© 2026 Dargaud
- Titre(s) : Jeune et fauchée
- Scénariste(s) - Dessinatrice(s) - Coloriste(s) : Florence Dupré La Tour
- Editeur(s) : Dargaud
- Parution : Janvier 2026
- Prix : 24,50 €
- EAN : 9782487663152
Florence Dupré la Tour. Un épais roman graphique de 200 pages. Une couverture pelliculée à la finition soignée. Au premier coup d’œil (à droite), cet album a tout du divertissement luxueux et réconfortant. Au deuxième coup d’œil (à gauche), on découvre le titre et ces personnages souriants au milieu de la tempête. Le contenu ne sera peut-être pas si joyeux que ça finalement. La femme en rouge, c’est Florence, personnage principal de cette histoire. Née avec une cuillère en argent dans la bouche, comme on dit, elle s’imagine enfant que cette situation lui garantit un confort financier à vie. Progressivement, toutefois, les valeurs morales et chrétiennes de sa famille commencent à lui poser des problèmes. Finalement, à l’heure de devenir indépendante financièrement, la notion de survie se fait de plus en plus pressante…
Ne vous y trompez pas, derrière ce dessin naïf et enfantin, et les petites touches d’humour, le thème de cet album est profondément sérieux et traité avec force. Habituée à ce décalage, Florence Dupré la Tour continue de s’inspirer de sa vie et de régler ses comptes avec un talent certain. Ici, ses parents en prennent pour leur grade, son éducation bourgeoise également, le monde masculin de la BD aussi, et elle n’oublie pas non plus l’autocritique. Fauchée et fâchée sont des termes assez proches. Le récit, bien que très personnel, prend un caractère universel. Chaque année, les inégalités se creusent en France. Aussi, Jeune et fauchée parlera avec force aux précaires actuels ou passés, masculins et féminins. Ça tombe bien, beaucoup lisent des BD, font de la BD, ou chroniquent des BD. S’il raconte l’histoire d’une autrice qui s’en est provisoirement (et souhaitons-lui définitivement) tirée, ce livre pointe du doigt les travers d’une société capitaliste extrêmement mal à l’aise avec ce fléau. Il témoigne avec beaucoup de justesse de l’enfer psychologique dans lequel la misère plonge les gens. Il donne aussi envie de baffer un certain nombre de nos contemporains. Que l’on soit né directement dans la pauvreté, ou comme l’autrice dans un milieu plus aisé mais pas aidant du tout, la galère financière est profondément injuste et loin d’être réservée à ceux qui ne font aucun effort, comme aiment à le fantasmer avec beaucoup de mépris ceux qui ne veulent pas s’occuper du problème. À défaut de convaincre nos décideurs d’instaurer un revenu universel (une mesure de bon sens pourtant loin de faire l’unanimité sinon elle serait déjà en place), l’album incitera peut-être les lecteurs et lectrices à devenir plus humains avec les plus démunis de leur entourage et à tenter de faire bouger les lignes collectivement. Ce serait déjà ça de gagné.
Un témoignage courageux, exutoire et militant sur la précarité.
Nicolas Raduget







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