Miss Prickly © La Ribambulle
Nous avons profité du passage de Miss Prickly au dernier Festival international de la bande dessinée d’Angoulême pour lui poser quelques questions sur sa série Animal Jack, scénarisé par Kid Toussaint et publié aux éditions Dupuis.
Miss Prickly © 2025 La Ribambulle
Bonjour Miss Pricky, merci d’avoir accepté notre interview ! Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ta façon de travailler ? Est-ce que tu ne fais que les dessins ou tu interviens aussi un petit peu dans le scénario, dans le choix des animaux qui apparaissent peut-être ?
Alors c’est vrai que la plupart du temps c’est bien Kid Toussaint qui réfléchit aux histoires à l’intrigue, etc. Maintenant, c’est vrai que de temps en temps j’ai des petites envies de dessiner tel ou tel animal, donc parfois je lui envoie « voilà, celui-là est sympa, en plus il a tel et tel pouvoir donc si jamais on peut l’intégrer ça peut être pas mal ». Donc je ne co-écris pas mais évidemment je lis ce qu’il me propose et puis parfois je pense qu ‘il y a des choses qui peuvent être différentes ou que ça peut fonctionner aussi comme ça, en fait on est toujours sur le travail d ‘échange.
Tu fais beaucoup de recherches sur les animaux que tu dois dessiner ? Parce qu’il y a quand même beaucoup d’animaux que plein de gens ne connaissent pas…
Moi c’est vraiment la recherche graphique… c’est à dire que je vais avoir beaucoup besoin de documentation, d’images sur internet, mais Kid Toussaint fait vraiment un gros travail de documentation sur les animaux en eux-mêmes pour pouvoir les intégrer correctement dans l’histoire et que ça fonctionne. Et ça c’est vraiment chouette. La particularité de cette année, c’est que je travaille actuellement sur le tome 10 et, en faisant mes recherches sur les animaux, j’ai de plus en plus d’images créées par l’intelligence artificielle, donc il ne faut pas que je tombe dans le piège, il faut vraiment arriver à être sûre que c’est vraiment l’animal et ça rajoute une vraie difficulté !
Ah oui c’est vrai, on voit passer plein d’images, notamment ces oiseaux qui soi-disant protègent leurs bébés alors que ce sont des positions anatomiques totalement impossibles donc c’est vrai que ça doit te compliquer le travail…
Voilà c’est ça. Alors souvent les animaux pas très connus, il n’y a pas. Mais j’ai été étonnée sur le pika je crois, j’ai vu des images, je me suis dit que ce n’était pas vraiment ça l’anatomie et j’ai vu après que c’était effectivement une image faite avec l’intelligence artificielle. Il faut être hyper vigilant.
Le dernier tome sorti, ce sont des petites histoires. C’est volontaire que ça ne soit pas vraiment la suite ?
Oui oui, en fait d’une certaine manière c’est aussi un petit peu pour nous faire respirer en terme de scénario et pour ne pas qu’on s’essouffle trop vite sur ce qu’on a à raconter sur Jack, ça permet effectivement d’aller un peu plus en profondeur sur certains sujets. Donc là le tome 9 était sur les dragons et je peux déjà dire que sur le tome 11 ça sera sur le monde des contes. Le 10, je suis en train de travailler dessus et c’est une grande histoire comme étaient les autres.
Je ne sais pas si tu peux déjà nous parler du 10… Il y a toujours un peu ce côté écologique, comme le 8 qui était focalisé sur les insectes par exemple ?
Oui, c’est le même principe à chaque fois et là ils vont partir en Himalaya. Les enfants le savent déjà puisqu’à la fin du tome 9 ils peuvent voir dans l’illustration à suivre une panthère des neiges.
Il y a plein d’animaux sympas en Himalaya mais pas forcément simples à dessiner ?
Non ça va, il y a le pika, le chat de Pallas, la panthère des neiges, forcément le yak mais je ne sais pas si je vais en parler, il y a plein de choses…
Jusque-là, quel est l’animal qui a été le plus difficile à dessiner ? Est-ce qu’il y en a un où vraiment tu as été obligée de t’y reprendre plusieurs fois ?
C’est le galago (NDLR : un petit primate avec des très gros yeux), au moment des recherches effectivement il n’y avait pas beaucoup d’images. Comme il a une façon de se déplacer très originale, il n’y a pas beaucoup de gens qui ont pu le filmer…
En plus il est nocturne, ce qui est encore moins simple…
Voilà, ceux qui sont difficiles pour moi, ce sont ceux dont il n’y a pas beaucoup de documentation, il ne faut pas que je me trompe sur les attitudes, sur comment ils se déplacent, je crois qu’il y a juste une vidéo de la BBC dans la nuit pour voir comment il fonctionne, etc.
Est-ce que ça t’est déjà arrivé d’avoir un animal pour lequel tu as dit non, celui-ci je ne trouve pas ce qu’il faut, je ne vais pas réussir à pouvoir le mettre en scène ?
Ce n’est jamais arrivé, par contre il y a évidemment des animaux qui sont plus difficiles à rendre sympathiques, les insectes par exemple. La particularité d’Animal Jack est de rendre les animaux réalistes, c’est à dire dans une anatomie correcte. Forcément les insectes c’est assez compliqué parce qu’il y a plein de mandibules, d’antennes, de pattes, de poils, il faut arriver à les rendre sympathiques et en même temps vivants et en même temps justes. Là c’était assez compliqué mais c’était un challenge.
C’est celui qui était le plus compliqué à faire jusque-là ?
En tout cas, ce n’était pas inné de rendre des insectes réalistes et en même temps cartoon, ça ne m’était jamais arrivé, au départ il fallait un peu chercher le bon trait.
Mais ça doit être intéressant à la création, non ?
Complètement !
Quand tu fais des séances de dédicaces, tu as quand même pas mal d’enfants. Est-ce qu’ils te parlent du côté écologique ? Ou est-ce qu’ils retiennent plus le côté fantastique du petit garçon qui se se transforme ?
Ca ils adorent c’est sûr, mais c’est vraiment les animaux, tu sens un amour des animaux de la part des enfants. C’est vraiment ça qui les intéresse le plus, et aussi le côté documentaire pour apprendre des choses. Je crois que c’est quand même ça qui passe en priorité de ce que j’ai entendu.
C’est bien parce que c’est hyper important comme sujet ! Il peut y avoir de nombreuses histoires d’Animal Jack, vous avez prévu avec Kid Toussaint combien de tomes vous voulez faire ? ou alors c’est en fonction de comment la série fonctionne ?
Alors c’est vrai que l’éditeur nous fait entièrement confiance puisqu’on voit bien que la série fonctionne bien, donc en fait il nous laisse carte blanche sur ce qu’on a à raconter. Je pense qu’en fait ça sera vraiment le jour où on n’aura plus rien à raconter qu’on arrêtera. Il n’y a rien de prévu en terme de chiffres, par contre il y aura encore des univers qu’on n’a pas exploré, l’océan par exemple, il y a plein de biotopes qu’on n’a pas fait encore…
Donc il y a encore plein de choses que vous avez envie de faire…
Ca ne s’arrêtera pas comme ça du jour au lendemain mais je pense qu’on ne fera pas juste pour vendre. Il y a tellement de choses à raconter, il y a le réchauffement climatique avec l’eau qui monte…
Et du coup tu ne fais pas que ça, mais il en sort quand même souvent, ça prend combien de temps pour faire un Animal Jack ?
En général, j’essaye d’avoir au moins cinq mois de travail tranquille pour faire un Animal Jack parce que je fais le crayonné, l’encrage et la couleur, je fais tout. Et c’est vrai que ça prend un petit peu de temps mais, suivant la livraison des tomes, ça peut prendre entre quatre et cinq mois.
On va repartir un peu en arrière sur la genèse de Animal Jack. C’est Kid Toussaint qui t’a proposé ce projet ?
Oui.
Et tu as dit oui tout de suite ?
Oui !
C’est le côté animaux qui t’a attiré ?
En fait, ce qui s’est passé c’est qu’il voulait qu’on travaille ensemble et moi dans ma tête j’allais travailler avec lui sur quelque chose de plutôt adulte parce qu’il fait des bandes dessinées plutôt adultes. J’avais envie au niveau du dessin d’essayer de développer ça. Mais en fait il a regardé mon travail et il m’a dit « toi t’aimes les animaux ! » et il m’a proposé ce petit garçon avec ce pouvoir et j’ai tout de suite adoré. C’était évident qu’il fallait que j’y aille donc voilà, c’est un peu le fait qu’il ait regardé mon travail qui lui a donné cette idée.
Tu ne regrettes pas de rester dans la jeunesse ?
Pas du tout ! Vraiment là c’est quelque chose que j’adore, il y a un message qu’on peut se transmettre et c’est vraiment dans mes valeurs. Je pense que les enfants s’enrichissent de ça. Moi petite c’est quelque chose que j’aurais adoré lire parce que c’est à la fois de l’aventure et c’est assez complexe. C’est un peu la pop culture qu’on avait dans les années 80/90 avec du Jurassic Park, des Goonies, des Indiana Jones et en même temps du documentaire. Les animaux pour moi c’est un peu ça. Donc voilà. De toute façon, je suis aussi sur un projet adulte, donc pas de regrets. Je suis contente d’avoir attaqué cette série, c’est un vrai personnage fort que j’adore.
Et puis c’est éducatif ! C’était prévu dès le départ d’intégrer des pages documentaires ?
Oui.
Tu fais les recherches pour les positions anatomiques mais c’est Kid Toussaint qui fait les recherches documentaires…
C’est ça. Par contre, il y a des fois où j’ai un peu déjoué des idées reçues qu’il a pu retransmettre sur certains animaux qui ont la vie dure. Quand on recherche bien, il faut toujours être au courant des nouvelles découvertes et recherches et parfois on reste sur des trucs faux.
Il y a des trucs où il s’est trompé ?
Oui, par exemple les problèmes de mémoire de l’écureuil, ce sont des fausses idées. Il y a aussi une fois où je me suis dit « ah tiens ça les enfants vont nous tomber dessus c’est sûr ». En gros, il y avait un prédateur, c’était l’ibijau, un oiseau qui devient une branche. Le prédateur qui devait l’attaquer c’était un serpent et je me suis dit « bah là ça peut pas marcher parce que le serpent voit la chaleur donc il voit que ce n’est pas une branche », je lui ai dit, « il vaut mieux changer de prédateur ». Ce sont des petites choses comme ça.
Ah oui, effectivement, on se dit que le serpent peut être un prédateur d’un oiseau…
Oui, mais dans l’idée qu’il se camoufle, ça ne marche pas en fait. Donc il fallait un autre animal mais c’est pour ça qu’on est complémentaires. J’ai quand même pas mal de connaissances aussi, depuis toujours je regarde plein de documentaires.
C’est quelque chose qui t’intéresse vraiment…
Mais pareil il faut que je fasse aussi attention sur parfois des idées reçues qu’on peut avoir, il faut vraiment à chaque fois vérifier.
C’est vrai qu’il y en a beaucoup. Dans le tome 9, une des plus connues c’est le pingouin et le manchot, c’est bien aussi pour ça parce que c’est bien, parce que les enfants ne vont pas apprendre ces idées reçues…
En espérant que ce soit ça qui reste !
Tu travailles en numérique ou en traditionnel ?
Je travaille tout en numérique maintenant, pour des histoires de temps et dès le crayonné. En fait j’ai une tablette graphique écran.
Finalement pour toi c’est exactement la même chose ?
Oui, ce n’est pas l’ordinateur qui bosse, j’ai vraiment un crayon entre les mains. C’est juste que ce n’est pas sur une feuille blanche c’est sur une tablette et ça fait gagner du temps par rapport au scan. On n’a pas besoin de scanner toutes les images. Alors c’est sûr que c’est triste parce qu’il n’y a plus d’originaux mais aujourd’hui, en tout cas dans mon marché, sur la bande dessinée jeunesse, il n’y a pas vraiment de collectionneurs qui cherchent ça au final. Donc ce n’est pas forcément grave, ce n’est pas une manne financière. Et c’est surtout qu’en fait il faut aller vite.
Ca ne t’arrive pas d’avoir envie ne serait-ce que pour les couvertures de les faire en traditionnel, en aquarelle ?
Ca ne collerait pas avec l’ambiance de la série. Mais après je peux faire des commandes, des choses plus spécifiques mais pour la série non. Et puis il y a des flous, des choses comme ça qu’on aurait du mal à avoir, il faudrait avoir les aérographes par exemple.
Tu peux faire des effets différents finalement avec le numérique…
Oui, que je ne pourrais jamais avoir avec le traditionnel. Il y a un côté écran et dessin animé que ne peut pas avoir la peinture.
Effectivement ça fait très dessin animé aussi et justement ce n’est pas prévu de faire des dessins animés ?
C’est en pourparler mais c’est pareil, il y a plein d’obstacles quand même…
Ca permettrait de toucher encore plus d’enfants finalement !
Apparemment on sait que ce n’est pas forcément le même public mais ça peut amener de l’un à l’autre du dessin animé vers la bande dessinée et inversement.
Merci beaucoup d’avoir pris un peu de temps pour répondre à nos questions !
Propos recueillis par Laëtitia Lassalle
Interview réalisée le 31 janvier 2025







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