Louise Laborie © 2025 La Ribambulle
Nous avons profité du festival Quai des Bulles pour poser nos questions à Louise Laborie pour en savoir plus sur son album Rock’n’roll Suicide, récemment paru aux éditions Sarbacane. Cette interview dévoilant de nombreux éléments de l’intrigue, il est donc préférable d’avoir déjà lu l’album.
Bonjour et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Bravo pour cet album ! Est-ce que, pour commencer, vous pouvez vous présenter pour les lecteurs et lectrices qui vous découvriraient justement avec Rock’n’roll Suicide ?
Je suis Louise Laborie, je suis dessinatrice, autrice de BD et illustratrice aussi. Je travaille à Paris, je suis diplômée des Arts Déco de Paris.
Vous avez sorti Morgane Fox il y a trois ans chez Sarbacane. Est-ce que vous voulez en parler un petit peu ?
C’était justement mon projet de diplôme des Arts Déco de Paris. Je l’ai retravaillé avant la publication chez Sarbacane. J’avais un premier jet, pour le diplôme, j’avais environ soixante pages. C’est une aventure policière : l’histoire d’une fille qui est fan d’une série policière, un peu cliché, française, et qui, un jour, va trouver le flingue de son héros, Tony Fox, dans son paquet de céréales. Elle va donc décider de partir à l’aventure pour le retrouver. Elle, elle vit une vie vraiment très morne et, au fur et à mesure, l’histoire va devenir une espèce de série policière cliché, avec des personnages qui arrivent et c’est l’histoire qui va se transformer en série.
Louise Laborie, Morgane Fox © Sarbacane 2022
Et comment est né le projet Rock’n’roll Suicide ?
Quand j’ai fini Morgane Fox, il fallait que je trouve une autre idée. C’était la première fois que je pensais vraiment une histoire en ayant en tête les lecteurs et lectrices. Ce n’était pas comme mon projet de diplôme qui allait forcément être lu. Ça faisait longtemps que je voulais raconter une histoire de groupe de rock parce que j’écoute beaucoup de musique, j’adore la musique. Et à l’approche de mes 27 ans, j’ai fait une petite crise existentielle (rires) : « où j’en suis dans ma vie ? », « est-ce que je suis au bon endroit ? ». Comme si c’était cet âge un peu symbolique dans l’histoire du rock, marqué comme une espèce de petit point de non-retour. Je me suis dit que c’était un sujet chouette d’utiliser cette idée-là aussi pour parler des groupes un peu de l’ombre, des groupes qui galèrent, parler du doute, de la peur du temps qui passe, de la peur de disparaître, de louper le coche, tout ça… Donc voilà, ça vient de là.
Quand on ouvre l’album, juste après les paroles de David Bowie en exergue, on a un port avec du texte en anglais, le Ballroom. On peut penser qu’on va être aux États-Unis et puis, après, on a tous les néons et on se rend compte qu’on est en France. Dans une ville non identifiée, je pense.
C’est une inspiration de Saint-Nazaire.
Louise Laborie, Rock’n’roll Suicide © Sarbacane 2025
Est-ce que vous avez tâtonné là-dessus ? Sur le cadre que vous alliez choisir ? Est-ce que vous avez envisagé de faire quelque chose qui se passe aux États-Unis ?
En fait, toutes mes histoires se passent en France. J’aime bien justement accentuer un peu la dissonance qu’on peut avoir quand on est fan de musique rock anglo-saxonne, qu’on écoute des chansons dans lesquelles on s’identifie et qu’en même temps le décor dans lequel on est ne ressemble pas aux paroles de chansons.
Louise Laborie, Rock’n’roll Suicide © Sarbacane 2025
D’où le passage où le décor se transforme.
Oui. J’aime bien réutiliser un peu les codes de l’imagerie étasunienne pour encore plus brouiller les pistes et être un peu dans ce monde hybride entre paroles de chansons et vie française à Saint-Nazaire.
L’intro est trompeuse.
Oui, pourtant c’est bien le pont de Saint-Nazaire !
Cette ouverture un peu ambiguë est agréable. Vous avez dit que vous aimiez beaucoup la musique. Vous êtes musicienne vous-même ? Il y a un peu de vous aussi dedans ?
Moi, je joue de la guitare depuis longtemps. J’ai eu des petits groupes. Mais je n’ai jamais vraiment eu le temps d’avoir un vrai groupe, comme dans l’histoire. Mais mes parents ont un eu groupe de reprises quand j’étais enfant, pendant longtemps. J’ai un peu grandi dans les bars, en allant les voir jouer. Donc cet univers-là, j’ai quand même un petit pied dedans. Les bars de seconde zone sur les routes, dans les zones périurbaines…
Louise Laborie, Rock’n’roll Suicide © Sarbacane 2025
D’où la tendresse pour ces groupes de reprises qui sont un peu snobés, ou qui ont l’impression de ne jamais aboutir.
Exactement. Toujours dans cette idée de parler du doute et de parler de ne pas être là où on doit être, il y a cette question de faire des reprises mais aussi les « tribute bands », les artistes qui reprennent tous le répertoire d’un autre artiste, comme là, Frank Sinatra. Groupes qui parfois peuvent connaître des succès énormes, on l’a vu avec par exemple le groupe qui faisait des reprises des Beatles, et il y toujours cette question d’être hyper connu mais en même de vivre un peu un succès de quelqu’un d’autre qui sera jamais entièrement le sien. J’avais envie aussi parler de ces groupes-là parce que je trouvais que ça marchait bien avec l’idée du doute.
Il y a une tendresse pour, en quelque sorte, les losers, parce qu’il y a un peu cette question-là dans l’album : le ringard mais qui a du succès quand même donc qu’on envie…
Oui, bien sûr. En fait je voulais parler de rock mais en même temps, ça me paraissait bizarre de faire une BD qui place le rock comme étant la musique suprême, alors qu’on sait que le rock aujourd’hui est un peu plus ringardisé et qu’il est beaucoup moins une contre-culture qu’il ne le fut à un moment. J’ai eu aussi envie de jouer sur ça avec, par exemple, les parents de Valentin qui, eux, écoutent de l’électro et qui sont hyper fiers que leur fils fasse du rock, parce que c’est bien de faire du rock, c’est mignon (rires). Ce n’est plus du tout ce que c’était avant, l’esprit rebelle. Je trouvais ça drôle. Même le salon du disque. Voilà, tous ces éléments. On se dit « ah une BD de rock » au final, c’est un peu mélancolique.
Louise Laborie, Rock’n’roll Suicide © Sarbacane 2025
Pourquoi ils s’appellent les Supersonic Pizza Club ?
(rires) J’ai mis hyper longtemps à trouver le nom du groupe, en plus, j’ai passé des semaines à écrire les idées… Pourquoi ? En fait, je crois que ça part de différents éléments, de différents noms que j’avais trouvés. Au final, je me suis dit : ça sonne bien. Et puis il y a un peu toute cette vague de groupes psychédéliques, à un moment, qui avaient tout le temps des noms de nourriture.
Des noms à rallonge.
Oui, donc un nom à rallonge avec de la nourriture, je trouvais ça drôle.
Il y a eu quoi comme nom abandonné (rires) ?
Olala, je ne sais plus. Il y avait des notes entières sur mon téléphone !
On parlait de l’ambiance mélancolique : le titre vient d’une chanson de David Bowie.
Oui. Alors au début je ne voulais pas mettre ce titre. J’en avais parlé à Fred, à Sarbacane, et j’avais peur de mettre « rock’n’roll » dans le titre parce que je trouvais que le cœur de ma BD n’était pas forcément le rock’n’roll et je n’avais pas envie d’appuyer sur ce côté BD rock et d’avoir une promo guitare électrique (rires). J’avais un peu peur de ça donc c’était un titre de travail. Au final, lui trouvait que c’était un super titre. Donc j’ai quand même cédé mais j’aimais bien l’idée parce que c’est une chanson de Bowie qui parle justement des illusions un peu perdues, de ce temps qui passe, d’une personne qui n’est plus dans le coup. Et c’est aussi la chanson sur laquelle il a décidé de « tuer » son personnage de Ziggy Stardust sur scène. Je trouvais que ça faisait un peu sens avec l’histoire parce que, dans mon histoire, ils jouent tous des personnages, ils jouent tous le répertoire d’autres artistes, ils veulent tous leur propre compo… Dans cette idée de tuer Ziggy Stardust, il y avait cette idée de renouvellement créatif et de faire disparaître le personnage qu’on incarnait, qui n’était pas vraiment nous-mêmes. Donc ça marchait bien, et j’ai quand même accepté Rock’n’roll Suicide.
Moi, j’avais pensé l’inverse. Je me demandais si ce n’était pas gênant qu’on ait l’histoire du suicide directement.
Bah, en fait, l’histoire du suicide, je dois vous avouer qu’en fait ça m’a un peu agacée que les résumés des trucs presse parlent de suicide parce que je trouvais que ce n’était pas l’histoire. Même ça spoile la fin, qui n’est même pas, pour moi, un vrai suicide car c’est plutôt un truc métaphorique. Il s’en va dans les vagues, ça peut être qu’il disparaît avec le temps qui passe. C’était plus une métaphore que vraiment « il se tue ». Donc oui, ça met direct un angle…
Mais bon, c’est le titre de la chanson de Bowie.
Justement, comme mon histoire ne parlait pas de suicide, je me disais « ah, c’est bien » mais comme Sarbacane a vraiment écrit « il se suicide » direct dans le résumé (rires), j’étais là : « noooooooon ». Mais bon, ce n’est pas grave.
Et vous ne pouviez pas intervenir sur ça ?
En fait, les communiqués de presse, c’était avant. Moi, je suis quand même intervenue sur le résumé derrière où, là, j’ai fait enlever la phrase. Mais c’est vrai que maintenant, sur internet, dès qu’on cherche un résumé, on tombe sur ça. Je trouve ça un peu dommage mais tant pis.
Puis si on le voit à un endroit, on n’arrive plus à s’en défaire. Même moi, pour faire le résumé pour la chronique, j’étais un peu embêtée. Alors j’ai mis qu’il était attiré par les vagues… Ce que j’ai trouvé très parlant aussi dans cet album-là, ce sont les différentes relations familiales. On a la famille de Valentin qui le soutient à fond. Ses parents sont trop mignons, ils lui offrent de quoi faire son piercing. Et de l’autre côté, on a Martha, qui pourrait être pistonnée mais ne le fait pas donc, de temps en temps, ses camarades lui en veulent. Il y a cette question de réussir à se débrouiller soi-même. C’était évident dès le départ, cette dynamique ? Le fait de ne pas avoir les mêmes chances dans la vie ?
Louise Laborie, Rock’n’roll Suicide © Sarbacane 2025
Oui, oui ! J’avais envie qu’ils aient vraiment trois caractères différents, car je voulais vraiment montrer que rien ne va, que c’est un groupe qui est sur le point d’imploser. Et le fait d’avoir des dynamiques familiales différentes, ça m’a aidée à à créer des points de discorde entre les trois membres du groupe. J’aimais bien aussi l’idée qu’il y ait un groupe de la ville qui ait vraiment percé et qui soit devenu hyper connu, avec la mère de Martha. Qu’il y ait cette espèce de graal : tout le monde parle de ce couple, Basic Maniacs.
Avec leur grosse affiche !
Je trouvais ça chouette de relier avec Martha, sans le dire dès le début.
Parce qu’au début, on dirait même qu’elle se désintéresse de la musique puisque Martha lui dit « mais oui, toujours le même groupe ».
Il y a aussi cette idée qu’elle soit un peu en rejet de ça aussi, justement. Parce que ce groupe est peut-être commercial. On voit ça dans le rock : il y a tout le temps des rééditions d’albums, des coffrets super collector qui coûtent une fortune alors que je ne sais pas vraiment si c’était le propre du rock au début.
Les personnages, justement, vous les avez trouvés assez vite, quand vous avez eu le projet ?
J’ai trouvé très, très vite le personnel de Valentin. Ça me faisait rire. Au début, je pensais faire toute l’histoire avec ce gars mais après je me suis dit que c’était mieux si c’était un groupe. Et là j’ai eu envie d’avoir un groupe qui soit un peu féminin, mais pas entièrement féminin. Je trouvais ça cool d’avoir majoritairement des filles et, à la basse, un garçon. Parce que d’habitude, ce sont toujours les filles qui jouent de la basse (rires) donc c’était cool de les mettre à la guitare électrique et à la batterie. C’est venu assez vite, mais d’abord par le dessin plus que par l’histoire. C’est d’abord en dessinant, en imaginant leurs vêtements, leur esthétique, leurs choix… Et après, je tire des ficelles pour le cadre familial, le passé. Et je crée l’histoire en fonction de ça.
Bon là, on va vraiment spoiler mais il y a une espèce de filiation, de réincarnation, du groupe d’Elena, Lionel et la mère de Martha. On apprend donc que la mère de Martha faisait au départ partie de ce groupe, qui a cessé d’exister puisqu’Elena est morte. C’est assumé aussi ? C’était voulu immédiatement ?
En fait, ça a mis du temps pour raccrocher les wagons. J’avais cette histoire de groupe avec Lionel, Elena qui était morte… J’avais l’histoire de l’autre groupe…
Ah, vous aviez deux axes…
Oui, j’avais vraiment vraiment deux axes et je crois que c’est mon éditeur qui m’a dit : « il faut trouver un moyen de connecter et de relier les wagons » et je crois que c’est lui qui a eu l’idée de la mère de Martha. En dix minutes, on a fait un truc tous les deux, de tac au tac. Donc on retombe sur le temps qui passe. Et puis, ça reproduit un schéma qui était un peu celui d’une génération précédente.
D’où les vagues, qui sont associées à Lionel, et qui arrivent aussi à la fin.
Oui oui.
Donc, ça, c’est arrivé au cours de la finalisation du scénario.
Oui oui.
Louise Laborie, Rock’n’roll Suicide © Sarbacane 2025
Et vos deux axes, vous les aviez trouvés dès le début ?
En fait, ça a d’abord été des scènes que je dessinais, qui n’avaient rien à voir. Je n’avais pas de scénario, je dessinais ! J’aime bien passer par le dessin, j’ai du mal à me mettre devant l’ordi, à écrire juste comme ça. J’ai l’impression que les idées viennent facilement en dessinant. Je dessinais des scènes qui me faisaient marrer. Je crois que la première scène que j’ai dessinée, c’est quand Valentin descend dans le studio, dans la cave du bar, pour jouer et que ce gars est là.
Ah, pour les photos !
Oui. J’avais dessiné quatre cases et je trouvais ça marrant. Et après, j’ai redessiné une scène dans le bar avec une vanne et je trouvais ça drôle et après j’ai eu plein de petites scènes comme ça, mais c’étaient plutôt des scènes marrantes, pas vraiment les scènes dramatiques de l’histoire. Dès le début, par contre, j’avais envie de faire une ambiance un peu… pas thriller mais un peu sombre. De station balnéaire un peu glauque, pas pendant l’été. J’avais envie de ce décor là, et donc je me suis dit que ce serait bien que, sous ces blagues, il y ait un fond, un fil rouge, un peu « Affaires sensibles ».
Louise Laborie, Rock’n’roll Suicide © Sarbacane 2025
Quand ils collent leurs affiches, il y a du vent, il pleut, ça fait clandestin…
C’est ça. Et puis, cette histoire de crooner qu’on appelle le « croque-mort ». Le voir derrière sa fenêtre brisée. Je l’avais dessinée dès le début, cette image.
Cette case est magnifique !
Après, c’est vraiment relier les points entre eux, faire monter tout ça pour avoir un tout qui soit cohérent.
C’est arrivé vite l’idée de faire mourir quelqu’un pendant leur concert au salon ?
(rires) Je me suis un peu sentie mal, j’avoue. J’espère que les fans de rock qui vont dans les salons du disque ne vont pas mal le prendre et que je n’ai pas trop appuyé sur le fait qu’ils sont super vieux et ringards. Je trouvais ça marrant, cet effet comique pour vraiment montrer que ce n’est pas un public tout jeune.
C’est réussi ! Il y a des petites touches vraiment drôles. J’ai vu dans vos inspirations que vous citez notamment Lynda Barry.
Oui, j’adore.
Vous avez fait un voyage aux États-Unis récemment, et un échange aussi. Tout ça imprègne beaucoup votre travail.
Oui, je pense. C’est pendant mon échange à New York que j’ai découvert la BD étatsunienne, les autrices et auteurs américains. À la base, je faisais plutôt de la photo aux Arts Déco, dessin et photos, mais pas énormément de BD. Et aux États-Unis, j’ai eu plein de cours de bande dessinée et donc j’y suis rentrée plutôt par la BD étatsunienne. Donc je pense que ça a quand même un peu imprégné mon dessin.
Les choix de couleurs, aussi.
Oui, c’est ça.
J’adore vos rouges dans cet album. Concernant votre technique, vous utilisez l’encre de Chine et l’aquarelle mais vous travaillez aussi sur tablette…
En fait, ma première BD, j’avais tout fait en aquarelle. Ça m’avait pris un temps monstre mais c’est toujours décevant de passer du temps sur des magnifiques planches à l’aquarelle et de voir que c’est imprimé en CMJN et que toutes les couleurs deviennent d’un coup un peu plus ternes. C’est normal.
Au niveau de la dimension aussi ?
Elle était quand même imprimée en très grand, ma première BD, donc ça allait. C’étaient plutôt les couleurs. Je me souviens qu’on avait pas mal galéré, on avait rajouté un pantone orange… Parce que j’avais tout fait en orange et c’est la couleur qui ne sort pas en CMJN. Donc là, avec mon éditeur, on s’était demandé si ça ne vaudrait pas le coup de tenter la couleur en numérique, pour pouvoir travailler plus facilement, avoir les ambiances que je voulais, et ne pas avoir de mauvaise surprise à l’impression. Au début, je n’étais pas sûre, je n’étais pas très fan du numérique. J’ai fait la couleur sur iPad, j’ai passé beaucoup de temps à essayer de trouver des brush avec un aspect aquarelle. Et le crayon aussi. Parce que je dessine à la main, à l’encre de Chine, à la plume. Après, j’ai scanné, j’ai fait toutes les couleurs à l’aquarelle en brush, à la main mais sur tablette, donc ça ne m’a pas fait gagner de temps tant que ça. Et une fois que j’avais fait toutes les couleurs, j’ai ajouté une espèce de crayon comme ça, en dégradé avec une brush effet crayon. Ça me prend des heures à colorier, vraiment (rires).
Donc vos planches originales sont en noir et blanc, à l’encre de Chine.
Exactement.
Louise Laborie, Rock’n’roll Suicide © Sarbacane 2025
Donc vous avez dû vous former à une nouvelle technique, apprendre quel effet fait tel pinceau ?
Oui. Au final, ça ne m’a pas du tout gagner du temps parce que je suis assez perfectionniste et l’idée de pouvoir tout le temps changer ou modifier… c’étaient des possibilités infinies. Mais j’ai réussi à avoir des ambiances, un peu de sale, que je n’aurais peut-être pas eues à l’aquarelle. Parce que, pour tester une chose, il faut refaire toute la planche.
Ça a pris combien de temps, justement, de faire ce livre, parce que c’est quand même 200 pages ?
J’ai mis trois ans mais je faisais aussi de l’illustration à côté, des commandes, j’ai fait une résidence… J’ai fait d’autres choses donc pas trois ans à 100 %. Je pense que c’est plutôt deux ans.
Vous pensez continuer avec cette technique d’aquarelle numérique, notamment si vous restez chez le même éditeur ?
Oui… Je ne sais pas.
Une BD en noir et blanc ?
Ce serait chouette ! J’avoue que ça me plairait, j’aime bien aussi changer. Même de format. Là, c’est un format complètement différent, c’est moi qui voulais un truc beaucoup plus petit. Un nouveau livre, un nouveau challenge.
Donc le prochain : noir et blanc, format à l’italienne (rires).
Peut-être ! Je vais essayer de repartir à l’aquarelle maintenant que j’ai cette façon plus rapide de penser grâce à la couleur numérique. Essayer de retransposer ça en traditionnel. En sachant maintenant quelle couleur passe et quelle couleur ne passe pas (rires). Ça m’a manqué aussi un peu de faire à la main, ce n’est pas du tout la même sensation. J’ai tout colorié moi-même mais mais sur mon écran, lisse, en pouvant zoomer. Ce n’est pas le même rapport au papier, au format.
Est-ce que vous avez déjà de futurs projets. Vous nous avez dit que vous avez fait une résidence…
Je suis en train de réfléchir à une nouvelle histoire mais j’ai plein de petites idées différentes. Je ne sais pas encore laquelle pousser pour me lancer dans un projet de 200 pages sur trois ans.
Vous n’avez pas trop de pression pour trouver quelque chose rapidement ?
Non, non. On m’a envoyé quelques mails : « si tu as quelque chose, n’hésite pas » (rires).
Gentiment. Mais ça veut dire que l’éditeur est en demande. On se sent soutenue.
C’est ça qui est assez cool chez Sarbacane. J’aimerais bien aussi faire un roman illustré, entre deux BD, ou un album jeunesse. Faire un autre projet de livre qui soit différent, changer un peu de format.
Parlons un peu de la couverture. Ce n’est pas toujours le plus facile à trouver la couverture.
Non.
Ça a été fait à la fin ? Ou vous l’aviez déjà ?
Non, c’est toujours ça. On fait la BD et puis un jour on a l’éditeur qui nous dit « il nous faut la couv pour dans deux semaines » pour des réunions. Donc deux semaines intenses de croquis.
Et qu’est-ce qu’on choisit de représenter. Parce que là, on a Lionel, presque au centre. Et le groupe est là, tout à gauche, et au dos, sur l’affiche.
Comme j’ai beaucoup de personnages dans cette histoire, je ne savais pas si je devais représenter tous les personnages et faire une couv un peu patchwork avec tout.
C’est bien de ne pas avoir fait ça (rires).
Je trouvais que ça n’allait pas avec l’ambiance du livre. Sinon représenter uniquement le groupe mais je ne voulais pas trop axer ça comme ça, sachant qu’il y a déjà « rock’n’roll » dans le titre. Mais en même temps, mettre seulement Lionel en gros, ça aurait fait bizarre et j’avais aussi envie de mettre en valeur mes personnages féminins donc je ne voulais pas une BD avec juste un gars en couverture (rires). Au final, je me suis dit pourquoi ne pas représenter juste l’ambiance, de la ville, de la lumière… Et au dos, on a la même vue, mais de jour.
Quand j’ai reçu le planning des titres à paraître, c’est la couverture qui m’a fait demander l’album. Parce que je n’ai pas une culture rock immense, j’ai trouvé la couverture super belle et après j’ai regardé l’histoire qui avait l’air intéressante. Hier, on a interviewé Manon Debaye et elle, ça a été l’inverse. Elle avait fait un dessin il y a longtemps, elle a fait sa BD, elle a fait des recherches de couverture et finalement elle est revenue à ce dessin qu’elle avait fait avant. C’est marrant.
Oui, c’est vrai !
Vous êtes partie directement sur cette couverture-là ou il y a eu d’autres projets ?
Pas tant que ça. C’était souvent un peu cette même ambiance, un peu nocturne. Il y avait aussi une idée avec l’océan, qui est quand même une espèce de personnage dans la BD. Mais j’aime beaucoup dessiner les typos.
Le côté néon est super réussi.
J’avais peur de mettre le gros poteau, au milieu.
Ça fait réaliste. C’est vrai qu’on aurait pu avoir juste le titre en néon mais finalement c’est vraiment sur un panneau. Il y a beaucoup d’éditeurs chez qui il n’y aurait que le néon. Vous vous démarquez (rires) ! Et ça fait une espèce de coupure entre les deux mondes donc c’est très réussi ! On vous souhaite de la réussite dans la suite de vos projets alors et merci beaucoup.
Merci à vous.
Propos recueillis par Chloé Lucidarme et Nicolas Raduget
Interview réalisée le dimanche 26 octobre 2025
Toutes les images sont la propriété de leurs auteurs et ne peuvent être utilisées sans leur accord.









Réagissez !
Pas de réponses à “Dans la bulle de… Louise Laborie”