SUKIMA © Gao Yan 2025 / KADOKAWA CORPORATION / © Casterman 2026
2018. Alors que sa grand-mère vient de mourir des suites d’une longue maladie, Yang Yang – 22 ans – quitte Taïwan pour se rendre au Japon dans le cadre d’un échange universitaire. Un changement d’air nécessaire pour supporter la perte de celle dont elle s’est occupée jusqu’à la fin mais aussi pour oublier une relation amoureuse toxique, car à sens unique, avec J. Victime de harcèlement lorsqu’elle était jeune, Yang Yang n’oublie rien et reste résiliente. Dans cette “nouvelle ère”, elle construit sa vie d’adulte au contact des habitants truculents du Guesthouse où elle réside (Yurika Chinen, Hachi, Taka et Fumi) et des étudiants de l’Université des Arts d’Okinawa (Kyôko, Nanami Yagi). Entre aspirations sentimentales et engagement politique, la jeune femme grandit et façonne son libre arbitre. Ainsi, elle constate des similitudes entre ces deux îles – écrasées par leur puissant voisin – que sont Taïwan qui s’oppose toujours à la Chine continentale et Okinawa qui a été intégrée au Japon.
Après The Song about Green, Gao Yan est de retour sous le label Sakka des éditions Casterman avec sa nouvelle série Sukima. A travers celle-ci, l’autrice taïwanaise propose un récit où l’on voit son héroïne Yang Yang construire son intimité et son esprit citoyen sur un chemin initiatique à cheval entre Taïwan et le Japon, pays qui passionne Gao Yan. Une création très engagée – politiquement et socialement – qui apporte aux lecteur.ice.s des informations précises sur les méthodes d’enseignement d’un pays (Taïwan) et sur des événements dont nous avons entendu parler de très loin et qui restent très flous comme l’incident 228 qui a coûté la vie à de nombreuses personnes (18000 à 28000). Le point de vue géopolitique est passionnant. Gao Yan aborde également un mal sociétal universel qui touche tous les pays : le harcèlement scolaire. L’ensemble est abordé avec beaucoup de pédagogie, de douceur et de calme afin que les messages passent avec efficacité. Pari réussi car dès ce premier tome, la lecture est enthousiasmante ! Graphiquement, c’est une confirmation de l’immense talent de l’illustratrice qui réalise une mise en images très réaliste – voire photoréaliste – et fort apaisante à l’instar de The Song about Green. Gao Yan fait de véritables merveilles avec ses “chara designs” et ses décors. Et que dire des huit premières pages qui sont colorisées avec une délicatesse incroyable. Saluons également la qualité de la postface qui vient apporter des éléments complémentaires afin de mieux appréhender l’histoire mouvementée de Taïwan.
Un petit bijou que l’équipe éditoriale à pris soin de placer dans un très bel écrin !
Stéphane Girardot














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