Dans la bulle de… Olivier Dauger

Olivier Dauger était au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 2018. Son dernier ouvrage, Miss Marple – Un Cadavre dans la bibliothèque, lance, avec deux autres titres, la nouvelle collection des éditions Paquet, Agatha Christie. La Ribambulle a de nouveau rencontré cet auteur aux multiples facettes.

2018 © La Ribambulle

Bonjour Olivier. Quelle a été ta motivation pour démarrer cette nouvelle collection ? Était-ce un challenge ?

Je ne l’ai pas vécu comme un challenge, on me l’a proposé. André Taymans (NDRL : l’auteur de Caroline Baldwin entre autres) m’a contacté un jour en m’informant que Pierre Paquet venait d’acheter les droits de l’œuvre d’Agatha Christie et cherchait à constituer une équipe de dessinateurs et de scénaristes. Il m’a demandé ainsi si cela pouvait m’intéresser de participer à ce projet. J’ai accepté tout de suite pour plusieurs raisons. D’abord, j’aime l’univers d’Agatha Christie, son côté britannique, très old style et rétro. Ensuite, j’aime dessiner des histoires qui se déroulent dans les années 1930, 1940, 1950, faire des recherches et en reconstituer les époques et cls décors si spécifiques. Que ce soit l’aviation dans les années 1930, 1940 ou Agatha Christie dans les années 1950, 1960, le challenge technique et graphique reste le même. Mais c’est avant tout l’univers d’Agatha Christie qui m’attirait. Ce n’était pas un challenge. C’était un plaisir.

Tu reprends une histoire de Miss Marple. T’a-t-on imposé ce personnage ou as-tu pu choisir entre Hercule Poirot, les Beresford et elle ?

Non, en fait Hercule Poirot avait déjà été choisi par Chaiko. Il restait Miss Marple et les Beresford. Et très franchement, commercialement, Miss Marple est plus connue que les Beresford. Alors je me suis dit, soyons pragmatique, prenons le plus connu où il y a beaucoup de titres.

© Paquet

As-tu déjà rencontré des lecteurs qui te suivent plus pour ton travail que pour l’aviation elle-même ?

Oui. Je n’ai pu faire que quelques séances de dédicaces depuis que Miss Marple est sorti. On retrouve finalement les amateurs de BD qui achètent un peu de tout, ceux qui apprécient la ligne claire, ceux qui me connaissent, ceux qui apprécient Miss Marple. Mais je me suis rendu compte qu’il y a eu beaucoup de gens qui n’avaient pas du tout acheté mes BD sur l’aviation et qui sont venus uniquement parce que c’était Agatha Christie. Et là ça fait plaisir parce qu’il y a eu beaucoup plus de femmes, contrairement aux hommes qui viennent plus pour l’aviation. Donc depuis que cet album est sorti, j’ai de nouveaux lecteurs, des lecteurs qui me connaissent et qui connaissent l’aviation et je sais qu’il y en a qui ne viendront pas me voir car ils ne sont pas intéressés.

Pense-tu que les lecteurs qui viennent pour Agatha Christie seraient tentés de découvrir tes précédents albums ?

Aucune idée. J’ai vu des gens qui n’étaient pas forcément intéressés par Agatha Christie ni par les BD. Et pourtant, il y a eu beaucoup d’achat. D’autant plus que la BD est sortie au moment des fêtes de fin d’année. Donc il y a eu beaucoup de ventes avant Noël pour offrir à des amateurs d’Agatha Christie. Et il y en a beaucoup ! C’est intergénérationnel !

Sais-tu si d’autres titres sont prévus pour cette collection ?

Les droits coûtent assez cher donc l’idée, quand tu investis là-dedans, c’est que tu ne fais pas ça pour un ou trois titres. Il faut aussi quelques mois de recul pour se rendre compte du potentiel des ventes. Maintenant, en ce qui me concerne avec mon scénariste, Dominique Ziegler, nous avons lu et choisi un deuxième livre prêt à être adapté. Ce serait un Miss Marple car je ne m’occupe avec le scénariste que de Miss Marple mais je ne peux pas en dire plus…

Le fait que vous ne vous occupiez que de Miss Marple avec Dominique Ziegler, cela permet-il une continuité graphique ?

C’est plus qu’une continuité graphique. Étant amenés à faire plusieurs albums, nous avons la volonté avec le scénariste de développer des relations intéressantes entre les protagonistes. La relation entre Miss Marple et les policiers doit se construire. Les policiers sont souvent condescendants. Finalement, comme ils ne se débrouillent pas très bien, elle les aide. Ils sont donc bien forcés de reconnaître qu’elle est utile. Et ça, ça les embête. C’est cette relation amicale, pesante pour les uns et les autres, qu’on aimerait développer. Et pour cela, il faut plusieurs albums. C’est agréable que, d’album en album, le lecteur soit complice de ces relations conflictuelles et amusantes. Il connaît les personnages, il connaît leurs faiblesses, leur potentiel et il est content de les voir réagir de telles manières.

© Paquet

En tout cas, il faut un certain temps pour faire un album. S’il faut attendre les résultats des ventes pour continuer la collection Agatha Christie, as-tu fait d’autres projets en attendant ?

Je suis en train de finir un album pour la collection Cockpit avec Didier Quella-Guyot. Il sortira au mois de mai. Ce sera un one-shot, une biographie d’un pilote mort en 1944. Ensuite, j’attaque une nouvelle série d’aviation dont je ne peux parler encore parce que c’est tout nouveau. Et après le premier tome de cette nouvelle série, il y aura peut-être le tome 2 de Miss Marple.

Après Philippe Pinard avec qui tu as fait de nombreux albums, tu travailles désormais avec un nouveau scénariste pour Miss Marple.

Avec Philippe Pinard, j’ai fait Ciel en Ruine, Zone Rouge et Ciel de Guerre, soit onze albums. Pour Miss Marple, j’ai travaillé avec le suisse Dominique Ziegler. Il est auteur de pièces de théâtre, comédien, metteur en scène, dramaturge. C’est un mec super sympa, qui n’avait jamais fait de BD avant.

Comment en es-tu venu à travailler avec lui ?

Dominique Ziegler est assez connu en Suisse. Il était client d’une librairie Paquet en Suisse. Un jour, Pierre Paquet, qui connaît le travail de Dominique en tant que metteur en scène et auteur de pièces de théâtre, lui propose de travailler sur une nouvelle collection dont il venait d’acheter les droits, Agatha Christie. Dominique est fan de BD et encore plus d’Agatha Christie. Il a accepté.

© Paquet

Cette adaptation BD d’Un cadavre dans la bibliothèque correspond-il à la période chronologique du roman ?

Le roman se passe dans les années 1940 normalement. Dominique l’a transposé dans les années 1960. Il aime beaucoup la musique des années 1960 et cet univers rock. Il voulait que ce soit dans les années 1960.

Par rapport aux romans, les prochaines adaptations se feront-elles dans l’ordre ?

Non. D’ailleurs, Un cadavre dans la bibliothèque n’est pas le premier des romans sur Miss Marple. Au départ, Pierre Paquet avait envie de les faire chronologiquement mais c’est trop contraignant. Il faut que le roman s’y prête.

Comment avez-vous choisi le roman à adapter ? Était-ce un choix commun ?

Si le roman est en huis-clos, cela ne fonctionne pas bien en BD. Pierre m’a proposé des livres. J’en ai lu. J’ai lu ceux qu’il avait sélectionnés. D’ailleurs, le premier roman que l’on voulait adapter au départ a été mis de côté et sera peut-être le deuxième que l’on adaptera. Cette fois-ci, l’histoire se passera à Londres, ce qui est intéressant car ce sera avec d’autres policiers et Miss Marple. Du coup, les prochaines adaptations qui se passeront à la campagne seront avec les policiers d’Un cadavre dans la bibliothèque et celles qui auront lieu à Londres seront avec les autres policiers. Il y aura donc des relations et des caractères différents. Ce sera intéressant à faire. Graphiquement, les décors seront très différents. Londres dans les années 1960, il y a de quoi s’éclater. C’est assez enthousiasmant.

© Paquet

Cela n’a-t-il pas choqué les fans d’avoir transposé les aventures d’Agatha Christie à une autre époque que celle des romans ?

Les Petits Meurtres d’Agatha Christie sur France 2, c’est un mix de plein de choses, c’est une libre adaptation. C’est l’avantage de l’œuvre de la romancière, tu peux le faire. Il y a d’autres auteurs où c’est totalement interdit, tu ne peux pas jouer avec leurs scénarios. Contrairement à Agatha Christie où tu peux prendre deux ou trois romans différents et les mélanger pour en faire une histoire. Les ayants-droits le permettent.

Pour toi, quel serait le crime parfait ?

Quand tu te penches dans l’univers d’Agatha Christie, il n’y a pas de crime parfait parce qu’il y a toujours un Belge ou une petite vieille qui va réussir à résoudre le crime. Mais pour répondre à ta question, je n’en sais rien du tout !

Merci Olivier d’avoir répondu à nos questions.

Propos recueillis par Geoffray Girard et Nicolas Vadeau

Interview réalisé le 25 janvier 2018

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