Visit Brussels – Épisode 1

Les 15 et 16 juin derniers, La Ribambulle était invitée par Visit Brussels dans le cadre d’un Voyage Presse BD qui réunissait plusieurs organes de presse internationaux, afin de découvrir les multiples manifestations gravitant autour et durant « La fête de la BD de Bruxelles » de septembre 2017. Un périple dans la capitale belge qui a commencé au MIMA – Millennium Iconoclast Museum of Art – où nous avons découvert la mise en place de l’exposition Art is Comic. Cet évènement se tiendra du 23 juin au 31 décembre 2017 et mettra en avant des œuvres de Brecht Vandenbrouck, Brecht Evens, HuskMitNavn , Jean Jullien, Joan Cornellà et Mon Colonel & Spit. Nos pas nous ont ensuite portés dans les rues de la ville où nos regards se sont posés sur une sélection de quelques fresques qui habillent les murs. Il y en a plus d’une cinquantaine (presque soixante) du centre-ville à Laeken, ce qui constitue en soi une jolie balade. Après cela, nous avons fait une petit tour à la Galerie Tintin ©Hergé, nul besoin de préciser pourquoi, et celle d’Huberty & Breyne où des planches ainsi que des toiles d’Okko étaient exposées. Et pour conclure nos pérégrinations du premier jour, nous avons eu le privilège de visiter les bureaux des éditions Le Lombard et leur toit sous l’œil bienveillant de Tintin et Milou avant de diner au Vauxhall dans le parc de Bruxelles chez André Querton (Administrateur Media Participations). Nous vous proposons un retour en détail sur cette journée orchestrée de main de Maître par notre guide Gary Divito.

Le MIMA (The Millennium Iconoclast Museum of Art).

Le MIMA a ouvert ses portes au lendemain des attentats de Bruxelles, plus précisément le vendredi 15 avril 2016. Installé le long du Canal à Molenbeek, dans un bâtiment de l’ancienne brasserie Belle-Vue, ce musée d’Art actuel – unique en Europe et imaginé par Michel et Florence de Launoit, Alice van den Abeele et Raphaël Cruyt – propose au public de parcourir une histoire de la culture 2.0. Art is Comic est troisième exposition du musée et, comme nous le disions dans l’introduction, elle se tiendra du 23 juin au 31 décembre 2017. Après un accueil des plus chaleureux, Raphaël Cruyt nous a exposé le pourquoi et le comment de cette création avant de nous guider lui-même dans les différentes zones du lieu où Brecht Vandenbrouck, Brecht Evens, HuskMitNavn, Jean Jullien, Joan Cornellà et Mon colonel & Pit exposent – à travers leurs œuvres – leurs visions aux variations humoristiques diverses de la société.

Art is Comic : Pourquoi et comment ?

© MIMA/Joan Cornellà

Raphaël Cruyt : « Nous venions d’ouvrir les portes et nous devions déjà préparer la troisième exposition, celle qui est en cours d’installation, car il y avait un délai extrêmement cours. On est à une année de Art is Comic à ce moment-là. Il nous a semblé tout à fait naturel compte tenu du contexte de respirer. On avait besoin d’un grand bol d’oxygène, de quelque chose qui soit comme les paroles de cette chanson de Noir Désir : « Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien ! » C’était un peu ce genre de réaction vitale qu’il nous fallait. On avait besoin de travailler sur l’humour pour dégoupiller cette angoisse. Dans ces phases critiques, on se retourne naturellement vers des essentiels, des choses qui tout de suite s’imposent. On pense Art, humour et donc aux artistes que nous avons réunis pour l’évènement. Pour quoi ceux-là ? Tout simplement parce nous les suivons sur les réseaux sociaux. C’est là où la chose devient intéressante aussi avec Art is Comic car c’est une exposition où le titre est assez ambigu. Cela fait référence au comique, l’humoristique mais aussi aux comics américains et la bande dessinée. Mais c’est une interprétation assez ouverte et on voulait garder cet espèce de flou – sémantique – dans le titre parce que les artistes nous les connaissons via les réseaux sociaux. Finalement, on s’est intéressé à leur contenu avant de savoir d’où ils venaient ! Certains sont connus dans le monde de la bande dessinée comme Brecht Evens, Brecht Vandenbrouck ou encore Joan Cornellà. HuskMitNavn est à l’origine un « graffeur » danois et Jean Jullien est un plasticien, graphiste, designer français. Mon Colonel & Spit (Éric Basseleer & Thomas Stiernon) sont quant à eux des artistes belges qui créent des sculptures, des céramique et des objets. Mais ils sont tous très présents sur les réseaux sociaux. De fait, on a très vite rassemblé une équipe qui donnait une image européenne de ce que l’on peut appeler l’humour figuratif. Ce qui a changé, c’est que le public découvre des artistes en dehors des structures institutionnelles et décide de les plébisciter. Il découvre des contenus, décide de creuser un peu plus si cela l’intéresse et au final suit l’artiste. De là, il découvre s’il s’agit plus d’un dessinateur, d’un peintre… Ainsi, il y a une redistribution des cartes qui fait que les domaines artistiques sont mélangés, sont remis à la même échelle. Cela crée une nouvelle preuve sociale par rapport aux artistes qui est le plébiscite sur les réseaux. Dans cette exposition, ils viennent de domaines différents mais sont reconnus pour leur travail sur les réseaux sociaux indépendamment de cette étiquette (dessinateur, illustrateur, peintre,…) de départ qui peut cloisonner. On peut dire que dans Art is Comic les frontières de genre sont mélangées. On est la frontière de l’Art, de la bande dessinée… Il ne faut pas trop essayer de catégoriser mais juste prendre les choses telles qu’elles viennent. »

Art is Comic : le making of

Brecht Evens (Belgique) : Le public découvrira son travail autour de la bande dessinée sur laquelle il travaille depuis deux ou trois ans déjà, The city of Belgium, et qui en demandera autant pour être finie. C’est donc en exclusivité que l’on pourra voir les œuvres originales qui la composent présentées comme telles, hors narration donc, avant même qu’elle ne soit terminée. De manière très généreuse, l’auteur propose de montrer également son story-board et son carnet de croquis, ses outils de travail en somme. Ce qui renverse un peu la proposition qui veut que l’on publie une bande dessinée avant de faire une exposition. Les originaux sont considérés comme des œuvres à part entière. De même qu’une photo panoramique de son appartement dévoile son lieu de travail ainsi que son organisation.

Brecht Vandenbrouck (Belgique) : Il est le catalyseur, le lien entre les différents auteurs de l’exposition et nous a fait l’honneur d’être présent lors de notre visite. Outre des originaux de l’artiste, il y aura une installation qui représente un immense « Kicker » (babyfoot) avec deux équipes, une composée de deux-cents joueurs face à une autre d’un seul joueur qui fait deux mètres cinquante. On retrouve là son esprit critique de la société – il est question d’inégalité bien sûr – ainsi qu’une expérience tridimensionnelle de son univers graphique à la laquelle nous sommes confrontés. Il diffuse son œuvre satirique, qui dénonce les travers de notre société hyper connectée, par le biais d’internet, bien sûr, mais aussi d’illustrations pour la presse (Le Monde, The New York Times), d’expositions et de livres

Joan Cornellà (Espagne) : Là aussi des originaux seront proposés mais il y aura également les films de Joan Cornellà qui sont des adaptations de ses bandes dessinées. Une pièce a d’ailleurs été spécialement conçue pour cela. Et de manière plus subtile, une transposition de son univers sera suspendue à une corniche en dehors du musée : Le pendu. Une espèce de choc visuel hors contexte. Ceux qui connaissent l’univers plastiquement codifié de l’auteur apprécieront. Joan Cornellà, c’est aussi 4 500 000 abonnés Facebook (il est à lui seul plus suivi que le musée du Louvre et le MoMA réunis) et 1 500 000 sur Instagram. Vous noterez également l’hommage à celui qui est devenu une icône belge, CowBoy Henk de Herr Seele, dans le diaporama.

Jean Jullien (France) : À la fois plasticien, graphiste, designer, cet artiste hybride se distingue notamment par ses dessins et vidéos animées créés spécifiquement pour son compte Instagram qui compte deux fois plus d’abonnés que le Centre Pompidou et trois fois plus que Jeff Koons (Star mondiale des musées et collections d’Art). Soit 750 000 personnes qui le suivent. Pour le MIMA, il a créé une série de personnages qui vous invitent à regarder avec eux dans un miroir pour partager leurs émotions.

HuskMitNavn (Danemark) : Son pseudonyme signifie : « Souviens-toi de mon nom ». Artiste pluridisciplinaire, il dessine des personnages qui nous ressemblent dans des situations familières. D’ailleurs, ils sont présents durant presque tout le parcours de l’exposition sur les murs ainsi que dans une salle qui est spécialement dédiée au « graffeur », où une soucoupe qui descend sur Terre est peinte. Un sujet surréaliste atypique pour lui, en même temps qu’une métaphore du comportement de l’individu face au bouleversement de notre monde.

Mon Colonel & Spit (Belgique) : Derrière ce duo se cachent deux artistes belges, Éric Basseleer et Thomas Stiernon. Visuellement, il y a beaucoup de rapports à faire avec celui de Brecht Evens si ce n’est qu’ils travaillent sur des vases, des céramiques, des objets… On retrouve le même genre d’univers mais sur des média différents. Ce qu’ils réalisent est très empreint de culture Pop et rythmé par la musique et/ou la fête. C’est très désinvolte et saturé d’autodérision.

Les fresques du parcours BD.

Après le déjeuner pris au restaurant du MIMA, nous avons déambulé dans les rues de Bruxelles en compagnie de Thi-Tiên Trân, la chargée de projet et de communication pour les fresques BD de la ville. Loin d’avoir fait la grande balade, nous avons tout de même pu admirer quelques oeuvres. Ce qui, au départ était une idée pour lutter contre les grandes affiches publicitaires enlaidissant le centre-ville, est devenu une véritable institution : Le parcours BD qui fait désormais partie intégrante du paysage urbain bruxellois. C’est dans les années 90 que débutent le projet alliant Art et rénovation avec l’inauguration en 1991 de la première illustration grand format réalisée par Franck Pé, à l’initiative de l’ancien échevin Michel Van Roye. Elle rend hommage à Broussaille et est située dans le quartier Plattesteen. La particularité de nombre d’entre-elles est la mise en abyme du quartier où elles sont peintes. Vous pourrez aisément le vérifier dans les photos que nous vous proposons. C’est le cas par exemple pour celle de Kinky et Cosy (Nix), Rue des Bogards (Observez bien les fenêtres sur la fresque et les bâtiments avoisinants), ou encore celle de Spirou (Yoann), Rue Notre Dame de Grâces (La fresque est située à côté d’un place où se déroule régulièrement un marché aux puces). Aujourd’hui, il y en a presque soixante disséminées à travers la ville. Un vibrant hommage à la bande dessinée franco-belge et leurs auteurs qui permet de traverser divers quartiers de Bruxelles, du Pentagone à Laeken, et déportent le tourisme, et donc l’économie, du centre-ville vers des lieux méconnus et/ou moins populaires. Au début, les éditeurs contactaient la ville pour « placer » leurs auteurs. Désormais, ce sont les équipes de Thi-Tiên Trân qui entrent directement en contact avec les auteurs pour leur proposer de réaliser une fresque. Un changement dans la démarche qui confère beaucoup plus d’autonomie quant au choix de l’artiste. De fait pour être en accord avec le monde de la bande dessinée actuel, c’est la BD d’auteur qui est invitée à s’afficher sur les murs avec des artistes comme Nix, Dominique Goblet ou encore Brecht Evens (La mise en chantier de sa fresque a été, malheureusement pour nous, retardée et nous n’avons pas pu en voir les prémices). En ce qui concerne la préservation des peintures, les services de la ville ont constaté, sur celles qui peuvent être atteintes, quelques rares dégradations. Des solutions sont à l’étude pour éviter ce genre de désagréments, comme la pose d’un vernis lavable en guise de deuxième couche afin de protéger… des graffitis. Dans le diaporama qui suit, vous verrez un panel de ce qui vous attend si vous décidez de vous rendre dans la capitale belge. Pour information, glissez sur les photos pour avoir le descriptif et l’emplacement des fresques.

Et les plaques des rues ne sont pas en reste…

© La Ribambulle

La Galerie Tintin ©Hergé.

Tintinophile, et de surcroît collectionneur, ce lieu est pour toi ! Cette galerie conçue et gérée par Yi Fei Tchang, qui nous a fait le plaisir d’une présentation personnalisée, regorge de trésors. Située au Sablon, tout y est fait pour attirer les passionnés du jeune reporter. Il y a d’abord la vue de l’extérieur avec les vitres supérieures qui rappellent le Musée Tintin et la bande chromatique sur la vitrine qui remet en mémoire les couleurs des quatrièmes de couverture des différents tomes. Un ensemble qui constitue volontairement une belle passerelle d’appel pour le Musée Tintin à Louvain-la-Neuve. À l’entrée et pour continuer de nous mettre dans l’ambiance, un pan de mur est à l’image des secondes et quatrièmes de couverture des albums de Tintin. À l’intérieur, le visiteur y découvrira des articles exceptionnels, spécialement conçus pour l’endroit et réalisés par des maîtres d’art renommés. Il y a également une bibliothèque où se trouvent les albums des aventures de Tintin traduits en de multiples langues ainsi qu’une collection d’ouvrages écrits par des spécialistes d’Hergé. Sur une rampe d’escalier, toutes les signatures du Maître ont également été représentées. C’est un espace très convivial où des canapés vous permettront de vous poser et d’échanger à votre aise. C’est aussi un lieu où peuvent se décider des commercialisations. Lors de notre visite, nous avons remarqué des représentations en bois de voitures de la série disposées dans une vitrine de manière à sonder l’intérêt des visiteurs sur une éventuelle nouvelle collection les concernant.

La Galerie Huberty & Breyne.

À quelques mètres de la galerie Tintin ©Hergé, toujours dans le quartier du Sablon, nous plongeons dans une autre ambiance en pénétrant dans la galerie Huberty & Breyne, anciennement « Petits Papiers », où se tenait une exposition/vente consacrée à la série Okko créée par Hub et publiée aux éditions Delcourt. Spécialisée depuis plus de vingt-cinq ans dans les originaux de bande dessinée, la Huberty & Breyne Gallery a inauguré ses locaux en mars 2012. Outre les originaux proposés aux collectionneurs et leur activité de galeriste, Alain Huberty et Marc Breyne offrent également un service d’expertise à des ventes aux enchères dédiées à l’univers du 9ème Art. Retour en images sur l’exposition Okko qui a eu lieu du 09 au 18 juin 2017.

Votre serviteur avoue avoir eu quelques palpitations en pénétrant dans cet immeuble sis Avenue Paul-Henri Spaak, 7 à Bruxelles car il s‘agit de l’éditeur avec lequel il a établi ses premières relations presse avant d’être connecté avec les bureaux parisiens. Un petit bonheur ! Bien sûr en cette fin journée, notre « super guide » avait organisé une « photo de classe » des journalistes sur le toit du Lombard comme le font nombre d’auteurs lors de leur visite dans les locaux de l’éditeur. Nous vous épargnerons cela mais vous aurez droit à la photo générique et mythique de Tintin et Milou quand même ! Un moment chargé d’émotions guidé par la sémillante Camille Monnart, assistante éditoriale des lieux. Et quelle ne fut pas notre surprise – doublée d’un immense plaisir – de rencontrer au détour d’un couloir avant d’accéder au sésame, David Vandermeulen, l’éminent directeur de la collection La Petite Bédéthèque des savoirs. Un personnage fantastique et unique ! Il n’en fallait pas plus pour couronner une journée déjà magnifique. Mais, comme vous pourrez le constater, nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

Soirée au Vauxhall.

En effet, cette première journée s’est terminée par un dîner au Vauxhall qui est situé dans le parc de Bruxelles. Nous y étions invités chez André Querton, éditeur et actionnaire de Média Participations, qui nous a dévoilé quelques pièces de sa superbe collection de planches de bande dessinée. Une visite privée des plus intéressantes. Outre nos confrères de la presse, nous étions accompagnés pour ce moment – rempli de discussions passionnées – par Thierry Tinlot, journaliste belge et consultant BD pour Visit Brussels, et Micha Kapetanovic, le Directeur Events de Visit Brussels. Et « re-cerise » sur le gâteau, le prolifique scénariste français Jean-David Morvan (Sillage, Naja, Oms en série, Irena, etc…) était également parmi nous en qualité de parrain des Prix Atomium. Récompenses qui seront remises lors de la Fête de la BD de Bruxelles 2017 et dont nous parlerons dans le deuxième volet de ce reportage. (À suivre)

Jean-David Morvan © La Ribambulle

Liens utiles :

MIMA – 39-41 Quai du Hainaut – 1080 Molenbeek-Saint-Jean – Brussels, Belgium
Tél : +32/472.61.03.51
Site : Millennium Iconoclast Museum of Art

Visit Brussels – Rue Royale 2-4 – 1000 Bruxelles
Tél : +32(0)2.513.89.40
Site : Visit Brussels

Galerie Tintin ©Hergé – Place du Grand Sablon 35 – 1000 Bruxelles, Belgique
Tél : +32 2 502 96 40
Site : Galerie Tintin ©Hergé

Galerie Huberty & Breyne – Rue de Bodenbroek 8A – 1000 Bruxelles
Tél : +32/2.893.90.30
Site : Galerie Huberty & Breyne

Le Lombard – Avenue Paul-Henri Spaak, 7. B – 1060 Bruxelles
Site : Le Lombard

Stéphane Girardot.

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Rédacteur / Secrétaire / Community Manager

Une réponse to “Visit Brussels – Épisode 1”

  1. […] un premier jour énormément riche en découvertes et surprises, notre accompagnateur cinq étoiles, Gary Divito, […]

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