Dans la bulle de… Arno Monin

Par | le 22 mars 2016 |

C’est dans le cadre du festival « Bulles de Sèvres » que nous avons eu le plaisir d’interviewer Arno Monin, dessinateur de L’Envolée sauvage, L’Enfant maudit et Merci, chez Grand Angle.

2016©La Ribambulle

2016 © La Ribambulle

Bonjour Arno. Tout d’abord, merci de nous accorder cette interview pour le site. Après tes études en école d’arts appliqués, a-t-il été facile de se faire un nom dans l’univers de la bande dessinée ?

J’ai commencé une formation dans une école d’art appliqué à Nantes pour acquérir de bonnes bases de dessin, ainsi qu’une initiation en bande dessinée et dessin animé. J’en suis parti plus tôt que prévu, en cours de deuxième année, et je me suis donc mis a monter un dossier BD autour d’un univers personnel. Une sorte de conte poétique. Le fait de travailler chez moi m’a fait gagner du temps pour la suite parce qu’en fait, c’est la réalité du métier : on travaille la plupart du temps chez soi, on évolue en autonomie. Je suis donc allé présenter mon projet directement aux éditeurs sur les salons comme Quai des Bulles, à Saint-Malo, ou Angoulême. Les retours étaient plutôt encourageants. Grâce à leur regard, j’ai pu retravailler mes planches. Je précise qu’il n’était pas question de contrat directement, il s’agissait de conseils cédés par courtoisie. C’était toujours un pas de plus !

© Grand Angle/Bamboo

© Grand Angle/Bamboo

Gros travail personnel, alors ?

Voilà, oui. Je pense que cette autonomie est une qualité très répandue chez les auteurs, parce qu’on y trouve beaucoup d’autodidactes.

Comment entre-t-on en contact avec Laurent Galandon, comme scénariste ?

En fait, je n’ai jamais présenté mes projets chez Grand Angle sur les salons puisqu’il n’y étaient pas présents à ce moment-là. J’avais, et j’ai toujours (sourires), un ami qui avait signé son premier album avec eux, et il m’a donc conseillé de contacter leur directeur de collection, Hervé Richez. Mon coup de crayon l’intéressait. Il me proposa donc de me faire suivre à l’occasion quelques scénarios afin de voir si nous pouvions trouver un terrain d’entente.

C’est donc une alchimie entre le scénariste et le dessinateur ?

Ça, on le découvre aux planches d’essai, en fait. J’ai donc reçu trois histoires. Il se trouve qu’elles étaient d’un univers très différent pour moi. Mes projets au début, c’était plutôt dans un univers fantastique, poétique. Du coup, ce n’était plus du tout dans ma lignée et je me suis demandé si je pourrais aborder ces thématiques. Au final, cela m’a semblé une bonne histoire, et une bonne opportunité de mettre un pied dans ce monde. L’Envolée sauvage était la première histoire de Laurent Galandon, et il ne l’avait déposé que depuis quelques mois, me semble-t-il. J’ai appris par la suite qu’il avait fait quelques dessins d’essai avec d’autres dessinateurs (sourires). Ce qui arrive relativement régulièrement en fait. La sauce ne prend pas toujours. Il m’est arrivé de voir en librairie des livres pour lequel j’avais fait des essais. C’est plutôt amusant au final.

Trouves-tu que le dessin d’Hamo sur le deuxième cycle correspond à l’esprit de la série ? Aurais-tu aimé les réaliser ?

Le deuxième cycle m’a été proposé pendant que j’étais sur L’Enfant maudit. C’était la décision de l’éditeur de continuer la série après le succès du premier cycle, et Laurent Galandon avait en tête de quoi faire rebondir habilement cette histoire. Continuer aurait voulu dire pour moi rester deux ans de plus dans son sillon, il me semblait important de manifester mes envies d’ouverture en terme de projets. Ainsi le contexte « contemporain » mâtiné d’humour abordé avec Zidrou, a plutôt bien ouvert le jeu. Le ton influence le dessin et permet d’explorer des variantes de ce qu’on peut proposer.

A ce propos, on te voit plus souvent désormais sur un univers contemporain, proche du roman graphique. Est ce une marque de sensibilité de ta part, une ligne d’écriture volontaire ?

© 2014 Editions Bamboo

© 2014 Editions Bamboo

Avec L’Envolée sauvage, on est plus sur de l’historique romancé, alors que Merci est un récit contemporain. Peut-être que le point commun est la poésie que Laurent et Benoît ont mis dans leur angle d’approche. Si je travaille avec quelqu’un d’autre par la suite, je ne serais pas étonné de retrouver cet aspect. La poésie me parle beaucoup, elle apporte un regard un peu décalé sur les choses. Loin d’esquiver les sujets, elle propose des images fortes qui marquent nos inconscients.

Quelles ont été tes modèles, tes influences ?

Je ne suis pas un gros « technicien » du dessin. Quand, étudiant, j’essayais d’apprendre des codes, cela ne se faisait pas de façon radicale, mécanique. J’y allais dans les grandes lignes. A cette époque, j’adulais tout ce qui touchait au dessin d’animation, je traquais les artbooks. J’adorais ce coté « patchwork » de recherches, mélange de numérique, crayonné à la mine de plomb… Parmi mes grosses impressions en bande dessinée, il y a eu Cyril Pedrosa, je me souviens de l’impact de Ring Circus dans notre classe d’étudiant BD, et aussi il y a eu Frédérik Peeters que j’ai abordé par Koma, puis par Lupus et au final toute sa bibliothèque a suivi, de même pour Blutch, Blain, Matthieu Bonhomme… Il y a beaucoup de très bonnes choses à lire, Dieu merci ! Je lis somme toute assez peu de bande dessinée, je suis très branché ciné, musique, et lectures de « vrais » livres (rions bien sûr). Tout ça nourrit le travail, à commencer par la vie d’ailleurs en première ligne. J’ai entendu récemment une belle réponse à cette question « Quelles sont vos influences ? », question posée à Jeff Buckley, réponse : « love, anger, depression, joy, and dreams … and Zeppelin ! » Tout est dit !

Pourriez- vous nous parler de votre prochain album, L’Adoption ?

L’Adoption est un projet en deux tomes, scénarisé par Zidrou. J’ai vraiment hâte de voir ce que l’album va donner sur papier, car pour l’instant, tout s’est fait en numérique ou avec des tirages « maison ». Donc on ne sait pas exactement ce que ça donne tant qu’on n’a pas le livre dans les mains. J’ai quitté pour ce projet pas mal de vieilles habitudes, techniquement le noir et blanc, la couleur en aplat, tout ce qui pouvait me sembler trop laborieux, à mon niveaux. Plus de fun, en gros ! En tout cas, je me suis vraiment éclaté lors de sa réalisation, vraiment. C’était plaisant de mettre en scène ce duo si contrasté, cette petite crevette quasi muette et ce vieux géant bourru aux épaules rouillées. Actuellement, je suis sur le deuxième tome, que je pense (et dois ! Ha ha ha) avoir fini pour la fin de l’été. L’histoire est plus dense que ce que nous avions pu proposer avec Merci. Elle s’adresse également à un plus large public.

Merci, Arno, d’avoir répondu à nos questions.

Propos recueillis par Joël Leroy.

Interview réalisée le 6 mars 2016.

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