Dans la bulle de… Callixte

Par | le 7 juin 2017 |

Présent au 45ème meeting aérien de la Ferté Alais, Callixte y présentait en avant-première le troisième opus de Gilles Durance. Nous en avons profité pour en savoir un peu plus sur sa série et plus particulièrement sur cette nouveauté. Rencontre.

2017 © La Ribambulle

Le troisième tome de Gilles Durance mettra en lumière le Concorde mais surtout la conception de sa copie soviétique, le Tupolev 144. Comment choisis-tu les appareils qui font vivre ta série ?

En fait, ce n’est pas l’appareil que je choisis, mais c’est plutôt l’année où évoluent les personnages qui détermine l’appareil à l’honneur. Une fois que j’ai choisi l’année, je recherche tous les événements aéronautiques marquants qui se sont déroulés pendant celle-ci. L’événement incontournable de fin 1968 – début 1969, c’est justement cette course au vol supersonique entre les Russes et les Français qui était vraiment le plus intéressant au niveau espionnage. Ce sont donc le Concorde et le Tupolev 144, qui ont marqué bien des générations, que l’on retrouve dans cette nouvelle aventure de Gilles Durance.

Si chaque tome de la série peut être lu indépendamment, bien qu’il y ait une continuité dans l’évolution des personnages, ce troisième opus marque un tournant dans la série. En effet, il semble que tu sois parti cette fois-ci sur un diptyque.

Ce ne sera pas tout à fait un diptyque, même si j’ai essayé de donner une continuité plus immédiate entre le troisième et le quatrième tome au niveau de l’histoire des personnages, mais par contre l’intrigue se conclut bien à la fin du tome 3. Pour moi, le scénario est terminé quand on achève ce que l’on raconte autour de l’avion. Cela signifie que pour le prochain album on découvrira un nouvel avion, ce qui est pour moi une autre histoire même si le cliffhanger en fin de tome 3 confirme que nous n’en avons pas terminé avec les Soviétiques…

© Paquet

Peut-on savoir quel appareil tu comptes mettre en lumière dans le tome 4 ?

J’ai choisi de mettre en scène un Mig et on va se retrouver dans un conflit entre les aviations chinoise et soviétique qui utilisent quasiment les mêmes types d’avions, tous des appareils conçus en collaboration. Le conflit entre ces deux nations que je raconterai se déroulera sur le fleuve Oussouri, dans le nord-est de la Chine.

Chaque histoire est ponctuée d’anecdotes et de faits réels, c’est l’identité que tu souhaitais donner à la série. Les années passent pour tes héros, as-tu déjà prévu un nombre de tomes maximum pour Gilles Durance ?

Je n’ai pas de limites, le fait d’avoir une histoire complète à chaque album me permet d’être totalement libre là-dessus et de pouvoir en faire tant que j’ai des idées et tant que j’ai envie de le faire. Si jamais un jour je souhaite m’arrêter pour faire autre chose ou intercaler une autre série au milieu le temps de prendre le temps de la réflexion, le lecteur ne sera pas en reste et c’est tout l’intérêt de la chose.

Ne risques-tu pas d’être limité malgré tout du fait de l’avancée dans le temps et donc de l’âge de tes personnages ?

Effectivement, aujourd’hui en BD ce n’est plus vraiment possible de faire évoluer un personnage sur plusieurs décennies sans qu’il prenne une ride, c’était d’ailleurs assez rigolo de voir ça dans les années 60. Les lecteurs ont désormais d’autres attentes, donc mes personnages vont vieillir mais par contre cela ne m’interdit pas de revenir sur certaines périodes de leur vie avec du flash-back. Cela offre bon nombre de possibilités et l’idée est d’amener dans la collection Cockpit une série qui se décline sur une cinquantaine d’albums comme on peut le voir avec la série Buck Danny. Il manque actuellement une grande saga dans la collection, nous allons essayer d’y remédier.

© Paquet

Réaliser une saga correspond à un de tes objectifs de carrière, on pourrait même parler de rêve en quelque sorte ?

C’est le type de séries avec lesquelles j’ai grandi, j’ai vécu avec de la série franco-belge, avec du Johan et Pirlouit, du Spirou, du Buck Danny et toutes ces séries qui se sont déclinées en de nombreux albums. Même aujourd’hui au niveau des séries TV et au cinéma, c’est le format que je préfère. C’est à la mode d’opter pour des formats où l’on prend le temps de raconter des choses et de les développer sur la durée et cela me convient tout à fait.

Que pensent les spécialistes d’aviation, qui sont des lecteurs assidus de la collection Cockpit, de ta série ?

Ils sont assez accueillants vis-à-vis du parti pris de montrer un peu de l’aviation civile et l’espionnage, qui change un peu du militaire qu’ils ont l’habitude de voir. Sur le plan technique, ils sont très pointilleux et beaucoup plus au courant que moi de certaines choses. Je prends parfois quelques retours compliqués et déstabilisants parce que je jongle toujours entre cet aspect technique très compliqué qui me demande beaucoup de recherches et l’aspect aventure qui me permet d’amener l’aviation au grand public. Mon objectif au départ n’était pas de faire de la BD uniquement pour les spécialistes mais plutôt pour le grand public, on ne trouvera pas d’encart technique dans mes albums.

En parallèle de Gilles Durance, tu colorises le nouvel opus des Enquêtes auto de Margot. Tu es actuellement en train de t’occuper du cinquième tome, tu confirmes ?

Effectivement, je prends des petits contrats de couleurs comme celui-là, cela me permet entre deux albums d’avoir le temps d’écrire le prochain scénario de ma série, de faire des recherches et également de souffler un peu au niveau du dessin. Comme Gilles Durance est une série historique, je passe énormément de temps sur la recherche documentaire. Par exemple, pour Catalina mon amour, avant d’écrire la moindre ligne ça m’a demandé quatre mois et demi, cela m’oblige à trouver ces boulots de coloriste à côté.

© Paquet

Toi qui est féru de reconstitution médiévale, cela ne t’a jamais intéressé de réaliser une série sur ce thème ?

Cela pourrait me plaire mais c’est encore plus pointilleux que l’aviation, c’est un milieu dans lequel je suis très impliqué, sachant que ma femme est costumière historique en plus, et c’est un petit milieu où les gens sont très critiques. Du coup, c’est assez compliqué d’entrer dans ce jeu-là. A la limite, si je devais le faire, j’irais plutôt vers le fantastique comme Etienne Willem le fait très bien, lui qui est également reconstituteur historique et s’y connaît très très bien sur les périodes du Moyen-Âge et de l’Antiquité. Je franchirais certainement le pas un jour car il y a tout plein de choses intéressantes à raconter sur le sujet.

Merci Callixte d’avoir répondu à nos questions.

Propos recueillis par Nicolas Vadeau.

Interview réalisée le 3 juin 2017.

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