Dans la bulle de… Joël Jurion

Il nous avait fait le plaisir de réaliser un timbre pour notre collection 2014 à l’effigie du héros de sa série. Du moins, sous sa forme anthropomorphique ! C’est donc tout naturellement que nous avons souhaité rencontrer Joël Jurion lors de notre passage au Festival International de Bande Dessinée d’Angoulême. Avec lui, nous avons évoqué la série Klaw ainsi que ses autres projets dans un tout autre genre. RRRooooaaaaarrrrrr !!!!

2016 © La Ribambulle

Comment est née ta collaboration avec Antoine Ozanam, le scénariste de Klaw ?

Ça s’est fait, je ne me rappelle plus de l’époque, mais c’était il y a longtemps. Il y a fort, fort longtemps… (Rires) Au début, je travaillais dans mon coin sur un projet perso qui n’arrivait pas à aboutir avec des sortes de personnages qui se transformaient en animaux. Je n’y arrivais pas. Et à un moment – je connaissais Antoine de rencontres amicales et de soirées d’auteurs, je l’avais dans mes relations – je l’ai contacté pour me proposer un projet à peu près dans cette veine-là. Et il y en avait un qui était à peu près dans cette mouture et qu’il a retravaillé pour moi avec ces personnages qui se transforment en différents animaux. Cela correspondait vraiment très, très bien à ce que j’avais développé graphiquement sur mon projet perso. Ce qui me permettait en même temps de ne pas devoir repartir à zéro sur un nouveau projet mais d’être dans la continuité graphique et de pouvoir le présenter rapidement. C’est comme cela qu’avec Le Lombard ça s’est fait.

Où en es-tu avec le sixième tome de Klaw ?

J’en suis environ à vingt pages. Cela va clore le deuxième cycle. Après, croisons les doigts, il y aura un septième tome qui annoncera un nouveau cycle.

Pour l’instant, il y un bon retour par rapport à la série.

Oui, il y a un bon retour. Le Lombard y croit. Il n’y a que du bonus. Le premier tome se vend bien et la série suit bien. L’éditeur veut vraiment mettre la série en avant dans les prochains mois. Il n’y a que du bon sur cette série.

Klaw#5 Page 3 cases © Le Lombard

Tes personnages anthropomorphiques sont absolument incroyables. Tu te documentes ou tu aimes dessiner les animaux et les mixer avec l’humain ? Quel est ton secret ?

Merci. C’est assez compliqué parce que c’est difficile de vraiment le savoir. C’est un peu d’instinct. A une période, j’ai bossé pour le cinéma. Au niveau chronologique cela ne correspond pas, mais j’ai travaillé sur le film Pourquoi j’ai pas mangé mon père. Pendant pas mal de mois, j’ai enquillé des dessins animaliers pour pouvoir travailler les personnages de ce film. Mais même avant ce film-là, on m’avait classé comme spécialiste animalier. Pourquoi, je ne sais pas. A la base, je pense que c’est parce que je mets beaucoup d’humain dans les animaux, les expressions. En plus, je suis un fan de séries telles que Blacksad ou même plus vieux, la série télévisée Sherlock Holmes, celle sur laquelle Hayao Miyazaki travaillait. On est une génération qui sait bien «choper» le côté humain des animaux, le côté anthropomorphique. Je pense que c’est essentiellement dû à ça.

De même que ton sens du cadrage est assez percutant. Une inspiration très cinématographique ou qui vient plutôt de l’animation pour donner du dynamisme à tes planches ?

Pas tout à fait. Je ne pense pas. Après, je suis très cinéma dans mon débit de page aussi, je pense. Mais dans ma façon de dessiner, j’ai toujours une tendance quand je commence un plan et que je commence le dessin. Je veux presque le terminer sur le deuxième plan. C’est limite dans mon trait. Je me mets à vouloir faire bouger mes personnages dans l’image. C’est peut-être grâce à ça que cela se ressent. Souvent, j’ai tendance à tordre un maximum possible les perspectives, les poses pour donner une expressivité à mes cadrages.

Klaw#5 Page 4 © Le Lombard

Pourquoi as-tu choisi de ne plus faire la mise en couleurs sur cette série ? Saluons au passage Yoann Guillé qui fait du bon boulot d’ailleurs !

Il y a deux raisons. La première est que j’ai passé beaucoup de temps à faire la couleur sur les deux premiers tomes.

Trop perfectionniste ?

Trop précipité. Il y a beaucoup de choses. Perfectionniste aussi, surement ! La couleur sur ordi demande aussi beaucoup de professionnalisme dans le sens où il faut être carré. Ce que je ne suis pas forcément, je suis plutôt quelqu’un d’instinctif. Donc, je me retrouvais beaucoup à devoir faire des retouches pour que mes planches soient juste publiables en fait. Et l’autre raison, comme j’y passais beaucoup de temps cela devient purement financier. Quand je comptais le temps que je passais à faire les couleurs par rapport au temps que je passais à faire du dessin, il était évident que je voulais uniquement me concentrer sur le dessin et passer la main à un coloriste.

En parallèle de Klaw, tu travailles sur des projets érotiques comme le collectif Vanadis – Brute ou encore Cent Pudeurs. Peux-tu nous en dire quelques mots ?

C’est en cours. A la base, ce devait être un recueil de plein de petites histoires que je m’étais écrites à droite et à gauche sans les publier, comme je dessine beaucoup, soit pour poster sur le net – pas ces pages-là – je pensais à Facebook ou un site où je postais souvent comme DeviantArt. Et quelque fois, je dessinais un peu des œuvres érotico… plutôt « pornographico – bizarroïdo – impubliablo » (Rires). C’est surtout ça en fait. C’est surtout que c’était impubliable dans le sens où c’était trop barré, je pense. Mais cela me permettais aussi de faire des expériences graphiques pures de couleurs, de dessin. Donc, beaucoup de choses qui faisaient que ces petites planches existaient sans vouloir être des planches professionnelles. Et au fil des années, ça s’est accumulé. Pas forcément pour faire un album mais peut-être. Comme j’avais fait deux petites histoires courtes pour le collectif Vanadis, qui est passé par un crowfunding et que cela avait rapporté pas mal d’argent, je me suis dit pourquoi ne pas essayer. A la base, on m’avait proposé entre autres de publier par rapport à ce crowfunding – le collectif Vanadis – un Artbook de mon travail. Mais là, c’était plus des illustrations classiques que j’avais faites. Cela s’est fait petit à petit et comme les choses commençaient à s’accumuler, parce qu’au début du Artbook j’avais mis ces planches pornographiques, je me suis dit pourquoi ne pas me lancer dans le crowfunding pour ça. D’où Cent Pudeurs aux éditions GDBM.

Illustration pour Ulule pour le projet Cent pudeurs @ Joël Jurion / GDBM

Comme pour un certain nombre d’auteurs, cela s’est fait par le truchement du financement participatif.

En fait, je suis passé par quelqu’un pour ne pas gérer certaines choses. Je sais qu’il y a un truc bizarre dans le statut des crowfunding, c’est qu’on est une société. On ne sait pas vraiment comment déclarer ça. Je ne voulais pas avoir de problème là-dessus et je me suis déclaré en tant qu’auteur en fait. C’est l’éditeur qui est passé par le crowfunding.

Artbook Joël Jurion @ Joël Jurion / GDBM

Est-ce que tu as d’autres projets qui pourraient émerger en plus de ceux-là ? Ce qui est déjà bien !

C’est déjà bien, oui ! Après, rien n’est sûr et peut-être qu’il ne faut pas trop en parler ! Non pas qu’il y ait un doute par rapport à moi en ce qui concerne ce projet que j’ai avec Stephen Desberg, mais plutôt parce qu’ils sont en train de réfléchir avec Enrico Marini. Non, il n’y a pas d’indice ! Donc pour l’instant, ils sont plus dans le développement personnel entre eux par rapport à ce qu’ils veulent faire. Et peut-être qu’ils vont me proposer quelque chose. Je tiens à préciser que Marini continue la série Scorpion.

Merci Joël pour ces indices et surtout d’avoir répondu à nos questions.

Eh bien, merci à toi !

Propos recueillis par Stéphane Girardot.

Interview réalisée le 29 janvier 2016.

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Description de l'auteur

Stéphane Girardot

Rédacteur / Secrétaire / Community Manager

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