et deux remontent la mécanique, le tome trois déploie le mouvement. Je crois au potentiel des personnages et je crois qu’ils sont un bon vecteur des informations que je tente d’infiltrer dans le fil du récit. J’ai choisi de ne pas impliquer de narrateur et de n’utiliser que le dialogue comme mode de transmission. C’est très frustrant de ne pas pouvoir intervenir en tant qu’observateur. Mais ça permet aussi de mettre de côté trop d’infos qui auraient engorgé le récit. Du coup, j’ai très envie de raconter les coulisses de cette histoire (ce que je fais en ce moment avec cette interview) et les choix que j’ai opéré. Mon éditeur me soutient dans cette entreprise et j’espère que les lecteurs me feront confiance. Je n’épargnerai pas les personnages, et je compte bien les malmener pour tester leur âpreté au combat : ce sont des héros de papier, on peut tout oser.

Merci Philippe pour ce très intéressant partage.

Merci à vous !

Propos recueillis par Stéphane Girardot.

Interview réalisée le 03 septembre 2015.

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Description de l'auteur

Stéphane Girardot

Rédacteur / Secrétaire / Community Manager

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