© La Ribambulle 2024
Auteur prolifique, que le scénario soit muet ou non, qu’il adapte ou non une œuvre littéraire, Grégory Panaccione procure du bonheur à nos yeux depuis plusieurs années maintenant. En 2024, avec L’Homme en noir et Nos âmes oubliées, il prouve qu’il peut aussi interpeller son public sur des sujets lourds à travers la bande dessinée. C’était l’occasion d’une rencontre lors du dernier festival Quai des Bulles à Saint-Malo.
Bonjour Grégory et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. L’Homme en noir aborde un sujet délicat, celui de l’inceste, des violences sexuelles faites aux enfants. Comment vous êtes-vous retrouvé à travailler sur ce scénario de Giovanni Di Gregorio ?
Giovanni m’a contacté. Je crois que c’est quelqu’un de chez Dargaud qui lui avait conseillé de m’envoyer un scénario qu’il était en train de faire. Donc on s’était écrit par email. Le scénario ne m’avait pas plu mais on était entrés en contact par écrit, au moment du Covid, et on avait pas mal communiqué. On s’était même appelés au téléphone. Lui est italien et habite à Barcelone. On a commencé à discuter et il y a eu un moment où on avait envie de travailler ensemble. On a commencé à écrire sur une idée, je ne sais plus ce que c’était. On a commencé à travailler sur un scénario. Lui a travaillé beaucoup, moi un peu moins. Mais à la fin, son scénario ne me plaisait pas. Donc il était un peu déçu de ça. Et moi aussi, d’ailleurs. Je pensais que ça pouvait passer, ce truc, mais je ne le sentais pas. Quelques jours après cette rupture, il a écrit un nouveau scénario qui était L’Homme en noir. Si je me souviens bien, ce n’étaient pas des violences sexuelles. L’idée, c’était qu’un personnage, un enfant, pense être dans la réalité et fasse des cauchemars, mais s’aperçoive que c’est tout le contraire… Le concept, c’était ça, et on le découvrait à la fin. Après, on a retravaillé et discuté ensemble, et on est arrivés à mettre au jour un traumatisme important. Lui, au début, ne voulait pas que ce soit un traumatisme d’ordre sexuel mais au bout d’un moment, ça a paru évident. À lui aussi. Donc on est partis là-dessus.
Il explique qu’il y a une partie personnelle. Qu’à la fin, ça a remué des souvenirs en lui.
Oui, c’est fou. Mais moi, je le sentais… Je sentais que lui, quand il travaillait sur les scénarios, et même lui d’ailleurs me le disait, il avait une façon de travailler qui était très extérieure tout le temps, et qu’il avait du mal à rentrer dans les personnages… c’est ce qui ne me plaisait pas dans les premiers scénarios qu’il m’avait proposés. Moi, c’est le contraire, je rentre dans le personnage et, après, il y a une histoire qui se crée. Et lui, c’était toujours un petit peu vu de haut, donc on ne sentait pas les émotions des personnages.
Finalement, grâce à votre discussion et vos échanges, tout change…
Voilà, ouais… Dans l’autre histoire qu’il était en train de faire, que j’ai refusée, il y avait déjà une histoire de traumatisme ; ce n’était pas un inceste, mais c’était un traumatisme un peu plus compliqué et, déjà, il avait du mal à arriver à des trucs un peu forts. Parce que pour moi, pour qu’un personnage ait vraiment des problèmes, il faut qu’il y ait quelque chose qui l’ait choqué, donc il a eu du mal à ce qu’on pousse un petit peu le volume du traumatisme pour que ça donne quelque chose d’intéressant et qu’on y croie. Après, l’histoire qui est devenue L’Homme en noir était vachement claire,au départ, et ça a beaucoup aidé, alors que l’autre était plus compliquée, plus tordue.
Donc, sur celle-là, finalement, vous avez… non pas participé au niveau du scénario, mais aidé à la réorientation ?
Oui, un petit peu. Disons que c’était son idée de départ mais, après, on en parlait.
Vous faites ça avec tous vos scénaristes, en général ?
Presque, oui. J’aime bien.
Et souvent, vous adaptez des romans aussi ?
Oui.
Là, vous les adaptez tout seul ?
Je les adapte tout seul, oui.
Vous avez un regard de scénariste aussi ?
Ouais, enfin je ne me sens pas scénariste, mais j’ai envie d’apporter mes idées, qui se basent plus sur l’image. D’ailleurs, c’est ce que je fais souvent, moi, quand on me donne un scénario. Même celui d’Un océan d’amour : quand Wilfrid Lupano m’envoie le scénario, je commence à faire des petits dessins dessus en posant des questions, en proposant des trucs, d’ajouter, d’enlever ou de transformer des séquences. Et je fais des propositions directes de dessin.
Il y a toujours une intervention quand même. Ce n’est pas « je prends le truc clé en main ».
Non. À moins que ce soit… Par exemple, La Petite lumière, pour moi, c’était un livre qui me paraissait parfait. Donc, j’ai très peu changé les choses. D’ailleurs, je sentais que ça ne lui plaisait pas, à l’auteur, quand je modifiais légèrement des petits trucs (rires).
Si l’on en revient à L’Homme en noir, comment on aborde un tel sujet graphiquement ? Parce que j’imagine qu’on se pose peut-être un peu plus de questions que pour d’autres histoires…
Je le disais encore tout à l’heure, j’ai été vachement touché par le livre Jolies ténèbres parce qu’en fait je suis rentré dedans sans savoir ce que c’était. J’ai commencé à lire, j’avais l’impression que c’était un livre pour enfant. Et puis déjà, dès les trois-quatre premières pages, j’ai eu une espèce de choc. J’aime bien ce décalage. Qu’on pense entrer à l’intérieur de quelque chose qui a une forme qu’on imagine, et qu’en fait ça parte sur autre chose… C’est un peu la particularité d’Antonio Moresco [NDLR : l’auteur italien de La Petite lumière – La Lucina]. Ce que disent les personnes qui lisent Antonio Moresco, c’est que lui n’a pas de forme prédéfinie dans ce qu’il fait : il part dans un paradigme et puis on ne s’y attend pas et ça se barre sur quelque chose d’autre. Et ça, j’adore en fait ! J’aime bien ça parce que c’est comme si on changeait de conscience. On passe d’une conscience à une autre. On voit les choses d’une autre façon. Je voulais vraiment que ce livre-là soit comme ça… Mais le problème, c’est qu’il y a les médias en général et il y a la présentation du livre donc on est obligé d’expliquer un petit peu.
Oui, on perd un peu de l’effet de surprise, forcément.
Tous les gens achètent le livre en sachant que ça va parler de ça. C’est con.
Ils ne donnent pas ça à leurs gosses en disant « tiens, lis ».
Oui, voilà. Même la couverture, on l’a faite un peu dans ce sens-là. On a beaucoup hésité. On aurait pu faire un truc vraiment pour enfants. Mais bon, c’était un peu dangereux.
C’est vrai qu’en le feuilletant nonchalamment, on pourrait croire que c’est un livre jeunesse.
Voilà, voilà. Bon, à part le tout début. La première page, non.
Il y a un truc intrigant quand même.
Oui, il y a un truc un peu bizarre quand même. Mais après, dès qu’on a les couleurs qui arrivent, le lever avec le chien, tout ça, c’est une autre ambiance.
On en reparlera, mais il y a un truc avec les chiens quand même.
Oui, oui (rires).
Dès le début, j’imagine que c’est entendu qu’il faut rester dans la suggestion, trouver un moyen efficace de raconter ça sans être trop frontal. Donc là, on réfléchit à des subterfuges ?
Oui, c’est ce qui s’est passé. On a décidé de rentrer dans ses rêves, enfin dans son cauchemar, et de raconter l’inceste, l’abus en fait, au travers de son cauchemar. Et puis je trouvais que c’était bien d’utiliser la métaphore des immeubles, du vide, etc., de montrer quelque chose qui n’a pas de rapport direct avec un abus, mais qu’il y ait un vertige en fait. C’est un énorme vertige et on ne sait pas où on est. On manque de repères.
Est-ce que vous aviez lu ou étudié d’autres albums sur le sujet avant ?
Oui. En fait, depuis deux ans ou trois ans, je m’intéressais beaucoup à ce sujet-là. J’ai lu pas mal de livres, j’ai vu pas mal de vidéos qui parlaient d’abus et tout ça, et j’étais vraiment très intéressé. Je trouve que c’est intéressant dans le contexte de personnes, enfin d’humains, mais je trouve que c’est intéressant aussi si on fait une analogie avec notre société. Ce qu’on peut dire, c’est que notre société qui devrait être celle des parents rassurants, qui veulent qu’on vive bien, n’est pas aussi simple que ça. Parfois, c’est même le contraire. Ils veulent notre mal tout en se faisant passer pour des personnes bien tout le temps. Et moi, je trouve que c’est intéressant, cette analogie qu’il peut y avoir avec la société et l’histoire de l’humanité aussi.
Là, pour le coup, je n’ai pas lu tout ce qui est sorti sur le sujet, mais vous semblez être les premiers ou presque à partir du point de vue de l’enfant.
Je ne sais pas, peut-être.
Généralement, ce sont des témoignages d’anciennes victimes qui, après coup, mettent des mots là-dessus. Est-ce que c’est un aspect qui vous a touché particulièrement, que le scénario soit celui de l’enfant qui, finalement, ne comprend pas trop ce qui lui arrive ?
Moi, j’ai cette tendance-là, en tout cas, dans mes histoires. Même Toby mon ami, par exemple, ça n’a rien à voir (rires), mais ça part du point de vue du chien. Oui, le chien. Pour moi, c’était ça.
Il ne comprend pas trop, il réagit instinctivement.
Moi, j’aime bien quand on reste sur un point de vue. Quand je pars d’un personnage, je reste dans le personnage et je lui fais vivre des histoires. L’histoire vient presque après le personnage. Et là, c’est un peu pareil. J’avais vraiment envie que ça parte du point de vue de l’enfant.
Oui, pour moi, c’est toute la force de l’album.
Peut-être, oui, je ne sais pas.
Il y a un jeu aussi avec les couleurs, les tons très lumineux en journée, pour les moments d’insouciance aussi, de « jeunesse normale », si on peut dire. Et puis, tout de suite, le côté sombre, des cauchemars de la nuit, du prédateur. C’était évident de jouer avec ces codes-là ?
Assez, oui. Disons que j’imaginais un peu du Calvin & Hobbes dans la partie… ou d’autres références.
C’est vrai qu’il y a un petit côté, on peut le penser.
Et il n’y a pas que Calvin & Hobbes, il y a aussi Boule et Bill… Tout est beau. J’imaginais ça avec le contraste du cauchemar, dans des immeubles de banlieue un peu pourris.
C’était une bonne idée dans tous les cas.
C’est un travail qu’on a fait en se posant beaucoup de questions. À chaque fois, on a eu beaucoup de doute.
Est-ce que, finalement, la BD, qui permet quand même de trouver des trucs graphiquement, ce n’est pas un peu le meilleur moyen de raconter ce genre de choses ?
Ah oui, oui ! C’est ça qui est bien. Ça n’a pas coûté non plus une fortune pour le faire. Alors qu’un film, si on commence à faire un truc sur un film comme ça, c’est dangereux quoi.
Et vous avez eu des retours de personnes que ça a pu aider ?
Oui ! Enfin, aider… que ça a pu intéresser, sur la question, oui j’en ai eu. Notamment des personnes qui travaillent dans le milieu de l’assistance sociale.
Elles mettent ces BD-là dans les mains des enfants aussi ? Pour essayer de leur dire « s’il y a une alerte chez toi »…
Je ne sais pas. Oui, oui.
Vous les visez comme public aussi ?
Moi, je pense que c’est tout public. Après, les enfants…
Il faut leur expliquer, oui.
Je pense que ça peut être intéressant qu’un enfant de 7 ou 8 ans puisse le lire. S’il est accompagné par le parent, ça peut être bien.
Est-ce qu’on prend autant de plaisir à dessiner ça qu’on en prend à dessiner Toby mon ami ?
Non, ce n’est quand même pas la même chose. Mais j’ai toujours des objectifs de plaisir sur chacun de mes livres. C’est ça, mon moteur. C’est que j’arrive à trouver le plaisir dans le dessin. Enfin, quelque part, pas forcément dans le dessin d’ailleurs. Mon dernier livre, je n’ai pas eu un énorme plaisir à le dessiner, mais j’ai eu un énorme plaisir à le faire. Ce n’est pas celui-là, c’est un autre qui va sortir…
C’est sur le même sujet ?
C’est sur ce sujet-là, aussi.
C’est un hasard ou c’est vraiment parce que ça vous intéresse à fond en ce moment ?
Non, je crois que ce n’est pas un hasard. Ça doit être une période… Comme je dis, pour moi, c’est très lié à ce qui s’est passé avec le Covid et l’impression que la société était contre nous. Ça a commencé comme ça (rires).
Justement, est-ce qu’on peut parler un peu du prochain ? Ça sort en novembre ?
C’est en novembre. Mais je voulais répondre à ta question d’avant. Je ne me souviens plus.
Sur le plaisir, justement.
Ah oui, le plaisir. Par exemple, je savais que j’allais avoir… C’est moi qui ai un peu décidé qu’il y ait des immeubles dans l’histoire. Et j’avais du plaisir à savoir que j’allais être obligé de dessiner ça… tout en sachant que j’allais souffrir (rires).
Parce que c’est du boulot, j’imagine.
En plus, c’était en traditionnel. Donc, j’ai dessiné toutes les petites fenêtres !
Ça, ce sont des défis, pour un dessinateur.
Oui, des défis… En même temps, j’ai beaucoup aimé un livre de Katsuhiro Ōtomo, celui qui a fait Akira. Il avait fait un autre livre où il y avait des immeubles de banlieue [NDLR : Dômu, paru en français sous le titre Rêves d’enfants chez les Humanoïdes associés]. Je ne me souviens plus comment il s’appelle. Je l’ai en japonais. Tout se passe dans ces immeubles de banlieue, comme ça. C’est dix fois mieux dessiné (rires). Vraiment, dix fois ! Il y a tous les détails de tout. J’avais envie de faire un truc comme ça.
Même quand le sujet est un peu déprimant, il faut trouver des…
Par exemple, La Petite lumière, c’est assez déprimant. Mais j’adore entrer dans ce registre. Par exemple, il y a des scènes dans La Petite lumière où c’est tout noir. Il n’y a pratiquement rien. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à dessiner toute cette obscurité où l’on voit très peu de choses. Je ne fais pas un lien entre le contenu et la forme. C’est-à-dire que parfois, même si le contenu est déprimant, je dessine la forme de ce contenu. Je peux prendre du plaisir. On sait très bien que quand on travaille dans le dessin animé, les personnages les plus plaisants à dessiner pour les dessinateurs, ce sont les méchants. Ça veut bien dire qu’on entre plus facilement dans un personnage qui est noir, qui est sombre. On a plus d’idées.
Et donc, hasard, ou pas, du calendrier, vous sortez un deuxième album cette année. Est-ce que c’est aussi sur les violences sexuelles ?
C’est sur l’amnésie traumatique.
Vous pouvez en dire quelques mots ? C’est chez Le Lombard, c’est ça ?
C’est chez Le Lombard. C’est tiré d’un livre de Stéphane Allix qui s’appelle Nos âmes oubliées, qui était sorti en 2020, je crois. En tout cas que j’ai lu en 2020 et qui m’avait bouleversé ! En le lisant, j’étais pris dedans. C’est une histoire autobiographique, c’est un moment de sa vie. C’est un journaliste de guerre au départ, qui a commencé à faire du journalisme de guerre à 19 ans, quand même ! Dans sa vie, il sait qu’il n’a pas de souvenirs de son enfance, jusqu’à 10 ans, je crois. Il ne se souvient apparemment de rien, c’est terrible ! Il se demande un petit peu pourquoi. Et puis il s’intéresse aussi à certaines expériences avec des psychotropes. Il est allé en Amazonie, il a essayé l’ayahuasca, parce qu’il a perdu son frère quand il avait 30 ans, dans les années 2000, juste avant le 11 septembre. Il perd son frère suite à un accident de voiture, en Afghanistan. Il était en mission là-bas. Et quand il le voit mort, il a une vision de lui à l’extérieur. Comme s’il ressentait ce que sentait son frère après la mort… quelques secondes après sa mort. Là-dessus, il commence à s’intéresser à la conscience, à ce qui peut se passer après la mort, à la science, aux voyants…. Et puis, en faisant une expérience avec un psychologue qui utilise des psychotropes, en absorbant ces champignons, tout à coup, il a une révélation super forte d’un souvenir qu’il avait complètement oublié. Et ça parle de ça.
On va suivre ça ! C’est encore une lecture qui vous plaît beaucoup. Vous faites une adaptation. C’est assez souvent que vous adaptez des romans.
Oui, c’est assez souvent.
On vient vous chercher aussi pour ça ?
La première fois, on est venu me chercher avec Quelqu’un à qui parler. Et ça m’a plu. Après, c’est moi qui suis allé chercher. Mais par exemple, Nos âmes oubliées, ce livre que j’avais lu et qui m’avait bouleversé, je n’aurais jamais pensé… Je n’avais pas eu l’idée de l’adapter. Parce que ce n’est pas un roman. Donc je n’aurais jamais imaginé pouvoir l’adapter en bande dessinée. Et puis, à un moment, je me suis dit « je pourrais peut-être changer le personnage, utiliser juste la structure d’une partie du livre. » Et je lui ai proposé, à Stéphane Allix. Et il a refusé. Parce qu’en fait, c’était un truc qui le touchait trop personnellement. Il m’a dit « Non, on ne fait pas ». Même s’il a hésité pas mal. Puis quelques mois se sont passés et il m’a réécrit. Il avait changé d’avis.
Il a fallu quand même du temps.
Oui.
Dès lors, c’est comme quand vous adaptez un roman, l’auteur a un droit de regard ? Il y a des droits qui sont achetés ?
Oui, il y a des droits qui sont achetés, parce que c’était sorti chez Albin Michel. Donc, il y a les droits d’Albin Michel. Et puis, c’est très délicat quand c’est une autobiographie. Stéphane Allix, je suis juste allé chez lui une fois, on a passé une après-midi ensemble. Après, je ne le connais pas, ce n’était pas facile.
Et finalement, il l’a lu ?
Oui, il l’a lu. Il a dit que il n’y avait rien qui lui semblait déplacé ou faux par rapport à ce qu’il avait vécu.
C’est rassurant pour vous, j’imagine. Vous n’avez pas envie de heurter…
Oui, mais c’est une difficulté en plus, par rapport à un autre livre. Par exemple, Cabot-Caboche, je l’adapte comme je veux. C’est un chien. Ce n’est pas un truc qui a été vécu. Alors que là, c’est un truc qui a été vécu. Il faut un petit peu imaginer ce qui s’est passé dans sa conscience.
Vous faites une transition sur les chiens. J’avais cette question : on en voit très souvent, même en clin d’œil dans vos albums. Ce sont vos chiens à vous ?
Non, je n’ai pas de chien (rires). Mais j’adore les regarder, les observer. J’ai des amis qui ont des chiens. En fait, quand je les dessine, j’ai l’impression d’être un chien. Je me mets à la place du chien.
Dans Toby mon ami, par exemple, il y a toutes les expressions faciales du chien, le côté foufou… Ça aussi, ça doit être un vrai plaisir à dessiner.
Ah oui, oui, ça c’est sûr. Mais ce n’est pas facile ! J’ai eu beaucoup de difficultés.
Même dans Quelqu’un à qui parler, le gars est publicitaire pour…
Ah oui, un truc pour chiens ! Des habits, enfin des accessoires. Ça, ce n’est pas de ma faute (rires).
J’ai beaucoup aimé celui-là. Je l’ai relu pour préparer l’interview. Là aussi, c’est un personnage qui est rigolo… On a l’impression qu’il est en pleine déprime au début. Il picole, il est tout seul pour son anniversaire, et finalement, après, ça se passe mieux pour lui. Là aussi, il y a un changement de…
Un changement de conscience. Le fait de se relier à son enfant intérieur, de se relier avec lui, de communiquer avec lui. L’enfant lui communique des choses, et lui communique des choses à l’enfant, avec la différence d’expérience. Ça lui permet de changer de conscience et de rentrer dans la vie d’une autre façon.
Après ce que vous m’avez raconté, je comprends pourquoi vous avez travaillé dessus. C’est vraiment ce que vous aimez faire.
Oui, oui, j’aime bien ça.
Est-ce que vous avez, à part l’album qui sort en novembre, des projets, d’autres adaptations ou des scénarios plus personnels ?
Plusieurs. C’est une période où, pour la première fois, je travaille, j’en vis, et je suis en train de travailler sur différentes choses en même temps. C’est un petit peu le bordel.
D’habitude, c’est l’un après l’autre ?
D’habitude, oui. Et là, j’ai du plaisir à travailler sur plein de choses en même temps. Parmi elles, il y a des petites choses aussi. J’ai fait quatre histoires pour Métal Hurlant et je suis en train d’en finir une. Et puis, en même temps, pour Fluide Glacial aussi, je fais des petites histoires. J’essaie également de faire un storyboard/scénario, un peu comme font Lewis Trondheim et Joann Sfar sur Donjon, que je vais donner à un autre dessinateur. Une histoire, des choses comme ça, un petit peu nouvelles, que je suis en train d’expérimenter. Et j’ai envie de faire une nouvelle histoire aussi pour…
Pour Toby ?
Peut-être Toby, je ne sais pas, mais pour cette collection de Lewis Trondheim [ndlr : Shampooing]. En muet aussi, j’aimerais bien.
C’est vrai que c’est un style que vous aimez bien.
Oui, j’adore.
Eh bien merci, on suivra ça avec intérêt.
Merci à toi.
Propos recueillis par Nicolas Raduget le 25 octobre 2024.
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