Romancière, scénariste de bande dessinée, illustratrice, artiste-peintre, chroniqueuse radio, presse, télé et même présentatrice du jeu Queen Size sur Youtube, Maïa Mazaurette touche à tout avec talent. Celle qui vient de quitter l’émission Quotidien après six années en tant que « sexperte » faisait partie des invitées du premier salon de la BD érotique à Paris, l’occasion de revenir sur son dernier ouvrage, Maison close, et ses nouveaux projets.
Bonjour Maïa, merci à toi de nous accorder un petit peu de temps. Je voulais déjà te demander ce que tu pensais de la tenue d’un salon de la BD érotique en tant que « sexperte ».
Ah ben moi je suis ravie que ça existe ! Avant, ici, il y avait le salon de la littérature érotique qui était aussi organisée par Flore (Cherry) et c’est vrai qu’il n’y avait pas un truc spécialement sur les dessins et je pense que le public, quand même, sur l’érotique, aime lire mais c’est quand même bien de regarder aussi, donc déjà je suis contente d’être avec des amis puis je suis quand même contente de pouvoir rencontrer un public un peu différent de celui que l’on croise dans les salons érotiques. Ça c’est vraiment super pour moi !
Être entouré de bédéphiles aussi ?
Oui. Et puis la sexualité est un art aussi, je pense que ça correspond politiquement aux choses que moi je veux défendre.
Justement, je voulais te demander le regard que tu portes sur la BD érotique aujourd’hui.
Pour moi c’est un peu particulier parce que, vu que c’est mon métier, j’essaie de ne pas me mettre les fantasmes que les autres ont. Donc je regarde des dessins mais pas forcément des BD parce qu’après il y a les scénarios et, alors que c’est des trucs sur lesquels moi-même je travaille, j’ai peur de me sentir influencée, de me laisser bouffer par l’imaginaire de gens très talentueux. Donc je vais plus consommer l’illustration érotique.
Donc tu es plus centrée illustrations.
Oui. Et c’est vrai que, maintenant que je travaille avec Arthur de Pins, avec Benoît Feroumont, j’ai l’impression que le monde de la bande dessinée, je m’en suis un peu éloignée, et d’ailleurs c’est un regret. J’espère que je reviendrai.
C’est ce que j’allais dire, tu ne fermes pas la porte à un retour en bande dessinée ?
Ah non, pas du tout ! Mais c’est vrai qu’à un moment j’étais tout le temps dans les salons de la BD, surtout quand je bossais avec Arthur et puis ça s’est arrêté. Et c’est bizarre de laisser comme ça derrière soi une espèce d’univers routier. Ça me manque, en fait ! Aussi parce que ce sont les plus belles rencontres : dans les littératures de l’imaginaire, science-fiction, fantasy et dans la bande dessinée, les amis que je m’y suis fait, ce sont les amis que j’ai gardés ! Souvent, dans la littérature générale, ce sont plus des gens que je croise alors que là ce sont des gens avec qui je pars en vacances !
Tu m’ouvres une petite porte : je me suis demandé si tu voulais qu’on rende hommage à Jean-Paul Krassinsky, étant donné que tu as réalisé Sale bête avec lui.
Forcément j’ai beaucoup pensé à lui en venant ici. Sachant que j’allais voir ces deux énergumènes ici présents, sur les trois auteurs de bande dessinée avec qui j’ai travaillé il en manque vraiment un pour moi aujourd’hui. Il manque vraiment beaucoup, il manque son talent, il manque sa liberté, c’était vraiment quelqu’un de très gentil, tout le monde l’a beaucoup dit mais il faut le redire, mais il est aussi le meilleur camarade de salon possible, toujours en train de rigoler, toujours en train de filer un coup de main à tout le monde… Cette année… Il nous manque vraiment quelqu’un… C’est tout récent.
Si jamais c’est un sujet trop sensible, tu me le dis.
Non non, je suis plutôt contente de parler de lui, au contraire ! Ceci dit, c’était exactement ce à quoi je pensais à vélo en arrivant ici. Dans notre petite bande, il manque une personne, c’est Jean-Paul Krassinsky. Mais dans ma mémoire il survit. Et puis il était au milieu d’une bande dessinée et cette bande dessinée va être complétée par des auteurs qui, pour lui rendre hommage, vont terminer l’album qu’il était en train de faire.
Ça va être un bel hommage, je pense.
Oui. Moi je n’ai pas voulu le faire, enfin je n’ai pas pu le faire, déjà je n’avais pas le temps, et je pense que ça aurait été dur pour moi, en tant que scénariste, de scénariser une de ses BD alors qu’il est décédé, ça aurait été trop triste. Je suis contente que quelqu’un d’autre l’ait pris.
Je voulais qu’on parle aussi de Maison close. Comment présenterais-tu le concept à quelqu’un qui ne le connaît pas ?
Ah… C’est très difficile comme question ! C’est comme si on faisait une espèce de ping-pong d’imagination ensemble, pour créer une utopie érotique. Moi je propose la mienne en espérant que les gens qui vont lire le livre vont trouver plein d’idées pour construire la leur. L’idée est vraiment que les gens puissent se confronter à mon imaginaire mais pour construire le leur. A la fin du livre, il y a toute une série de questions sur comment est-ce qu’on développe un imaginaire érotique, un petit côté « développement personnel » dedans. En plus, il y a de l’art aussi, c’est la première fois que je me donne à la peinture pour dessiner un livre, et ça ce n’est pas rien !
C’est vrai que tu avais exposé des tableaux.
Je pense que, quand tu bosses avec des professionnels, la pression que tu te mets en qualité de dessin fait que, en vrai, si je n’avais pas fait de BD, j’aurais sans doute fait des livres comme Maison close et des livres illustrés beaucoup plus tôt. Mais je suis tout le temps impressionnée, en fait, parce que je me disais « Eux sont tellement forts, je ne suis pas aussi douée, je ne vais pas y arriver ! » Bien sûr, ce sont aussi des gens qui m’ont aidée, quand je galérais sur les histoires de couleur je sais que je pouvais toujours demander à Arthur et Benoît pour donner leur avis. Et à Jean-Paul Krassinsky évidemment, qui a aussi beaucoup aidé pour donner son avis.
Et il y a eu cette adaptation en spectacle à laquelle tu as contribué.
Alors ça c’est le gros dossier ! Énorme dossier ! En fait, je me suis aperçue, en faisant la promotion et en discutant avec les gens, que le côté collaboration était vraiment ce qui les intéressait le plus et, en fait, les gens ont envie de parler d’eux. Une fois qu’ils ont commencé à développer un imaginaire et des fantasmes, ils ont envie de les partager. Et là on va se mettre sur une scène, on en discute tous ensemble, les gens parlent devant les autres, ils parlent de leurs fantasmes quand c’est possible. C’est vrai que, quand on ne l’a pas vécu, ça paraît impossible, le truc qui se créé à ce moment là, parce que ce n’est pas possible que des gens montent sur scène, parlent de leurs fantasmes devant 200 personnes, des fantasmes qu’on pourrait avoir aussi, des choses assez explicites. En fait, on y va très doucement, très progressivement, il y a une confiance qui se créé avec le public, et ça crée un truc qui est très rare, tu fais une communauté érotique avec des gens que tu n’as jamais vus avant, que tu ne reverras jamais après et avec qui tu partages un truc que, normalement, tu n’oses même pas dire à tes amis, même pas dire à ton conjoint des fois, et d’un seul coup tu le dis devant plein de gens et ça va. Comme c’est mon public et que ce sont des gens sympas, tu as aussi un truc où peu importe ce que tu vas dire, tu vas être validé et les gens vont dire « C’est trop bien », « J’adorerais pouvoir faire ça ». Plein de gens sont très mal à l’aise avec l’imaginaire érotique et se disent « moi je fantasme là-dessus, c’est que je ne suis pas normal » ou « mon kif c’est ça donc je dois être un pervers » et là ils disent des trucs comme ça devant un public et les gens applaudissent. Je pense que c’est très thérapeutique, c’est très feel good en fait, et aussi « Ah non mais en fait tout va bien, je ne suis pas un taré, je suis acceptable, accepté, applaudi parfois par le public alors que je parle de me faire pipi dessus » pour te donner un exemple de choses qui ont vraiment été dites sur scène.
Ah oui, on t’a vraiment dit ça ?
Ouais, y a quelqu’un qui est arrivé en fin d’expérience avec ce fantasme-là. Je pense qu’il en fallait beaucoup pour que cette personne accepte de dire ça devant tout le monde. Et les gens disaient « Ouais super ! » Je pense que si jamais il avait envie de le dire à un partenaire dans le futur, peut-être que maintenant il osera. Et ça c’est super !
Tu penses renouveler l’expérience du spectacle ou pas ?
Ah ben là je reprends en janvier. Donc bientôt, dans six mois. J’ai le temps de bosser sur autre chose. Mais je vais être hyper contente de reprendre, quand on a arrêté j’étais trop triste. Ça m’a manqué.
Est-ce que tu m’autorises une question sur Quotidien ou pas ?
Une !
Le bilan que tu fais de tes six ans dans l’émission ?
Oh ! OK… Elles sont dures, tes questions ! Hum… On est dimanche et j’ai arrêté mardi. Donc tu me demandes de faire un bilan alors que pour moi ce n’est pas encore fini. Enfin c’est fini mais je n’ai pas l’impression d’avoir le recul nécessaire. C’est super de pouvoir parler de sujets comme les miens qui sont d’habitude très tabous, indicibles, pas légitimes, à des heures de grande écoute devant plein de gens. En même temps, à la fin, on parlait beaucoup moins de sexualité et je suis contente de pouvoir quand même parler de sexualité de manière latente et plus précise ailleurs, je ne sais pas encore où. Je pense qu’il y a beaucoup de trucs que j’aurais voulu faire encore, beaucoup de trucs à raconter et il me faut aussi un espace un peu différent. Six ans c’est beaucoup, c’est bien aussi de se réinventer, de se renouveler, j’ai envie d’essayer de nouvelles choses. Là j’écris un film par exemple.
Eh bien voilà, c’est tout bon, je te remercie !
Ça y est, c’est fait !
Propos recueillis par Laurent Muret
Interview réalisée le 28 juin 2026









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