Présentes au festival Quai des Bulles, les éditions du Tiroir avaient fait le déplacement jusqu’en Bretagne afin de présenter leurs nombreuses nouveautés. Parmi celles-ci, Nicolas Van de Walle était là pour sa série Adelin & Irina, alors que plusieurs autres projets vont voir le jour dans les mois à venir. Entre un album préquel à Caroline Baldwin et un tome de la série Rubine, sans oublier une histoire inédite pour le magazine L’Aventure, l’auteur belge avait une belle actualité à nous raconter.
Bonjour Nicolas. Quelle est l’origine de la série, quand tu t’es lancé dans l’autoédition sur les deux premiers tomes avant de « sortir du Tiroir » ? L’envie de mêler humour et fantasy ?
Oui, voilà. Autrefois, j’essayais d’avoir un style de dessin très poussé, tout ça. Et puis je me suis dit que le mieux était d’essayer de simplifier mon trait et d’arriver à quelque chose de simple mais efficace. C’est pour ça que j’avais volontairement épuré tout mon style, en éliminant toutes les fioritures qui étaient parfois un peu maladroites, pour essayer d’arriver au truc le plus simple possible. Puis redémarrer de là. Et c’est ce que j’ai fait. D’album en album, ça se recomplexifie, sur le tome 4 je suis à nouveau prêt à mettre des tas d’effets, mais maintenant je sais les faire. (rires) Après, je me suis « bon, qu’est-ce que j’aime dessiner ? J’aime dessiner les femmes, les monstres, je vais faire de la fantasy. » Mais il fallait un point de départ. Le problème, c’est qu’en fantasy il existe tellement de resucées du Seigneur des anneaux et autres, je voulais faire quelque chose d’un peu plus plus original. Alors j’ai pris comme point de départ Johan et Pirlouit. J’ai choisi un graphisme un peu dans ce style-là, pour commencer, même si j’ai dévié dès la page 2, où on est déjà chez les Amazones, ce qui est loin de Johan et Pirlouit. Je suis aussi un grand lecteur de romans de science-fiction, en particulier ceux de Jack Vance. C’est un auteur que j’apprécie beaucoup et qui invente toujours des univers complètement fous, où on arrive chez des gens qui ont toute une série de conventions. Je trouve ça très imaginatif, très créatif, ça n’a rien à voir avec Le Seigneur des anneaux ou Game of Thrones et tout ce genre de machins-là. Je trouve que ce sont des univers qui ont beaucoup de classe, beaucoup de style. Je n’ai pas cherché à reproduire du Jack Vance, mais ça a été une des sources, que j’ai toujours plus ou moins dans un coin de mon esprit quand je conçois mes scénarios.
Le premier album d’Adelin & Irina, c’est vrai que c’est un truc beaucoup plus classique. Un album à la Dupuis. On a volé le trésor, il faut le retrouver le trésor, on a accusé la sœur de l’héroïne de ça, c’est la méchante qui l’accuse et évidemment c’est la méchante qui l’a volé. C’est très simple comme scénario, mais ça permettait de mettre en place les personnages. Il y a une scène de procès dans ce premier album, au départ j’avais commencé à rédiger une vraie plaidoirie. Mais c’était chiant et je me suis dit que j’allais plutôt mettre n’importe quoi. C’est beaucoup plus amusant, et c’est à ce moment-là qu’Irina a vraiment prix corps, ça devient un personnage beaucoup plus fou et finalement plus comique qu’Adelin. Maintenant que j’avance dans les albums, je vais chaque fois lui faire faire une leçon de morale à la fin, un texte kilométrique et qui part dans tous les sens.
Finalement, ça se nourrit un peu tout seul au fil de l’écriture.
Oui, c’est vrai que la princesse Irina est devenue un personnage fort verbeux, mais c’est ça qui est amusant. Un peu à la Achille Talon.
Avant de passer par l’autoédition, l’avais-tu proposé à des éditeurs ?
En fait, j’en avais un peu ras le bol de faire le tour des éditeurs et je m’étais dit que je m’autoéditerais quoi qu’il arrive. Entre autres, j’avais collaboré d’abord avec Jacques Martin, j’ai fait trois albums avec lui que j’ai dessiné (NDLR : Les Voyages de Jhen). Puis j’ai fait un album tout seul qui s’appelle Captives de l’île aux pirates. Et j’ai eu quelques jobs de mise en couleur à un certain moment. Maintenant ce n’est pas ma vocation, mettre en couleurs mes propres planches ça m’embête déjà… (rires) Je suis donc parti vers l’autoédition volontairement. Un jour, j’ai eu l’occasion au Festival de la BD de Bruxelles d’être présenté au directeur de collection de chez Dupuis et je lui ai laissé l’album. Il m’a répondu que ce n’était pas du tout la ligne éditoriale de chez Dupuis, c’est à peu près le seul auquel je l’ai proposé. Parallèlement à ça, j’avais commencé un autre projet de bande dessinée avec un scénariste bien connu. Et ça a aussi été refusé un peu partout, malheureusement. Mais chez Casterman, à qui je l’avais envoyé, on m’a dit « ça n’ira pas ici, mais propose ta BD à André Taymans, il va lancer une maison d’édition. » J’ai monté les escaliers après avoir raccroché le téléphone, je l’ai envoyé à André et il m’a tout de suite dit qu’il prenait. Je n’ai donc pas eu à faire un gros tour des éditeurs avec mon album.
C’est sans doute plus agréable d’avoir le soutien d’un éditeur.
Oui, surtout que ma première approche était de faire des albums souples, un peu comme les Bob et Bobette. J’avais prévu ça en me disant que ça marcherait bien en Flandre. Bon, ça n’a encore jamais été traduit en flamand, mais je vais chaque année à la mer du Nord et je vois chaque fois les trucs qui sont font, comme De Rode Ridder, une BD un peu heroic fantasy justement. On verra bien, peut-être qu’un jour…
En attendant, tu ne manques pas de projets. Peux-tu nous en parler ?
Maintenant, je suis parti sur de nouveaux projets, puisque j’ai fait un album de Caroline Baldwin avec André Taymans. Et je travaille sur un Rubine. On devait être en 2021, j’avais fini mon troisième album et je commençais à faire le quatrième. André m’a dit que si je voulais un deuxième album en 2022, il pouvait me proposer ceci, un Caroline Baldwin. J’ai dit oui, évidemment. Là, il est fini, je suis en train de le mettre en couleur.
C’est un one shot ?
Oui. Bien sûr, si ça se vend à des millions d’exemplaires, on reconsidérera la chose, j’imagine. (rires)
C’est quand même un peu le grand écart entre les deux, on passe de la fantasy à du réalisme.
Oui, c’est ce que je me suis dit aussi, ça me changera un peu. Ça montrera déjà que je sais faire plusieurs choses. J’avais envie de faire une BD contemporaine. Dedans c’est presque une BD d’horreur, donc je me suis quand même bien amusé. J’ai pu mettre quelques effets même s’il n’y a pas du tout d’humour. André m’a dit de le faire comme je voulais, sans copier son style. C’est parfois un exercice intéressant ou amusant de copier des choses mais ce n’était pas nécessaire. J’avais juste un peu peur qu’il me propose un Caroline Baldwin qui se passe à New York et de dessiner des embouteillages et des trucs comme ça, mais non.
Rubine est un autre défi.
Justement, oui, je viens de le commencer. Je me suis retrouvé avec trois albums en même temps, le tome 4 d’Adelin & Irina, le Caroline Baldwin et le Rubine. J’ai fait des planches de Rubine en même temps que le Caroline Baldwin et des dernières d’Adelin & Irina. Maintenant, il faut que je tape un gros coup sur le Rubine pour qu’il avance. Je ne pense pas que je l’aurais terminé cette année, mais je pense qu’en février-mars il sera fini. J’ai pour avantage que là ce n’est pas moi qui fais les couleurs.
Comment fais-tu pour passer de l’un à l’autre ?
Pour moi, c’est facile. Disons que, pour Rubine, il y a le style de François Walthéry, évidemment., à respecter. Quand on regarde les Natacha, ça bouge tout le temps, avec des poursuites, des bagarres. Même si un personnage descend les escaliers, il ne le fait pas benoîtement, il le fait en bondissant. J’essaie de bosser ça. Le scénario de Rubine ne s’y prête pas toujours, dans une scène d’enterrement, par exemple, je ne vais pas faire sauter les personnages. Mais voilà, j’essaie de faire un peu quelque chose dans ce goût-là. Il y a une scène de poursuite à moto par exemple, j’ai rajouté un peu plus. Il y a le Ku Klux Klan, alors j’ai ajouté des cavaliers, des torches, il y en a un qui se prend une branche basse… Voilà, je m’amuse beaucoup, ça me fait dessiner d’autres trucs, des voitures, je n’avais jamais eu beaucoup d’occasions d’en dessiner. Je me suis entraîné, je dessinais des voitures, des voitures, des voitures. Je me suis fait traiter de fou par André Taymans, mais j’ai envie qu’elles soient bien. Il faut qu’on les reconnaisse, qu’elles soient détaillées et qu’elles soient en mouvement. Je n’ai pas envie de décalquer des photos et que ça se voit. Quand on voit les voitures de Jidéhem dans Gil Jourdan, c’est incroyable. Je n’arriverai pas à faire un truc pareil, mais au moins je vais essayer.
Puis après, vous allez revenir facilement à Adelin & Irina ? Travailler sur d’autres albums pourraient faire évoluer votre style ?
J’ai dépassé la page 40 du tome 4, donc il pourrait être vite fini. Sinon oui, je pense que ça se verra. C’est très amusant. Franchement, je me suis beaucoup amusé avec Rubine et le dessin préparatoire qu’on me demandait. J’en ai fait même beaucoup plus que demandé. (rires)
Y a-t-il d’autres projets dans ce style après où est-ce que ça va se calmer un petit peu ?
Je ne sais pas, on verra bien les propositions qu’on me fera après. Ça a été une année bien chargée, c’est vrai que l’été dernier je n’ai pas eu de vie. Mais à part ça, ça va, j’ai besoin de cette action-là, d’avancer sur des trucs.
Est-ce que c’est intéressant d’être avec les éditions du Tiroir, réuni autour d’auteurs comme François Walthéry ou Marc Wasterlain ?
Ah oui, c’est agréable d’être avec certains auteurs que j’ai lus quand j’étais petit. Se retrouver avec eux à boire un verre, à les voir commenter mes dessins, prendre un café chez François Walthéry, ça fait vraiment plaisir. Mon beau-frère m’a dit que je m’étais trouvé une belle petite bande, il a bien résumé ça. André sait que je suis travailleur et que, si on me demande de faire un album, il ne va pas falloir l’attendre trois ans.
Combien de temps pour un album justement, même si c’est peut-être dur à juger en en faisant plusieurs ?
Avec Caroline Baldwin, j’ai vraiment mis le paquet, donc j’ai fait quand même beaucoup de planches. Sinon, en général, je fais un peu plus de 60 pages par an. Mais là, sur l’année écoulée, j’ai du en faire plus. J’ai un emploi de fonctionnaire à côté, alors je peux travailler le soir, la nuit, ou même quand il y a une pause. Pendant le temps de midi, je prends ma planche avec moi, je m’avance, c’est ça de pris. Et parfois je prends une semaine de congé pour faire un maximum.
Ça fait une vie bien remplie !
Et ça fait de moi quelqu’un de pas très marrant. (rires) Mais je pense que c’est un métier où il faut s’amuser. D’ailleurs ça se voit, les gens qui s’emmerdent en dessinant. Bon, le fait d’avoir un salaire aussi fait que je ne suis pas tenu à produire pour pouvoir payer mes factures. Je le fais avec plaisir, sans inquiétude ni pression. Moi, c’est comme ça que je travaille bien. Du coup, j’ai toujours des idées qui me viennent, j’ai 4/5 albums en tête pour Adelin & Irina. J’ai un petit calepin avec des notes. J’en ai relues quelques-unes hier soir à André Taymans, je l’ai fait rire avec des trucs qui peuvent parfois me venir de documentaires.
Merci beaucoup !
Propos recueillis par Arnaud Gueury.
Interview réalisée le 8 octobre 2022.
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