Dans la bulle de… Boulet et Aseyn

Par | le 21 novembre 2018 |

Véritable pépite narrative et graphique, Bolchoi Arena est arrivé sans prévenir. Surprenant dès sa prise en main, cet album atypique est le fruit de la collaboration entre Boulet et Aseyn, deux auteurs complémentaires et inspirés. Au détour de leur actualité et de la présentation de la série à l’occasion du festival Quai des Bulles, nous avons discuté avec eux de la conception de cet univers attachant.

© 2018 Editions Delcourt

Bonjour messieurs ! Bolchoi Arena est un livre qui fait beaucoup parler, à juste titre. Que pouvez-vous nous en dire ?

Boulet : C’est un livre exceptionnel sur tous les aspects, on peut commencer l’interview par ça. (rires)

C’est un album que vous avez peaufiné dès le début, de son format jusqu’à la jaquette transparente ?

Aseyn : La jaquette transparente est un petit peu un caprice qu’on avait, Gilles (Boulet) et moi, on voulait vraiment faire un objet particulier. L’idée de la couverture transparente est arrivée, et on a essayé plusieurs choses au niveau des maquettes, ce qu’il y avait sur la couverture ou sur la jaquette. Moi je suis arrivé à l’envie d’avoir tout le texte et l’information sur la jaquette transparente avec le logo énorme. On a essayé plusieurs formats et finalement c’est ça qui s’est imposé. J’ai fait la maquette et je suis très heureux d’avoir obtenu ce que je voulais. Ce que j’ai fait chez moi comme simulation de maquette, je le retrouve en vrai.

B : Ça résume assez bien notre façon de travailler. J’avais vu ce type de jaquette transparente sur un manga que j’avais chez moi et j’avais suggéré cette idée parmi d’autres à Delcourt, j’avais fait des maquettes. Léo (Aseyn) a pris ça et il a fait son truc à lui, avec sa maquette, avec le logo. Ce n’est pas à ça que je pensais mais à la fin, oui, c’était mieux.

Est-ce que Delcourt a facilement accepté ce modèle atypique ?

B : Oui, ça coûte un peu plus cher mais ça faisait un très bel album visuellement, ça lui donnait une identité très forte. On était très content du résultat. Puis j’aimais bien qu’on le reconnaisse au premier coup d’œil, qu’il ait ce côté un peu inattendu. Et j’aimais beaucoup le dessin de la couverture, donc j’étais très content de la jaquette qui permettait de le voir sans aucune interférence.

A : Tout ça ne s’est pas fait par hasard, mais l’illustration de couverture était censée être la quatrième de couverture. J’avais réalisé une illustration complètement différente pour la première, qui était plus traditionnelle au niveau des outils. Mais je sentais que ça allait parce qu’il en fallait une, ce n’était pas le gros coup de cœur. Par contre, quand j’ai envoyé la quatrième de couverture, Gilles et Marion Amirganian, notre éditrice, ont été très enthousiastes, plus que pour la première. Moi-même je préférais la quatrième de couverture.

B : On l’avait énormément emmerdé sur la couverture. Pour tout dire, on a fait un million de retouches et j’avais peur qu’il soit en train de péter un plomb. Quand il nous a envoyé la quatrième, je suis tombé amoureux de l’illustration. Après j’ai eu Marion au téléphone et je lui ai dit que j’avais un problème, que je pensais que ça serait une bonne couverture en fait. Et pour elle, pareil, elle adorait cette illustration. Mais on avait tellement emmerdé Léo avec la couverture qu’on croyait qu’il allait nous tuer si on lui disait ça. Marion lui a envoyé un mail diplomatique, très très prudent, pour demander si, dans un univers hypothétique, il pourrait accepter cette idée. Et puis Léo nous a répondu sur le même ton que ça lui faisait plaisir et qu’il n’osait pas nous le proposer. Donc le consensus a été atteint complètement accidentellement mais il a été atteint.

© 2018 Editions Delcourt

Cette couverture donne déjà une bonne idée de l’univers qu’on va découvrir.

A : D’une certaine manière, on entre dans un autre monde, il y a deux couches et deux mondes. C’est un peu l’idée de la jaquette.

B : Moi ce que j’aimais bien, c’était justement son aspect non spectaculaire. Sur la première couverture, les personnages avaient des poses un peu aventure, sur une planète lointaine, etc. Et là, avoir le groupe d’amis dans un garage, avec une ambiance chaleureuse et calme, je trouve que ça exprime bien ce que raconte le livre, puisque ça parle beaucoup de ce petit groupe et de leurs relations. Il y a beaucoup d’aventures et beaucoup d’action mais ce n’est pas le thème du livre. Le thème du livre, c’est un nouvel univers et des gens qui sont là-bas comme des explorateurs de ce nouvel univers. Et cette couverture me rappelait un peu ces photos des explorateurs avec des belles moustaches, bien habillés, qui sont pris en photo avant d’escalader les glaces du Pôle Sud. Pour moi c’est un peu cet esprit-là.

© 2018 Editions Delcourt

Est-ce un projet que vous aviez mûri de longue date ?

B : De très longue date ! C’est un projet que j’ai créé de mon côté. J’ai commencé à écrire Bolchoi Arena il y a plus de cinq ans et, au bout d’un moment, je me suis dit que je ne pouvais pas le dessiner moi-même parce que ça allait être trop de travail, ça allait me contraindre à ne faire plus que ça. J’avais aussi peur que ça ne colle pas à l’identité de mon dessin, parce que j’ai un dessin qui ramène toujours vers la comédie, qui est un peu cartoon, et je voulais que le dessin dise que c’est moi qui écrit mais que ce n’est pas le ton habituel. Je cherchais quelqu’un qui soit capable de s’approprier cette histoire et j’ai pensé à Léo.

A : Et j’ai accueilli avec plaisir ce projet.

Et pourtant ce n’est pas un style graphique que vous aviez utilisé.

A : Non mais je varie mon dessin, je change sans le contrôler vraiment. Quand Gilles m’a proposé Bolchoi Arena, j’étais encore en train de dessiner Nungesser et je n’étais pas encore tout à fait près d’avoir fini. Je n’en pouvais déjà plus de la Première Guerre Mondiale, de la BD historique, du noir et blanc un peu frustrant, des gueules cassées, tout ça…

B : … et de Fred Bernard qui est insupportable.

A : Ah non, je l’adore. (rires)

B : Oui, moi aussi, je plaisantais. (rires)

A : En fait, quand j’ai vu cet univers de SF ouvert, je savais que j’aurais la possibilité de me réapproprier le design des vaisseaux et de créer un univers en plusieurs couleurs. J’ai pris ça comme une récréation, une liberté totale dans un futur très documenté. J’étais super enthousiaste. Avec Gilles, on est ami depuis longtemps et c’était enfin l’occasion de travailler ensemble.

As-tu eu besoin de temps pour trouver le bon style ?

A : Oui. Comme dans tout livre, j’ai dû refaire trois-quatre fois les dix premières pages, je pense, pour ajuster le trait avec tout le reste de la BD parce que j’essaye malgré tout de garder le plus de cohérence possible. Là je fais le tome 2, je découvre de nouvelles possibilités, de nouvelles utilisations que j’essaie de refréner pour que ça soit un peu cohérent. C’est un nouvel exercice pour moi de maintenir un style, même si forcément la création s’échappe. Après, j’ai des influences plus ou moins conscientes à gérer, je les laisse venir en essayant que ce ne soit pas trop marqué. Quand ça fait trop Akira par exemple, dans les expressions des visages, la position des bouches ou des yeux, j’essaye de changer pour que ce soit mon propre style. Je sais que je suis influencé, je ne vais pas le renier mais je tâche d’ajouter un petit côté européen.

On peut parler de science-fiction pour la série, mais il y a davantage de science que de fiction.

B : Je vais essayer de ne pas jouer le prof mais, même dans les trucs qui paraissent scientifiques, il y a beaucoup de fiction. J’aime bien quand même essayer d’avoir une base solide parce que j’ai grandi dans une passion de l’astronomie et ça m’a sorti de beaucoup de récits de science-fiction. Quand j’étais petit, un des trucs qui m’a le plus fasciné était d’apprendre qu’il n’y avait pas de bruit dans l’espace, et c’est le summum de la SF de mettre du bruit partout. Le simple fait d’avoir des vaisseaux qui faisaient des bruits de vaisseaux dans l’espace, ben non, ça me sortait de l’histoire. Je me demandais pourquoi ils avaient besoin de mettre leurs réacteurs en permanence, normalement c’est seulement quand ils accélèrent, et pourquoi il y a du bruit alors qu’il n’y a pas d’air. Ce n’était pas le vrai espace et je ne pouvais pas être dedans. Ce n’est pas tellement que je veux parler de science, c’est que je veux que le monde soit le plus immersif possible. Cette idée d’absence de bruit était fascinante, comme celle du zéro G dans l’espace, je voulais que les personnages dans le vaisseau aient les cheveux qui flottent, je voulais qu’il n’y ait plus d’onomatopées dans les vues extérieures et qu’elles puissent revenir quand ils rentrent dans l’atmosphère, ce genre de choses. Parce que pour moi ça rend le truc plus réel. Mais le but n’était pas de parler de science, c’était de connaître la science si tu veux faire de la science-fiction.

© 2018 Editions Delcourt

Vous essayez aussi de créer une fiction avec intelligence…

B : Je n’emploierais pas le terme d’intelligence parce que je pense qu’on peut écrire des récits de SF très intelligents sans être précis scientifiquement. C’est plus un souci du détail. C’est comme le graphisme, on peut faire de la science-fiction avec un design minimal. Mais j’aime bien le design de Léo parce que justement c’est un design extrêmement précis et qui pour moi est plus immersif. Quand on imagine le futur des vaisseaux, j’aime bien voir tous les boulons, j’aime bien sentir le poids et le volume des appareils qu’on dessine. Je ne dirais pas que le dessin de Léo est plus intelligent qu’un autre, mais il a une espèce de réalisme scientifique. C’est un choix esthétique au même titre que les choix graphiques.

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Est-ce que Bolchoi Arena n’est pas un petit peu la synthèse de tout ce que vous avez fait ou aimé jusque-là ?

B : Il y a un peu toutes mes obsessions sur les mondes virtuels, sur l’univers fantasmé, sur l’astronomie. Et le côté bande de copains que j’aime beaucoup aussi. J’ai grandi avec pas mal de shōnen, j’ai aussi des influences manga dans l’écriture. Effectivement le principe même du shōnen, c’est un héros avec sa bande d’amis et des personnages secondaires qui deviennent tantôt des rivaux tantôt des alliés, etc. Du coup, on retrouve cette ambiance d’amitié inébranlable entre des personnages que j’aime bien.

A : Moi je ne suis pas du tout féru de sciences. J’aime bien la science-fiction mais sans plus. En fait ce qui m’intéresse est le dessin, ce que je peux dessiner, ce que j’ai à représenter et comment, jouer avec la narration, la mise en scène et le design. J’ai fait Nungesser mais je ne suis pas fan de la Première Guerre Mondiale, je ne suis pas historien. J’aime bien la science-fiction, les films de science-fiction, certains auteurs de science-fiction mais j’aime surtout travailler sur des choses qui m’intéressent. Par exemple, je suis fan de cartes et de cartographie, mais je n’ai pas envie de faire une bande dessinée sur la cartographie. Le sujet me suffit largement et c’est une occupation en soi. Par contre, tout m’intéresse, j’ai une espèce de catalogue mental. Quand je dessine un truc dans une BD et que je ne l’avais jamais fait de ma vie, je coche. J’essaie toujours d’apporter le plus grand soin à mon dessin et à ce que je veux faire ressentir aux lecteurs. Là je suis en mode science-fiction, à 100% dans la science-fiction, et comme le disait Gilles je veux faire ressentir le poids des vaisseaux, le fait qu’on puisse sentir la fumée sur le visage et la chaleur des réacteurs, que ça sente l’huile et l’essence.

B : C’est ça que j’aime bien dans la SF, ce côté tout n’est pas en plastique, avec des vaisseaux un peu crados. Je trouvais ça fascinant dans l’univers Star Wars, ces vaisseaux qui tombent en panne, avec des tuyaux qui pendent, et il faut donner trois coups de tournevis pour que ça reparte. Question astronomie, j’essaie de ne pas être trop chiant non plus. Je ne vais pas pointer les erreurs de Léo, j’essaye vraiment de ne relever que les trop grosses incohérences. J’ai par exemple envoyé des fiches explicatives sur Titan.

A : Il y a une grosse base d’informations et finalement ce ne sont que quelques cases dans la BD.

B : C’est ça. Mais je préfère donner trop d’informations et le laisser filtrer, plutôt que de manquer des informations. Mais moi-même je suis obligé de tricher. J’ai écrit une scène qui se passe autour d’une étoile double, deux étoiles qui tournent autour de l’autre. Je me disais que graphiquement ça allait être superbe. Je voulais demander à Léo de faire le vaisseau qui arrive près des deux étoiles qui tournent l’une autour de l’autre. Sauf que dans la réalité les deux étoiles en question sont éloignées de la distance Soleil-Jupiter ! Si on est à côté de l’une, l’autre est un point. Et inversement. Et si on est loin des deux, on a deux points. Il n’y a jamais le moment où on voit les deux sphères, parce que si elles étaient proches, elles s’écrouleraient l’une sur l’autre. Ça ne marche pas mais visuellement c’est quand même plus cool. Donc on va dire qu’on fait un effet de focale, on était très loin, on a fait un zoom très puissant et donc on voit le vaisseau en gros et les deux étoiles un peu en gros… c’est de la triche mais c’est encore acceptable. (rires)

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Beaucoup de références ont été faites au film Ready Player One mais on en est loin. Est-ce un peu gênant ?

B : Tout le monde a comparé avec Ready Player One mais c’est vraiment un malheureux hasard de calendrier. Je n’ai pas lu le roman et j’ai vu le film pour la première fois il y a quelques semaines, le livre était déjà terminé depuis longtemps. J’avais déjà eu un truc un peu comme ça au moment où je commençais à écrire Bolchoi Arena. J’avais vu Summer Wars de Mamoru Hosoda, qui parlait aussi d’univers virtuel, et je m’étais dit après ça que c’était le genre d’univers vers lequel j’aimerais bien aller. A la limite, j’assume plus la ressemblance avec ça. Pour moi, Ready Player One est vraiment l’opposé de tout ce que je voulais faire en terme d’univers. Le Bolchoi est vraiment un univers virtuel dans le sens où c’est un monde où les gens font des choses, ce n’est pas un jeu. Pour le coup, ce n’a pas forcément une référence qu’on partage parce que Léo ne joue pas tellement aux jeux vidéo, mais moi je continue à jouer de temps en temps. Je ne suis pas tellement sur les frags ou les MMOPRG, j’aime bien les jeux un peu tranquilles et le truc qui m’a le plus fasciné ces dernières années c’est les univers procéduraux, c’est à dire ces jeux où l’ordinateur génère lui-même le terrain et où les programmeurs eux-mêmes ne savent pas ce qui est à tel ou tel endroit de la carte. Des jeux comme Minecraft. Et le Bolchoi c’est ça poussé à son paroxysme, une réplique exacte de notre univers à l’atome près, et les gens ne savent pas ce qu’ils vont trouver. Il y a une vraie notion de terre inconnue et d’exploration. C’était le plus gros rêve de l’exploration spatiale, on avait exploré quasiment toute la Terre, mais les grands explorateurs qui partaient en bateau en espérant trouver une terre mais sans être sûrs, ça n’existait plus et on a eu cet espoir pour l’exploration spatiale. En tout cas, dans les années 80 en tant que gamin, j’imaginais que quand je serai adulte j’allais monter dans un vaisseau et essayer de trouver une planète même si j’allais y risquer ma vie. Je me voyais bien sur un spatioport et rencontrer des gens qui allaient voyager pendant quatre ans sans savoir si ils allaient mourir ou trouver une planète, et moi j’aurais été petit mousse sur le vaisseau. J’aurais vraiment voulu ce futur-là ! (rires) Dans le Bolchoi, il y a cette dimension, on peut prendre un vaisseau et partir à l’exploration. Et en plus c’est sans risque.

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A l’inverse des références, y a-t-il des choses que vous avez éviter de faire ou de copier ?

B : Oui. Concernant les univers, je pense que Léo aura beaucoup à dire sur la partie graphique et sur ce à quoi il ne voulait pas que ça ressemble graphiquement. Moi personnellement je voulais éviter tout l’aspect Matrix. C’était mon énorme opposé, je ne voulais absolument pas de l’aspect christique du personnage principal. Je voulais que Marje ait des talents mais que ce ne soit absolument en aucune façon un sauveur, une élue ou quoi que ce soit. Je déteste ce genre de cliché de scénario. Et l’autre truc que je voulais absolument éviter était le côté Existenz de David Cronenberg, quand on se demande si on est dans la réalité ou dans la fiction. Je voulais vraiment que les personnages soient suffisamment éveillés à tout moment dans le jeu vidéo pour savoir qu’ils sont dans un jeu. Pour moi, il n’y a aucune ambiguïté. Quelqu’un qui est dans le Bolchoi sait qu’il est dans le Bolchoi, quelqu’un qui est dans la réalité sait qu’il est dans la réalité.

A : Visuellement, je voulais éviter toutes sortes d’artifices, type comme on est dans le virtuel, la qualité d’image doit être un peu moins bien, avec des filtres en permanence. Comme un des principes du Bolchoi est qu’on l’a rendu identique à la réalité, je voulais justement que, visuellement et au niveau de la qualité d’image et du trait, ce soit exactement la même chose. Les couleurs du Bolchoi sont les mêmes que celles de la réalité. D’un point de vue couleurs, moi aussi je voulais éviter Matrix, c’est à dire toutes les teintes cyber, vert fluo et noir, ou le bleu laser froid du jeu vidéo Halo ou de Tron par exemple. J’ai mis toutes les couleurs pastel que j’aime d’habitude… un petit peu trop parfois, ça a été un point d’achoppement avec Gilles. (rires) On s’est retrouvés sur le terrain des dégradés que j’aime aussi, du rose, la couleur pêche, ce qu’on peut voir sur la couverture finalement. C’est un terrain d’entente mais je ne me suis pas interdit toutes les couleurs que j’aime même si c’est de la science-fiction. Ma référence en matière de science-fiction minimaliste c’est Moebius. Il pouvait dessiner un personnage normal qui marche dans le désert, coloriser sa peau en bleu et ça devenait de la science-fiction. Pas besoin de mille artifices et d’effets spéciaux redondants pour faire comprendre que c’est de la science-fiction. C’est un peu mon credo, il ne faut pas trop en dire, trop en faire pour le lecteur, il sait que c’est de la science-fiction parce qu’il sait lire et comprendre l’histoire, pas besoin de sur-signifier la chose.

B : L’univers est pour moi le véritable héros du livre. Je prenais l’exemple d’un jeu vidéo comme Minecraft car c’est ça, c’est juste un principe de base très simple si on veut faire un univers en cube procédural où les gens peuvent extraire des matières premières et faire ce qu’ils veulent avec, ils peuvent partir faire de l’exploration et affronter des monstres mais ils peuvent aussi rester dans un coin faire de l’agriculture et faire des maisons, des constructions démentielles, ils peuvent vraiment terraformer s’ils veulent, etc. On donne un bac à sable aux gens – d’ailleurs on appelle ces jeux des bac à sable – et on compte sur leur imagination pour créer des histoires à l’intérieur. Le Bolchoi c’est la même chose, c’est un univers infini, complètement ouvert, que les personnages traversent et nous font découvrir. Donc j’espère qu’on va continuer sur cette voie et en apprendre plus. Moi le premier. J’essaie aussi de parler des histoires qu’on ne voit pas. Très souvent, dans le Bolchoi, on fait référence à des personnages qu’on n’a pas rencontrés ou à des événements qui ont eu lieu mais qu’on n’a pas vus parce que je veux vraiment faire sentir que c’est un monde fourmillant et bourdonnant autour des personnages. Un des points essentiels dans le scénario de ce livre est que, si les personnages principaux mouraient tous soudainement, ça nous rendrait très tristes mais ça ne changerait rien à l’univers du Bolchoi, il y aurait d’autres personnages qui viendraient et qui prendraient leur place. Bon, on ne va pas les faire mourir, ce n’est pas un spoil ! (rires) Mais fondamentalement, dans le principe, c’est comme si on parlait du monde réel. Encore une fois c’est une réplique de l’univers et c’est comme dans l’univers, personne n’est indispensable. Si quelqu’un disparaît, le monde continue à tourner et là c’est pareil. C’est un énorme univers qui tourne et on va continuer à suivre des personnages dedans, mais pour moi le véritable personnage est le Bolchoi.

En parlant de la suite, retrouvera-t-on le même type de jaquette sur les prochains albums ?

B : J’espère qu’on pourra le refaire au moins pour le premier tirage.

A : Oui, parce que j’ai tout un concept de couleurs complémentaires, je voudrais les faire en cyan/magenta/jaune. Et ensuite, en dernier lieu, une intégrale en noir et blanc, ce qui ferait cyan/magenta/jaune/noir.

B : Même moi je ne savais pas, c’est une exclu.

A : Je l’avais dans la tête mais je l’ai verbalisé pour la première fois. Et ça ne sonne pas ridicule quand je le dis, ça va. (rires)

Hé bien merci beaucoup !

Propos recueillis par Arnaud Gueury.

Interview réalisée le 13 octobre 2018.

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Description de l'auteur

Arnaud Gueury

Rédac' Chef / Trésorier

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