Dans la bulle de… JackPot et Soyouz

La Ribambulle était au Festival de BD d’Igny les 10 et 11 mars 2018. Au gré des retrouvailles et des rencontres, une a attiré notre attention. Deux drôles de dames, JackPot et Soyouz, sont venues présenter entre autres leur webcomic Jo, un western classique avec un brin de fantastique, de science-fiction, une énorme touche d’originalité et un humour savoureux. Sorti en version papier, nous avons voulu en savoir plus…

Pour commencer, pouvez-vous nous raconter l’origine de vos pseudos, Soyouz et JackPot ?

JackPot : C’est une très vieille histoire absolument irracontable et bien trop personnelle. Je dirais juste que ça n’a aucun rapport avec la chance ou les jeux d’argent et que je n’ai jamais mis les pieds dans un casino.

Soyouz : Les fusées, c’est cool ! Alors j’ai pris le nom d’une fusée.

Maintenant on aimerait en savoir un peu plus sur l’origine de votre collaboration et la création du webcomic Jo, qui n’en est plus tout à fait un puisque vous avez édité sur papier les deux premiers volumes.

J : J’ai créé le personnage de Jo il y a plus de quinze ans, alors que j’ignorais l’existence même du concept de webcomic. Pour diverses raisons, elle est restée très longtemps au fond d’un tiroir dans un coin de ma tête sans que je sache trop quoi en faire. Ce n’est qu’en 2011 que je l’en ai ressortie un peu par hasard et, en me remettant à la dessiner, j’ai commencé à avoir quelques idées. Comme je ne me sentais pas capable d’écrire un scénario toute seule et que j’aime bien le travail en équipe, j’ai proposé le pitch à Soyouz que je connaissais depuis quelques années via internet et le fanzinat. Elle a aussitôt accepté de se charger de l’écriture. Le format du webcomic s’est imposé de lui-même, pour la liberté, la flexibilité artistique et la simplicité de diffusion.

Soyouz, qu’est-ce qui t’a séduit dans ce projet que te proposait Jack ?

S : Mes projets personnels, que ce soit seule ou avec d’autres personnes, sont très souvent destinés à un public de niche et pas vraiment tout public. Le projet de JackPot m’a séduite non seulement parce qu’il m’a inspirée directement (Far West et extraterrestres, comment ne pas être immédiatement emballée ?!), mais aussi parce que c’était un défi intéressant de n’être qu’au scénario et de faire une histoire tout public (que je pourrai montrer à ma famille !).

Dans les deux premiers opus, les personnages féminins tiennent la quasi exclusivité du casting, reléguant la gente masculine au second plan. Que pouvez-vous nous dire sur ce parti pris ?

J : Il est intéressant de constater ce que le simple fait de se poser cette question révèle sur la représentation des personnages féminins dans la fiction en général…

S : S’il n’y avait eu que des personnages masculins, vous ne nous auriez pas posé la question.

Jo est un webcomic pour lequel vous produisez un épisode tous les 15 jours sur votre site. N’est-ce pas contraignant de s’imposer ce genre de rythme ?

J : Si, ça l’est beaucoup ! À la base, nous avons voulu nous aligner sur le rythme de publication “standard” des webcomics que nous connaissions qui est d’une à deux pages par semaine. Cela représente déjà beaucoup de travail. Mais comme notre format est différent, en réalité cela n’était pas franchement équivalent. Nous avons tenu ce rythme pendant quatre ans ! Au fur et à mesure que l’histoire se développait et prenait de l’ampleur, les épisodes réclamaient de plus en plus de temps et de travail. Cela m’a littéralement épuisée. Nous avons donc pris la décision l’année dernière de ne plus faire qu’un épisode par mois, ce qui est nettement plus vivable !

S : Très. Personnellement je travaille assez difficilement sans contrainte mais pas non plus hyper bien avec, quand elles sont trop présentes. Avoir un cadre est pas mal mais je suis souvent tentée de vouloir le tordre selon mon humeur. Du coup passer à un strip par mois est mieux pour tout le monde : soulager ma dessinatrice et me laisser le temps de digérer mes idées !

Jo, sous sa forme webcomic, est traduit en anglais et en russe. Comment expliquez-vous cet engouement à l’étranger pour votre série ? Avez-vous travaillé spécialement à son exportation ?

J : Absolument pas, c’est un hasard complet ! Un beau jour, j’ai été contactée par un lecteur sur Deviantart qui me proposait de traduire et diffuser Jo pour le public russe et ça s’est fait comme ça !

S : Ma seule explication est que la Russie n’importe pas beaucoup de contenus étrangers. Les Russes sont très demandeurs et curieux mais beaucoup ne maîtrisent pas l’anglais. Et puis ils sont aussi très nombreux.

Vous tentez donc l’autoédition avec Jo. Votre objectif personnel est-il de vous faire remarquer par une maison d’édition afin de proposer d’autres projets ou cette aventure mise avant tout sur le plaisir sans prise de tête ?

S : Le monde de l’édition professionnelle ne me fait vraiment pas rêver. Je préfère faire mes projets dans mon coin, à mon rythme, pour être certaine de pouvoir raconter les histoires que je veux, comme je veux. D’ailleurs, j’encourage quiconque souhaite se lancer dans des projets de les faire et de les partager sans chercher la professionnalisation à tout prix. La publication ne fait ni la qualité, ni la légitimité !

J : Exactement. J’ajouterais seulement que travailler dans le dessin animé comme nous le faisons est une bien meilleure situation qu’auteur de BD édité. Donc nous n’aurions vraiment rien à gagner à nous lancer là-dedans.

S : Exactement ! L’intermittence, malgré ses défauts, me permet de pouvoir avoir le luxe de prendre le temps pour mes projets personnels entre deux productions.

JackPot, tu dessines parfois en public via le site de streaming twitch.tv. Peux-tu nous dire en quoi cela consiste ?

J : Le streaming est aujourd’hui plutôt connu pour les jeux vidéo, mais les artistes font du dessin en direct depuis bien avant l’essor d’une plate-forme comme Twitch. Dessiner est une activité solitaire et le faire parfois en public permet de se créer une ambiance de travail conviviale, de discuter avec les spectateurs et d’animer un peu sa communauté de followers. C’est intéressant aussi de voir comment sont faites les œuvres qu’on ne découvre habituellement que terminées.

Vous avez présenté les deux tomes de Jo au dernier festival BD d’Igny, quel est désormais votre programme pour cette année ?

J : Nous avons participé également à l’événement “Bar’zines” à Montreuil le 29 avril et nous serons à la Japan Expo début juillet. Venez nous voir !

Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Propos recueillis par Nicolas Vadeau et Geoffray Girard

Interview réalisée le 23 avril 2018

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