- Titre(s) : Après l’orage
- Scénariste(s) - Dessinateur(s) - Coloriste(s) : Jean Cremers
- Editeur(s) : Le Lombard
- Parution : Mai 2025
- Prix : 23,95 €
- EAN : 9782808215053
Cela fait quelques temps qu’Hélène se rend chez ses parents un samedi sur deux, une façon pour elle d’échapper à sa relation toxique avec Daniel qui la transforme et la consume de l’intérieur. Cette semaine, elle rejoint le pavillon familial sous une pluie battante et se retrouve contrainte de rester sur place à cause d’une montée subite des eaux. Malgré la vieillesse, son père Fernand, un artiste dans l’âme un peu dur de la feuille, et sa mère Jacqueline, touchée par un début d’Alzheimer, ressentent parfaitement le mal-être de leur fille bientôt quinquagénaire dont la santé et le bonheur ne semblent pas au plus haut. Malheureusement, la situation n’est pas propice à arranger les choses. Hélène est doublement prise au piège, à la fois par les inondations et par sa relation avec ce pervers narcissique qui blesse son corps et son âme sans cesse. Si, pour l’eau, il faut faire preuve de patience, pour le reste une question demeure : comment sortir de cette spirale infernale ? Les nuits qu’elle s’apprête à vivre aux côtés de ses parents vont la marquer à jamais à bien des égards. Ne dit-on pas qu’après l’orage vient le beau temps ?
Que voilà un album lourd de sens et chargé d’émotions, un rendu assez impressionnant en regard du plutôt jeune âge de Jean Cremers dont il s’agit seulement du troisième album. Avec Vague de froid (Le lombard, 2023) et Le Grand Large (Glénat, 2023), Après l’orage vient fermer une sorte de cycle de l’eau, un élément central, commun aux trois œuvres et sciemment choisi. Ici, il y a une volonté de l’auteur d’extérioriser un vécu traumatisant, un « passage boueux et brunâtre », qui l’a lui aussi poussé à rester dans la maison de ses grands-parents lors des intempéries subies par la Belgique en 2021. Si cela permet à Jean Cremers de mettre en avant les dérèglements climatiques et/ou les conséquences des constructions humaines sur la nature, cela lui offre un cadre catastrophique afin de développer un huis-clos à l’ambiance à la fois pesante et légère entre des parents et leur fille où sont abordées les violences faites aux femmes et la maladie d’Alzheimer. L’ensemble est subtilement agencé et le récit tient bien en haleine malgré le peu d’action car les sujets abordés captent l’attention des lecteurs. À travers un trait à l’identité déjà affirmée, le dessinateur ne montre aucune violence, il la suggère avec finesse. De plus, les phylactères sont peu nombreux car les dessins prennent très souvent le relais des textes pour évoquer avec une force surprenante. Cette lecture graphique efficace est bien aidée par une mise en couleurs qui dégage des ambiances au diapason des sentiments de l’histoire et laisse entrevoir un espoir pour Hélène.
Un roman graphique très réussi et fort qui aborde avec toute la subtilité nécessaire des sujets difficiles.
Stéphane Girardot















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