Partant du constat que les enfants ont des pratiques de lecture variées et une curiosité sans limite, les éditions Seuil Jeunesse ont décidé de leur proposer des bandes dessinées en plus des livres inspirants, originaux, drôles et décalés habituels par le biais du nouveau label Seuil Jeunesse BD. La première pierre de cet édifice a été posée avec le retour des personnages loufoques d’Émile Bravo, les 7 ours nains, en août 2024. Pour fournir aux pré-adolescents de 8 à 12 ans des réflexions de qualité, Le Seuil peut compter sur son fonds inestimable et au-delà. Ainsi, le contenu du label sera constitué de BD adaptées d’œuvres du catalogue de l’éditeur mais aussi d’autres médias afin de varier les plaisirs. Pour cette année 2025, ce ne sont pas moins de sept titres qui sont prévus en librairie : Jeux de classes, Le Racisme expliqué à ma fille, Boucle d’or et les 7 ours nains, La Faim des 7 ours nains (sortis le 7 mars dernier), Les Aventures pas sages de la Baba Yaga (août 2025), 738 jours et Skeletos – L’Affaire du sceptre volé (septembre 2025). Des « non-fictions drôlement sérieuses » pour accompagner les plus jeunes dans leur découverte du monde et des « fictions sérieusement drôles » pour satisfaire le besoin en histoires afin de développer leur imaginaire ! Nous vous proposons de découvrir deux d’entre eux dans cet article : Jeux de classes et Le Racisme expliqué à ma fille.
© 2025 Seuil Jeunesse
Alba, Olympe, Sael, Enzo et Rémi entrent en 5e et, au fil de l’année scolaire, nous vivons leurs apprentissages à travers des tranches de vie typiques d’adolescents. Tous issus de milieux sociaux différents, mis à part Alba et Olympe qui sont jumelles, ils ne vivent pas les choses de la même manière au quotidien. Cette année est un peu spéciale pour eux car toutes les classes de 5e de la ville participent à un projet pédagogique initié par la mairesse. Chacune d’entre elles mènera une action écologique encadrée par leur professeur principal et le meilleur projet citoyen sera récompensé par un prix. Il y aura aussi un voyage surprise à la clé. L’expérience permet aux ados de se confronter aux inégalités et les poussent au questionnement sur le monde, la société et leurs fonctionnements. Ils prennent ainsi conscience que certains problèmes peuvent toucher des voisins voire, plus proche encore, des amis. Pour que les choses changent, ils ont très vite compris que la marche vers l’égalité est l’affaire de tous !
Le scénario de cette bande dessinée est librement inspiré du livre Une brève histoire de l’égalité de Thomas Piketty paru au Seuil en 2021. Le travail de composition réalisé par Julie Scheibling est de belle facture et aboutit à un récit tout à fait intelligible pour le public visé. Le titre est particulièrement bien choisi car il est à double sens. En effet, il s’agit de jeux de classes d’école/sociales où sont constatées les inégalités. Les quelques mots qui peuvent poser un problème de compréhension aux jeunes lecteurs sont regroupés dans un glossaire qui en donne des définitions claires. La diversité des personnages proposée par la scénariste est tout à fait judicieuse et les caractérisations qu’elle en a réalisées les rendent très rapidement attachants. La partition est interprétée graphiquement par Quentin Vijoux dont le style sert parfaitement les propos et offre une lisibilité optimale. Les cases détourées et le trait allant à l’essentiel y sont pour beaucoup. Tout autant que la douce monochromie violette choisie comme mise en couleurs.
Jeux de classes
Par Julie Scheibling et Quentin Vijoux
EAN : 9791023520279
Prix : 13,50€
© 2025 Seuil Jeunesse
Mérième accompagne son père, Tahar Ben Jelloun, à une manifestation contre un projet de loi sur l’immigration. Pendant qu’ils se préparent et durant le chemin qui les mène à l’événement, la jeune fille de dix ans lui pose une batterie de questions pour être sûre de savoir de quoi il en retourne. Ainsi, l’écrivain lui répond et lui explique ce qu’est le racisme, qu’il est universel, quelles sont ses origines, son rapport avec les religions, celui avec les génocides, aborde le concept de caste, le danger des clichés, l’esclavage et la colonisation. Finalement, il reste une question qui est toujours prégnante encore de nos jours : le racisme peut-il disparaître ? Cependant, Mérième a bien saisi une chose : on ne naît pas raciste, on le devient parfois sous l’influence de bien des facteurs. Pour que cela n’arrive pas, il faut se battre tous les jours.
Le Racisme expliqué à ma fille est l’adaptation du best-seller éponyme de Tahar Ben Jelloun que s’est chargé de réaliser Marzena Sowa, un défi relevé avec brio par la scénariste qui a pris le parti d’organiser sa bande dessinée en chapitres reprenant les différentes idées développées par l’écrivain, peintre et poète franco-marocain afin de ne pas perdre les jeunes lecteurs. L’ensemble est fluide et suffisamment explicite pour une lecture seule ou accompagnée d’un parent pour les 8/10 ans. En effet, certaines notions ne sont pas si simples que cela à appréhender. Là aussi, un glossaire vient aider à la compréhension. Graphiquement, c’est Hélène Le Cam qui est à la manœuvre. L’autrice, dont il s’agit de la première bande dessinée, réalise une prestation de qualité et affirme déjà son style. À l’aide d’un gaufrier classique, mais original toutefois par l’absence des contours de cases, et d’une colorisation aux tons pastel qui atténue la dureté du thème, l’illustratrice nous emmène avec une certaine poésie aux côtés de Mérième et son papa.
Le Racisme expliqué à ma fille
Par Marzena Sowa et Hélène Le Cam
EAN : 9791023520286
Prix : 13,50€
Deux non-fictions absolument réussies pour ce nouveau label, à la fois d’utilité publique et, pour les jeunes, des armes pour bien se construire afin de lutter contre les dérives de la société.
Stéphane Girardot

















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