Dans la bulle de … Nix

Par | le 27 juillet 2015 |

Il fait chaud en ce moment ! Tout comme lors du festival d’Aix-en-Provence en avril dernier – il faisait un peu moins chaud d’accord ! – où nous avons rencontré Nix, un auteur tout à fait atypique. Nous dirons même complètement loufdingue, à l’image de ses héroïnes Kinky & Cosy, mais ô combien sympathique et abordable. Êtes-vous prêts à entendre les secrets les plus incroyables sur les jumelles les plus déjantées du 9ème Art ? Let’s go !

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©La Ribambulle

Commençons par une question simple : Nix qui étais-tu avant de devenir auteur BD – notamment le papa de Kinky & Cosy – car tu as eu une vie avant ?

J’ai eu une vie en tant qu’ingénieur civil. C’est ça que tu veux dire ? (Rires)

Oui.

Oui, exactement ! C’est une petite erreur de la nature en fait que j’ai rectifiée après. Á la base ce sont mes parents qui ont doucement poussé leur fils dans la direction d’un diplôme plus rémunérateur que la bande dessinée. Ils ont vu que j’aimais les maths – et c’est vrai j’adore les maths – mais en même temps je dessinais comme un fou. Quand ils ont vu ça, ils se sont dit : « Ok. On a le choix entre le dessin et les maths ! On va le pousser dans la direction des maths. ». Du coup, je suis devenu ingénieur civil et j’ai travaillé un petit peu pour Belgacom pendant cinq ans. Belgacom, c’est la même chose que France Télécom. Mais, au bout d’un moment j’avais une double vie. La nuit, je dessinais des pages de BD pour les journaux. Et pendant la journée avec les yeux presque fermés, j’étais au bureau en costume pour manager à peu près cent personnes. Au bout d’un moment, je me suis dit qu’il fallait faire un choix. Et le choix était assez évident. J’ai suivi mon cœur.

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©Le Lombard/Nix

Avant cela, il y a eu un certain coup de téléphone qui a tout fait basculer!

Ça c’est correct. Car en fait quand tu dessines en tant qu’auteur de BD, tu n’as jamais beaucoup de retour. On se retrouve devant une table à dessins et on imagine le plaisir que cela va provoquer chez le lecteur quand on invente une blague. En fait, on n’a jamais ce retour direct, on n’est pas sur une scène. D’ailleurs, c’est pour cela que j’adore me retrouver sur une scène pour avoir ce retour en direct. Et, quand j’étais étudiant ingénieur je faisais beaucoup de dessin de presse. Comme je n’avais pas beaucoup de retour, je me suis dit au bout d’un moment : « Écoute probablement que cela ne vaut rien ! ». Je me suis donc arrêté de dessiner. Et un jour, j’ai eu un appel d’un journal national en Belgique qui croyait que j’étais un auteur professionnel. Il voulait commander un strip toutes les semaines. J’étais étonné du coup. J’ai découvert beaucoup plus tard qu’il y avait un gang de fans qui suivait ce que je faisais. Entre autres, ce journaliste qui m’a contacté.

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©Le Lombard/Nix

Comment sont nées Kinky et Cosy dans ton esprit ?

Après avoir fait pas mal de dessin de presse, que j’adore toujours, je me suis rendu compte du fait que cela reste quand même très ponctuel et actuel. Tu ne peux pas le raconter ou le mettre dans un recueil et le vendre un an après. Du coup, je me suis inventé un univers. Je n’ai pas passé beaucoup de temps car je n’avais qu’une page dans un journal avec un strip actuel qui venait de s’arrêter. Donc, j’avais une semaine pour continuer avec autre chose. De fait, j’avais envie de faire mon propre univers. J’ai vite inventé des personnages. Mais, c’était pour moi évident que cela devait être des filles, des jeunes filles. Parce que j’avais envie de leur faire faire des trucs un peu plus corrosifs. Et que ce serait encore plus surprenant si cela venait de filles. Et pourquoi des jeunes et pas des adultes ? Car les jeunes vers l’âge de huit/dix ans ont une innocence qui est désarmante. Ils ne cachent pas leurs jeux et sont très directs. Et du coup, vis-à-vis des adultes qui, eux, cachent leurs jeux et ont un agenda caché, ils peuvent les ridiculiser facilement. Moi, je trouve qu’ils sont plus forts car ils découvrent tous tes secrets. Voilà, ce sont les deux clés de la BD. D’abord des filles parce que cela choque un peu plus et des enfants certainement parce que, dans leur naïveté, ils sont en train de créer un chaos énorme qui me plait.

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©Le Lombard/Nix

En regard des prix remportés par la série et la Rue de la Bourse à Bruxelles qui reçoit un deuxième nom – Rue Kinky & Cosy – regrettes-tu ton choix ?

Non ! Pas une seconde je n’ai retourné la tête pour regarder derrière moi. Jamais !

Á Angoulême, il y avait une expo intéressante et différente autour de la série. Elle a également été mise en place en Italie au Napoli Comicon. Quelle en est l’idée principale ?

En gros, je trouve cela toujours dommage de faire une expo avec des dessins. En fait, à Angoulême j’avais cent mètres carrés pour à peu près cinq milles personnes. Et on sait que les gens restent vingt minutes sur place car il y a des mesures à ce sujet. Á partir de là, je sais que j’ai cinq milles personnes qui vont être là pendant vingt minutes. Je ne vais pas les ennuyer avec des dessins encadrés. Il y a beaucoup plus de moyens que ça. Il y a le son, les trucs sensuels, le goût, l’image …. Tous les sens de l’humain que je peux utiliser en racontant le même humour qu’il y a dans la BD. Mais je ne vais pas me limiter aux dessins. Donc, au lieu de montrer le travail, les dessins de Kinky & Cosy, je vais transformer chaque visiteur en Kinky ou Cosy par un petit lavage de cerveau. L’histoire très raccourcie est qu’on dit aux gens : « Nous sommes certains que vous pouvez arriver plus loin dans la vie si vous nous permettez d’enlever votre éducation. Car c’est votre éducation qui vous empêche d’aller plus loin dans la vie. Et Kinky et Cosy ne sont pas embêtées par les bonnes manières, au contraire. On enlève votre éducation et on va installer les bonnes manières de Kinky & Cosy !»

C’est tout à fait dans l’esprit corrosif de la série !

Absolument ! On oblige alors les gens à mettre leur tête dans une machine à laver qui est soi-disant un « Lavo-cervomatic » et après on leur donne un bonbon de connaissance à manger pour avoir les bonnes manières. Enfin, c’est un truc hyper interactif avec des animations, de la robotique, des trucs sensitifs et des jeux vidéo mais aucun dessin sur papier.

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©Le Lombard/Nix

Pourquoi affectionnes-tu le format strip plus particulièrement pour la BD ? Une habitude que tu as prise ?

Oui, aussi ! Mais à la base c’est le plaisir de pouvoir travailler dans la presse. Que ce soit la télé, la radio, sur papier ou internet. D’avoir un public d’une centaine de milliers de personnes qui lisent leur journal de toute façon et de pouvoir jouer pour eux. Et de faire un truc grand public, enfin dans mon esprit. Il y a le côté papier qui pue un peu, qui dégage une certaine odeur. Et puis il y a le stress, la deadline. C’est cela qui me tente. Après si tu travailles pour un journal, il n’y a pas beaucoup d’espace et on est obligé de limiter le nombre de cases. Donc du coup, dans mon cas c’est trois cases avec un dessin qui est assez simplifié. Parce qu’en général, moins maintenant, mais avant c’était mal imprimé avec les couleurs qui étaient toutes décalées. On se limite dans les couleurs, dans le trait. Moi j’aime bien tout ce côté journal, quotidien parce qu’on a un public pour lequel on peut jouer. Après bien évidemment, il y a les recueils qui sortent chez Le Lombard.

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©Le Lombard/Nix

Pourquoi avoir accepté de faire ces deux intégrales justement (NDLR : format à l’italienne avec stickers, planches de jeu, …) ? Toi qui es «si peu conventionnel» !

Ça, c’est le mérite du Lombard qui a compris que la série ne pouvait pas être éditée dans un format classique et qu’il fallait faire plus avec. Qu’il fallait ajouter des éléments qui sortent du canevas. Tout est dans le même humour. C’est tout un univers à la base. Tu peux faire du théâtre avec des poupées, des dessins animés, des stickers … Il faut montrer la même histoire, le même humour mais en utilisant tous les moyens possibles. C’est un travail intelligent de créer un bel objet avec des stickers, des poupées. Autrement, juste récupérer les gags qui ont été faits dans un journal ce n’est pas intéressant. Trop simple. Il faut quand même respecter le public.

Le série animée Kinky & Cosy existe, peut-on imaginer qu’un long métrage voit le jour ?

Je vais d’abord devoir passer par les vingt/vingt-six minutes comme un épisode des Simpsons. Ce qui est déjà un exercice complètement différent en termes d’écriture et de psychologie des personnages. Parce que j’avoue que quand je n’ai que trois cases, je ne suis pas obligé d’expliquer quel est le boulot du personnage, son passé, qui sont ses parents et tout ça. Mais une fois que l’on commence à travailler sur une durée plus longue, on doit investir dans caractérisation des personnages. Il y a donc un peu de boulot. Et après, oui peut-être un long métrage. On ne sait jamais. (Rires)
Mine de rien avec les cinq cents épisodes de trente secondes que j’ai fait, j’arrive à une durée totale de deux longs métrages. (Rires)

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©Les Requins Marteaux/Nix

Il y a beaucoup d’influences dans tes sketches. On peut citer les Monty Python, South Park, Les Simpsons.

Il y a surtout du Monty Python, un peu de Kamagurka aussi et un peu de Van Cotton and the Bid, un comédien hollandais. J’ai la chance d’avoir grandi dans un tout petit pays et donc on a beaucoup d’influences de l’étranger. Cela vient de la France, de l’Angleterre, de la Hollande ou de l’Allemagne. On mange, on absorbe tout ce que l’on voit à la télé, que l’on reçoit dans les mains. Effectivement, Monty Python est une de mes grandes influences. Quand j’avais quatorze ans et que j’ai vu cela, je me suis dit : «C’est tellement génial !» Tu joues un débile et tu es payé pour ça. (Rires)

D’autres projets dans l’avenir qui seraient différents de Kinky & Cosy ?

Pas pour le moment. La seule chose un peu limite avec Kinky & Cosy, ce sont toujours les blagues corrosives. Donc du coup pas assez ouvertes aux enfants. Mine de rien je suis publié dans des journaux pour enfants mais je me limite, je me censure un peu moi-même. Donc la série que j’ai faite pour Spirou, Billy Bob, j’avoue que c’est une liberté quand même. Même en me restreignant, c’est une liberté car il n’y a pas de plus grand plaisir que de dessiner pour les enfants. Quand j’ai des enfants de dix/douze ans qui viennent en dédicaces, c’est le plus grand plaisir que je peux avoir. Je me vois dans ces enfants, les yeux ouverts et fascinés par le dessin. Ils sont très attentifs. On devient moins attentif quand on est adulte.

Merci Nix d’avoir répondu à nos questions.

Avec Plaisir !

Propos recueillis par Stéphane Girardot.

Interview réalisée le 11 avril 2015.

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Rédacteur / Secrétaire / Community Manager

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