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Ces lignes qui tracent mon corps

Par Stéphane Girardot | le 10 septembre 2025 |
Casterman Chroniques Chroniques Franco-belge Kamari, Mansoureh
  • Titre(s) : Ces lignes qui tracent mon corps
  • Scénariste(s) - Dessinatrice(s) - Coloriste(s) : Mansoureh Kamari
  • Editeur(s) : Casterman
  • Parution : Septembre 2025
  • Prix : 24,00 €
  • EAN : 9782203290006

Paris. Mansoureh Kamari pose en tant que modèle vivant lors de son cours de dessin. Lors d’une des séances, son regard s’évade par la fenêtre et la plonge dans ses souvenirs pour passer le temps. Elle se rappelle son enfance et son adolescence en Iran. Tout commence alors qu’elle reçoit l’écharpe cérémonielle pour son Jashn-E Taklif (cérémonie qui marque le passage de l’enfance à l’âge adulte) des mains de sa mère à l’âge de neuf ans. À cette époque, elle n’a pas encore conscience de sa nouvelle condition. Elle est désormais considérée comme une adulte légale, peut être mariée avec la permission de son père, accusée de crime et mise en prison. Les réminiscences sous forme de flashs continuent et remontent jusqu’aux interdictions multiples (rire, chanter, danser ou aimer), aux violences, aux viols mais aussi jusqu’à la peur que lui inspirait son père. Car dans son pays, selon la loi islamique, le père de famille est propriétaire du sang de ses enfants, il a les pleins pouvoirs sur eux et ne risque aucune condamnation pénale s’il s’en prend à l’un d’entre eux. Aujourd’hui, Mansoureh, qui a fui sa terre natale, vit en France et se sert de son talent graphique ainsi que de son passé traumatique pour continuer d’avancer, se battre et témoigner de cette tragédie collective qui touche toutes celles qui ont subi et subissent encore l’oppression du régime iranien.

Impossible de sortir indemne de la lecture de ce sublime roman graphique. Ces lignes qui tracent mon corps bouleverse littéralement sur le fond en abordant la cause des femmes iraniennes à travers le témoignage percutant, poignant et courageux de son autrice, Mansoureh Kamari. Une oeuvre cathartique où le lecteur souffre aux côtés d’elle(s) et ne peut qu’être révolté par l’existence de tels comportements intolérables. Les textes ne sont pas nombreux mais sont suffisamment bien choisis pour avoir l’impact nécessaire avec en soutien une interprétation graphique qui prend merveilleusement le relais. Cette première bande dessinée de l’artiste iranienne marque également les esprits par sa forme. D’abord avec de nombreuses cases horizontales et cadrages resserrés sur les visages et les regards qui dialoguent avec nous, où l’on retrouve toute son expérience acquise dans le domaine du cinéma d’animation. Ensuite avec un trait doux exacerbé par une mise en couleurs majoritairement grise accompagnée de teintes très peu marquées qui peinent à s’imposer – mais existent telle une lueur d’espoir – à l’instar des Iraniennes qui ont à peine le droit de vivre dans leur propre pays. Et puis il y a cette couverture si parlante avec une calligraphie incorporée et lourde de sens : « Dokhtar kharâb » (« trainée«  en français, une insulte en persan utilisée pour étiqueter les filles ou les femmes dont le comportement est perçu comme sortant des normes morales de la société iranienne).

Un véritable chef d’oeuvre graphique qui aborde un sujet malheureusement d’actualité. Un roman graphique bouleversant à lire et à partager au plus grand nombre !

Stéphane Girardot





Tags CastermanCes Lignes qui tracent mon corpsMansoureh Kamari

Description de l'auteur

Stéphane Girardot

Département : Bouches-du-Rhône / Séries préférées : Capricorne, Alter Ego, La Quête de l’Oiseau du Temps, L’Épée de cristal, Aquablue, Le Chant des Stryges, City Hall, Lastman, Sisco, END, Sky Doll, Rapaces, De capes et de crocs, La Nef des fous… / Auteurs préférés : Andreas, Régis Loisel, Barbara Canepa, Serge Le Tendre, Olivier Vatine, Mathieu Reynès, Matéo Guerrero, Turf… / J’aime aussi : ma famille, le cinéma, la cuisine vietnamienne, le tatouage et la boisson typique du Sud (devinez laquelle !).

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