- Titre(s) : Les Sentiers d’Anahuac
- Scénariste(s) : Romain Bertrand
- Scénariste(s) - Dessinateur(s) - Coloriste(s) : Jean Dytar
- Editeur(s) : Delcourt & La Découverte
- Parution : Octobre 2025
- Prix : 34,95 €
- EAN : 9782413082583
Mexique, XVIe siècle. Né après la conquête du pays par les colons espagnols, un jeune Indien fait la connaissance fortuite d’un missionnaire franciscain, Bernardino de Sahagún. L’homme de foi, qui désespère des manières d’imposer la foi chrétienne, prend le garçon sous son aile et entreprend de l’éduquer. Baptisé sous le nom d’Antonio Valeriano, il devient alors un excellent élève, maîtrisant le latin avant de l’enseigner. Cinq ans plus tard, après une longue mission loin de la capitale, le padre Bernardino embarque son pupille et ses camarades dans une quête de longue durée. Il souhaite en effet recueillir le témoignage des anciens et compléter une Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne, dont la rédaction, enrichie d’illustrations, lui permettra de mieux comprendre les rites païens…
« Le monde est si difficile à comprendre. Ne le prends pas contre toi, mais je ne sais plus qui croire. Qui dit la vérité, qui n’en dit qu’une partie… qui la transforme? »
Dès la prise en main de ce copieux album, soigneusement édité dans un format un peu atypique qui le distingue immédiatement du reste de la production, on peut se douter que l’on tient une oeuvre rare, destinée à attirer l’attention sur sa seule présence. Si l’objet en lui-même vaut le coup d’œil, ce n’est clairement pas juste un atout marketing, tant le travail de Jean Dytar, soutenu au scénario par Romain Bertrand, un historien spécialiste de la colonisation européenne, est d’une qualité époustouflante. En plus de relater la naissance du Codex de Florence, un spectaculaire ouvrage retrouvé en 1793, plus de deux siècles après sa rédaction, c’est toute l’histoire de l’homme qui en eut l’idée que les auteurs font revivre, ainsi que celle de la conquête du Mexique par les Espagnols et la progressive disparition de la civilisation locale. Riche de documentation mais jamais complexe ni pénible à suivre, le récit se montre passionnant, vivant, captivant, drôle, touchant. Mieux encore, en abordant ce sujet fort et méconnu, c’est une idée plus globale qui émerge, celle de la colonisation qui éradique les opprimés, leur faisant perdre tout droit à leur héritage culturel et à leur histoire. C’est d’autant plus réussi que le scénario est écrit sans manichéisme ni leçon de morale, laissant à chacun avoir son propre regard sur les événements et les protagonistes, imparfaits, non dénués de doutes et d’erreurs. Pour compléter cette fabuleuse bande dessinée, le graphisme se montre extrêmement inventif, avec une sobriété relevée par des illustrations inspirées de la culture mexicaine. Le résultat est saisissant, marquant et achève de convaincre qu’on tient là l’une des œuvres les plus réussies de l’année.
Une leçon d’histoire et d’humanisme qui instruit autant qu’elle divertit.
Arnaud Gueury












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