Dans la bulle de… Phicil

Par | le 20 novembre 2017 |

La réédition dans la collection Métamorphose des éditions Soleil de la formidable série Georges Frog a remis en lumière cette oeuvre très personnelle de Phicil. Présent au festival Quai des Bulles de Saint-Malo, nous sommes revenus avec lui sur la création de son si sympathique petit personnage et son amour du jazz.

Phicil © 2017 La Ribambulle

Bonjour ! Comment est venue l’idée de cette réédition ?

En fait, j’avais proposé un projet à Barbara Canepa, qui est co-éditrice de la collection, et elle m’avait dit qu’elle aimait bien cette BD là. Comme je savais que Carabas ne faisait plus trop de BD, j’en ai parlé à l’éditeur qui a facilement accepté de me rendre les droits.

Avez-vous retravaillé des petites choses ?

J’ai tout re-lettré, j’ai refait tous les lettrages de l’album à la main, parce que je trouvais que le lettrage ancien était trop enfantin. Mais par contre je voulais conserver le côté lettrage à la main. J’ai tout re-lettré à la main mais dans un style un tout petit peu plus grand public en fait. Et après on a fait un gros travail avec la maquettiste pour que ça s’intègre bien dans la collection.

Pensez-vous que ça peut redonner un nouvel élan à la série ou un nouveau public ?

Je ne sais pas encore, mais avoir les quatre albums comme ça en un tome c’est plus cohérent. Pour moi, dès l’origine c’était une histoire complète qu’on avait séparée en quatre tomes parce que c’était trop long pour faire un tome unique. Au départ, c’était même prévu en un tome normal, mais ça a grossi quand j’ai développé ce petit personnage et tous les autres qui se sont greffés à lui.

D’où est venue l’idée de cette petite grenouille et du jazz ?

Le jazz c’est une passion personnelle. Et j’ai fait des écoles de dessin assez jeune après le collège, un lycée d’arts graphiques. Et après, arrivé à la fac qui faisait arts plastiques et musicologie, comme je faisais déjà de la musique, j’y suis resté presque dix ans en commençant par les arts plastiques avant de me réorienter vers la musicologie. Et après j’ai fait une école de piano jazz.

© Phicil

Votre histoire est une déclaration d’amour au jazz mais on en voit le côté très dur.

Ce que je voulais faire ressentir, c’est la musique des petits musiciens. Souvent on voit des gens très connus. Moi ce qui m’intéresse, c’est ce que j’ai vécu. Par exemple, les « rent parties » c’est vraiment pour les musiciens qui ne gagnaient pas leur vie, quand ils n’arrivaient pas à payer leur loyer.

Vous vous êtes spécialement documenté sur l’époque ?

Déjà en musicologie, j’ai eu des cours d’Histoire de la musique et du jazz. Après, bien sûr je lis des bouquins, j’ai mis quelques liens à la fin de l’album. Il y en a un qui m’a vraiment bien servi, c’est Le Jazz dans tous ses états, de Franck Bergerot. Il en a écrit plusieurs, c’est vraiment un historien du jazz très important. Et il y a Le Jazz, des origines à nos jours, écrit par un Américain qui a été traduit en français, qui est super aussi. Et puis après le documentaire de Ken Burns avec de superbes images de La Nouvelle-Orléans, de Chicago.

Pourquoi avoir choisi un style animalier ?

Je faisais déjà des personnages anthropomorphiques comme ça dans des carnets. Ça me paraissait super cohérent avec le fait que ce soit dans les années 30, car dans les années 30 il y a aussi Mickey, Donald… et puis un des créateurs graphiques de Mickey, qui s’appelait Ub Iwerks, avait fait un autre dessin animé qui s’appelait Flip the Frog, avec une petite grenouille qui joue du piano aussi. Moi j’ai essayé de relier tout ça, la grenouille c’est en plus un clin d’œil aux anglo-saxons. J’ai aussi relié ça avec la fable de La Fontaine, La Grenouille et le bœuf. Là, la grenouille est fan de Count Basie que j’ai représenté en bœuf. Donc j’ai repris un petit peu la fable – la grenouille veut devenir comme le bœuf – mais moi je l’ai un peu décalée sur le côté copieur. Et après je passe à autre chose. Je montre un petit peu comme c’est dur de vivre de sa passion. Pour le côté animalier, c’est aussi le scénario d’un projet qui me dicte quel personnage je prends.

© 2017 Editions Soleil

On peut aussi parler des couleurs qui donnent un ton formidable à la série.

Oui, les couleurs sont de Drac. On a travaillé vraiment ensemble à essayer de retranscrire un peu le côté années 30. Elle avait déjà travaillé avec moi sur d’autres albums et aussi sur mon dernier paru chez Dargaud, La France sur le pouce.

© Phicil

Est-ce qu’on pourrait un jour voir un autre album sur le même univers ?

Eh bien, en fait, j’avais prévu une suite. A la fin, on voit la grenouille qui prend le bateau et moi j’avais prévu la suite où Georges était en France, en 1939 pendant la guerre. Et puis quand j’ai fini cet album, j’ai enchaîné sur autre chose et c’est dur de reprendre. Il faudrait vraiment que je m’y remette. Mais c’est vrai que j’ai lâché l’affaire en 2010.

Justement, quels sont les prochains projets ?

Le prochain projet est celui qui était initialement prévu chez Métamorphose, avant qu’on décide de ressortir Georges Frog. Ce sera un projet qui se passe un peu à l’époque industrielle, avec un mélange de bestioles et d’humains. Mais je suis encore sur le scénario, c’est vraiment le tout début. Je pense qu’il sortira dans deux ans car il fera un peu plus d’une centaine de pages et ce sera peut-être en couleurs directes à l’aquarelle. C’est une technique que j’ai déjà utilisée mais jamais en album. Dans La France sur le pouce, j’ai testé une sorte de lavis à l’aquarelle, il n’y a juste qu’à développer un peu ça. De toute façon, je vais faire des essais, si je vois que c’est un peu trop gros je vais me rabattre sur quelque chose de plus simple, mais c’est vraiment un truc que je veux réussir à faire.

Merci beaucoup et bon courage pour ce projet !

Propos recueillis par Arnaud Gueury.

Interview réalisée le 28 octobre 2017.

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Description de l'auteur

Arnaud Gueury

Rédac' Chef / Trésorier

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