Dans la bulle de… Jef

Par | le 30 janvier 2018 |

Voici venu le temps de la septième et dernière entrevue réalisée par votre serviteur à Saint-Malo en compagnie de Jef. On ne présente plus le dessinateur qui, avec son compère Matz, a déjà marqué de son empreinte le 9ème Art. Nous l’avons rencontré pour parler, dans une ambiance décontractée de fin de journée, de son album sorti chez Le Lombard et scénarisé par le duo composé de Stephen Desberg et Claude MoniquetDeux hommes en guerre. Une rencontre où la langue de bois n’est pas de mise !

2017 © La Ribambulle

Bonjour Jef. Lorsque l’on parle de toi, on pense de suite à Matz. Et vice-versa ! C’est donc une surprise de te retrouver aux côtés de quelqu’un d’autre que lui !

Je fais des infidélités ! (Rires)

Et non des moindres car Deux hommes en guerre est le fruit d’une association avec Stephen Desberg en duo avec Claude Moniquet. Comment s’est déroulée votre rencontre ?

Cela s’est fait sur internet et les réseaux sociaux en fait. Sur Facebook. J’avais eu un premier contact avec Hugues Labiano, qui travaille avec Stephen Desberg depuis pas mal de temps déjà, et lui avait un projet perso qu’il voulait écrire, son deuxième scénario. Il m’a donc contacté sur Facebook pour monter un one shot ensemble. Finalement, le scénario n’a pas été validé par l’éditeur pour des raisons diverses et nous n’avons pas pu le faire. Du coup, les gens du Lombard m’ont récupéré. Et par ce biais-là, ils m’ont proposé un projet : Deux hommes en guerre, avec Stephen. Cela a été un peu au détriment de notre pauvre Hugues que je salue et que j’aime beaucoup. Et qui ne nous en veut pas par ailleurs ! C’est normal car des fois les projets ne se font pas. Ce sont des choses qui arrivent. C’est donc comme cela que l’on s’est rencontré avec le Lombard et Stephen Desberg… grâce à Hugues.

© Le Lombard

Est-ce le fait que l’histoire soit basée sur des faits réels qui t’a attiré ? Rappelons que l’histoire est le reflet de l’expérience de Claude Moniquet. Et, comme souvent avec Stephen Desberg, elle anticipe l’actualité et la loi de moralisation de la vie politique voulue par Emmanuel Macron.

Ce qui m’a le plus attiré à la base, c’est Stephen et le Lombard. Ce sont les deux choses qui m’ont vraiment intéressé. Stephen Desberg, par ce que c’est un grand nom de la BD franco-belge. Et bien évidemment Claude Moniquet, que je ne connaissais pas. Quand Stephen m’a parlé de lui, je trouvais cela très intéressant de rencontrer ce personnage parce que c’est un Monsieur qui a pas mal bourlingué. Ancien de la D.G.S.E., ancien espion… Je lui ai posé la question pour savoir ce qu’il pensait de ce terme, le mot espion, et il ne l’aime pas car il trouve que c’est un peu le côté romanesque de l’affaire. Ce n’est pas James Bond ! Les espions, c’est au cinéma. Lui, c’est un agent de terrain. Je pense qu’il préfère ce terme. C’est un mec très intéressant. Et l’idée de faire un thriller financier, géopolitique et réaliste avec des événements qui relatent des faits qui ont pu exister – qui n’ont pas existé mais qui sont en corrélation avec ce qui a pu vraiment se passer – était intéressante. Entre les affaires d’hélicoptères, la politique et les malversations, il y a une base de vérité. On peut tout à fait s’imaginer les malversations, tout cet argent qui circule dans les milieux industriel et politique. En plus, je connaissais un peu le terrain car j’avais fait 9/11 avec Jean-Claude Bartoll qui est un peu le pape du thriller géopolitique quand même. C’était donc un terrain que je connaissais et où j’avais tous les codes, l’esthétique, l’E.N.A. politique, les costumes, les véhicules. Donc tout cela me branchait bien !

Deux hommes en guerre – Page 6 © Le Lombard

Ta manière de travailler a-t-elle été la même qu’avec Matz, eu égard au fait que Claude co-scénarisait ici sa première BD ?

Techniquement, c’est pareil. Humainement, ce n’est pas pareil, bien sûr ! Matz et Stephen Desberg sont deux personnes différentes dans la vie. Mais au niveau du travail, de leur écriture, de la forme, c’est la même chose. C’est un scénario classique avec un découpage technique. Tout est expliqué correctement comme le fait Matz !

Comment t’organises-tu au niveau graphique dans ce cadre-là ?

Alors, il y a une « petite condition » – entre guillemets – que je mets quand je bosse avec ces mecs-là. Je leur dis que j’aime bien faire ma mise en scène. C’est-à-dire que, eux font leur découpage technique qui est effectivement très détaillé et très précis. Mais une fois que je suis dans le bain, que je suis en train de lire le scénario, que je suis en train de travailler sur les croquis et en train de faire la chose, souvent les scénaristes sont soit sur un autre projet, plus dedans ou sur le tome 2. Et je leur dit donc que je me permets de modifier les choses. Je ne modifie jamais les dialogues ni le texte, je ne me permettrais pas car ce n’est pas ma part du boulot. En plus, je ne saurais pas le faire de toute façon. Je me vois mal dire à Desberg : « Oui ton dialogue, là, j’aimerais le changer parce que… bon ! » (Rires) Par contre, je me permets de faire une seule case à la place de deux. Des fois, il y a un découpage en six cases. Eh bien des fois, je peux me permettre de n’en faire que deux. Voilà, je leur dit de me laisser faire la mise en scène. C’est un peu mon taf ! Nous les dessinateurs, on est un peu les metteurs en scène. En tout cas, Matz et Desberg sont ok avec ça et ils ne m’embêtent pas. Je ne fais pas de storyboard non plus. Et ça, ça peut faire peur… à certains éditeurs surtout. J’attaque direct. Parce qu’on fait un storyboard, après on redessine ce storyboard au propre et ensuite on passe la couleur dessus. Donc, j’ai l’impression de faire trois ou quatre fois le même bouquin. Et puis souvent, on soumet le storyboard au scénariste et à l’éditeur, et une fois qu’il est validé, c’est fini. Tu ne peux plus rien changer. Cela soulage certains et comme cela ils sont tranquilles. Mais moi, c’est une sorte de prison. Parce que si je fais mon storyboard, que tout est validé, et qu’à quatre heures du matin je regarde ma planche 20 et que je ne suis pas content de ce que j’ai fait, je suis obligé de contacter l’éditeur à nouveau. Et à quatre heures du matin, ce n’est pas toujours possible ! Et quand je suis dans le truc, j’ai envie de le faire. Alors, je fais le truc ! C’est vrai que je leur mets un peu le travail, le produit fini, sous le nez. Il faut dire que cela me dérange moins de faire des changements sur quelque chose de fini que sur des storyboards. Si une fois que tout est fini, on me demande de changer une case, eh bien je la change. Je ne suis pas réticent sur les modifications à ce stade-là.

© Rue de Sèvres, Paris

Avais-tu des contacts avec Claude Moniquet ou uniquement avec Stephen Desberg pour le scénario ?

Non, tout passait par Stephen. J’ai rencontré Claude Moniquet, bien sûr. On a mangé ensemble. D’ailleurs, on a plus parlé d’autres choses que du projet. Donc, ils se débrouillent entre eux. Un peu comme Matz et Walter Hill l’ont fait sur Balles perdues et Corps et âme. Matz connaissait bien Walter Hill. Pour mémoire, Walter Hill c’est un grand réalisateur américain qui a produit Alien, qui a réalisé 48 Heures, Double détente et moult films incroyables. Et notamment, il a écrit le scénario de Guet-apens pour Sam Peckinpah. Donc, Matz et Walter ont travaillé de manière très rapprochée pour sortir le scénario à partir du scénario du film. Moi, à ce niveau-là je n’avais pas mon mot à dire. Et pour Deux hommes en guerre, c’était la même chose.

J’ai remarqué que le personnage de Jeanne dans Deux hommes en guerre, qui a les yeux bleus, ressemble étrangement à Cindy, qui a les yeux verts dans La Traque réalisé avec Jean-Claude Bartoll. C’est une coïncidence ou c’est venu naturellement ?

Oui, c’est vrai. C’est venu naturellement mais c’est une histoire de forme, une histoire graphique encore une fois. Ce sont les cheveux en fait. Parce que les cheveux bruns frisés comme ça, c’est plus facile à dessiner. Quand on dessine un personnage féminin qui a beaucoup de cheveux, cela cache beaucoup de parties du visage ou d’autres du corps, comme le cou. Ce qui fait que c’est beaucoup plus facile à dessiner. Même en dédicace, c’est vachement plus sympa. Je fais souvent ce personnage pour les dédicaces. D’ailleurs dans Balles perdues, l’héroïne a un peu cette même coupe de cheveux. Pour les dédicaces, cela met une ampleur dans le dessin et c’est mieux que les cheveux raides tout lisses. C’est pour ça. Et je pense que j’ai aussi l’habitude de dessiner ce type de personnage. C’est un peu mon héroïne.

Deux hommes en guerre – Cases page 26 © Le Lombard

Deux hommes en guerre est sorti en septembre et Géronimo avec Matz en mars de cette année. Tu as mené de front la fin d’un projet et le début de l’autre ?

Oui, c’est ça. Comment j’ai fait ? Vu que je commence le travail d’un album par des recherches – c’est-à-dire que je vais sur internet, je fais des recherches iconographiques, de photos, et de documentations, un travail qui se fait donc sur ordinateur – je peux, par exemple quand je suis en train de finir des planches ou de dessiner, me mettre sur l’ordinateur le soir et faire les recherches pour l’album d’après. Ce ne sont pas les mêmes étapes. Au lieu de ne rien faire ou de regarder la télé – enfin, je n’ai pas de télé ! (Rires) – autant faire ces recherches. C’est par étapes. Et des fois elles se croisent mais comme ce ne sont pas les mêmes, ça va quoi !

© Rue de Sèvres, Paris

Tes albums sont assez variés : fiction, contemporain, adaptation de roman. On retrouve beaucoup d’expressivité dans les personnages, des gueules, et des cadrages cinématographiques assez percutants. Une marque de fabrique, une signature, à laquelle tu tiens ?

Oui. J’ai été longtemps fan de cinéma américain donc fatalement, je pense qu’il y a une influence. Mais j’essaye quand même de faire de la BD avant tout. C’est vrai aussi que les scénarios s’y prêtent assez. Les albums que j’ai faits avec Matz et Walter Hill, forcément, s’en ressentent. Walter Hill est réalisateur donc son découpage pour les films, et ensuite l’adaptation de Matz en BD, sont très cinématographiques. Puisqu’à la base ce sont des scénarios pour des films. Et puis aussi, pour faire plaisir à Walter avec des BD qui ressemblent aux films. Donc oui, il y a une influence du cinéma américain. Et un certain style de cinéma. J’aime beaucoup le cinéma américain mais celui du Nouvel Hollywood, c’est-à-dire le cinéma du Lauréat jusqu’à La Porte du paradis de Michael Cimino. La période 69-78 avec Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Sydney Lumet, Denis Hopper, etc. J’ai horreur des Star Wars, de ces films de super-héros, Wonder Truc, Spider Chose. C’est étrange parce que lorsque j’étais gamin, je ne regardais que des films d’horreur. J’étais à fond dans la science-fiction, Star Wars… Et là si tu veux, j’ai 43 ans depuis pas longtemps en fait, depuis quelques années j’essaye de continuer à regarder ces films – j’étais fan avant – mais au bout de vingt minutes, je n’y arrive plus. Ce ne sont plus des films qui m’influencent, qui m’intéressent.

Deux hommes en guerre – Page 23 © Le Lombard

Comment procèdes-tu pour ta mise en couleurs ? Tu fais cela à l’ordinateur ou de manière traditionnelle ?

Les deux. D’abord, je fais mon crayonné. En fait, chaque case de mes albums est sous format A4. Je n’ai pas de planches. Donc, format A4 en noir et blanc, traditionnel, sur du papier machine. Ensuite, je scanne, puis je photocopie ce dessin sur un papier à dessin et je fais la mise en couleurs sur cette copie-là. Mise en couleurs traditionnelle. Après, je scanne le dessin colorisé et ensuite, je retravaille sous Photoshop. Donc, c’est un mélange des deux.

Cela fonctionne bien car les ambiances lourdes sont bien rendues.

Merci. J’essaye bien sûr de mettre des ambiances. Je fais moi-même mes filtres. C’est-à-dire que je prends mon pinceau à aquarelle, je badigeonne une page d’orange – par exemple – et je la scanne pour m’en servir par la suite comme surimpression. Ce sont des filtres que je me fais moi-même. Les jaunes, les oranges, les bleus, je les fais moi-même. J’utilise peu de filtre Photoshop. Je n’aime pas trop les ambiances. Des fois, je rate un peu mon affaire et je fais une lumière avec Photoshop mais cela se voit un peu. Je n’aime pas trop quand l’informatique déborde trop sur le traditionnel. Je suis avant tout un dessinateur avant d’être un informaticien, c’est sûr, donc je fais du traditionnel et je m’amuse un peu sous Photoshop pour peaufiner le truc, rehausser les noirs.

Je suppose que tu bosses déjà sur la suite de Deux hommes en guerre. Stephen a déjà dû te donner ce qu’il faut…

Oui, il carbure !

Deux hommes en guerre – Cases page 29 © Le Lombard

Sans spoiler, tu peux nous en parler ?

Je ne pourrais même pas te spoiler parce que je n’ai pas encore lu la fin. En fait, Stephen m’avait envoyé les vingt premières pages et ensuite il est parti en voyage. Il m’a dit qu’à son retour, il m’enverrait la suite. J’ai donc commencé à bosser sur ces vingt premières planches sans connaitre la suite. Actuellement, j’ai reçu la suite de l’histoire mais je ne l’ai pas encore lue parce que j’ai du mal à lire un scénario. C’est bizarre, c’est très difficile de lire un scénario. Il y a toujours cet « intérieur nuit – case 1 – plan 1 » avec le dialogue. Ce n’est pas comme un livre. Donc, je découvre le scénario au moment où je le fais et je ne sais pas ce qui se passe à la fin du tome 2. Mais il y a de l’action, cela bouge pas mal.

Deux hommes en guerre – Case page 38 © Le Lombard

Et, je ne doute pas un instant que tu dois être sur autre chose en même temps !

Oui, j’enchaine, j’enchaine. Je suis sur un nouveau projet, chez le Lombard aussi. C’est un très, très gros truc. C’est un projet très important. Peut-être le projet le plus important de mon parcours. Cela va concerner l’Histoire de France sur un versant politique, et tout cela dans une narration, dans une fiction mais avec les personnages réels de l’Histoire. Ce sera en six tomes, deux par deux à chaque fois. On va englober en fait une partie de l’Histoire de France de 1945 à nos jours. On va passer par les années 68, les années Coluche, l’arrivée de Mitterrand au pouvoir, l’avènement de Jean-Marie Le Pen avec 5% dans les années 80, ensuite Marine Le Pen avec 30%, jusqu’à arriver à Emmanuel Macron. Et après, pourquoi pas – peut-être – aller jusqu’en 2022. Je ne sais pas encore exactement comment va finir le truc. La phrase en exergue de la chose est : « Comment en est-on arrivé là politiquement ? » Comment en est-on arrivé à ce stade après tous ces évènements des années 70, 80, etc, surtout mai 68 qui a beaucoup fait bouger l’Histoire de France. On est trois sur le coup. Moi, je suis le dessinateur et il y a deux scénaristes. Le scénariste principal, on va dire, celui qui écrit le tout, c’est Thomas Kotlarek. C’est mon meilleur ami. C’est quelqu’un avec qui j’ai déjà travaillé une fois. On a fait un album chez Des Ronds dans l’O qui s’appelle Flash ou le grand voyage tiré du roman de Charles Duchaussois qui est sorti en 1971. On a donc fait cet album, ce tome 1. D’ailleurs, le tome 2, ce n’est pas moi qui vais le faire mais Joël Alessandra pour la petite info. Et il y a donc une troisième personne qui vient se rajouter à ce projet mais, pour l’instant je ne peux pas en donner le nom. Ce n’est pas quelqu’un vient de la BD mais une personne très célèbre dans ce pays. Un grand philosophe français que j’ai moi-même démarché et qui intervient presque comme Claude Moniquet dans Deux hommes en guerre. Il vient donner sa propre vision de l’Histoire de France, de ces époques-là. C’est quelqu’un de très important qui passe beaucoup dans les médias, qui a écrit des centaines d’ouvrages et qui aime beaucoup la BD. Il en a d’ailleurs fait une fois en tant que scénariste. Voilà ! Le premier tome doit sortir en mars 2019 chez Le Lombard, en Hors collection, ce ne sera pas une série Troisième vague. Ce sera donc d’une facture très classique mais avec un scénario qui va faire parler, je pense. Ces sont des versions d’une forme de vérité de l’Histoire que l’on n’entend pas dans le « mainstream » des médias traditionnels. Tous ces médias rachetés par ces milliardaires… On ne sait plus tellement où on en est ! Sans donner une leçon d’Histoire, on va proposer, grâce à cette personne, une version de l’Histoire de 1945 à nos jours sur un versant très politique. Ça va parler de Djihad, de droite, de tout ça !

Deux hommes en guerre – Case page 38 © Le Lombard

Cela s’inscrit dans la ligne éditoriale des séries initiées par Le Lombard comme La Petite Bédéthèque des savoirs ou encore plus récemment, Hubert Reeves nous explique qui correspondent à des attentes du public et abordent des sujets de manière intelligible…

Surtout, ce qui est intéressant est que la BD est une sorte de vulgarisation… vulgarisation, ce n’est pas péjoratif…

Bien sûr ! C’est expliquer simplement les choses au plus grand nombre…

Voilà ! Et moi, j’ai envie, avec ce prochain projet, de prendre par la main des lecteurs qui n’ont pas l’habitude de lire des trucs super pointus qui sont rébarbatifs à lire dans des livres, des pamphlets politiques compliqués mais par ailleurs très intéressants. Je m’identifie assez au public de la BD – je suis un mec assez simple et pas intellectuel – et la BD peut-être un bon vecteur pour parler de choses compliquées, mais de manière simple, et qui concernent tout le monde. Faire quelque chose d’un peu utile.

Cela change vraiment de ce que tu fais aujourd’hui !

Oui, j’ai envie d’apporter un peu ma pierre à l’édifice et de me rendre un peu utile en tant qu’auteur, dessinateur – pas en tant qu’artiste parce que je ne me considère pas comme tel – et de raconter quelque chose surtout sur des faits qui nous concernent nous, les gens, notre pays. Savoir ce qui se passe, ce que l’on peut comprendre et à quelle sauce on va être mangé !

Deux hommes en guerre – Cases page 37 © Le Lombard

Merci pour ce scoop ! Question plus basique, as-tu suivi une formation spécifique comme nombre de dessinateurs ?

De rien ! Non, je n’ai pas de formation de base. C’est un peu cliché, comme beaucoup de dessinateurs, gamin j’aimais beaucoup Gaston Lagaffe. Tintin était la première BD que j’ai dû lire petit. Forcément, j’ai tout de suite adoré ça et ça reste le must. Astérix aussi ! J’étais un gamin un peu solitaire et je lisais à fond des BD de ce genre-là. Et donc je recopiais Franquin. Enfin, je recopiais Gaston dans ma chambre, quelques super-héros. Je n’ai jamais été très super-héros mais quand même j’en faisais quelques-uns. Et puis j’ai continué comme ça. À l’école, je dessinais sur mes cahiers scolaires. Au collège, on dessinait à fond. Et finalement, jusqu’à maintenant. Je n’ai pas fait d’école de dessin mais juste une école de graphisme, de pub. Il n’y avait pas tellement de dessin, alors bon ! En fait, c’est mon service d’objecteur de conscience qui m’a amené à la BD. Quand j’ai été déclaré apte pour faire le service militaire, je n’ai pas voulu le faire. J’ai demandé à faire objecteur de conscience. Et je me suis retrouvé dans un tout petit village en Auvergne. C’est moi qui ai demandé à être là-bas. Parce qui je me suis dit que j’allais me dégourdir un peu à la campagne. Mes parents habitaient à Clermont à l’époque. Donc, il y avait un bottin et j’ai trouvé l’adresse d’une mairie qui m’a proposé de faire les petits dessins des petits dépliants du service communication d’un tout petit village de trente habitants. Il y avait une mairie, un bar et un tout petit service communication. J’ai fait toutes les affichettes des balades contées, des petits concerts qui se déroulaient dans les églises du coin, pour tout un tas de trucs comme ça. Et le maire du village m’a fait faire une BD sur les contes d’Auvergne. On a fait éditer ça par le petit imprimeur du coin. Et il m’a dit : « J’ai un copain à Clermont-Ferrand qui tient un stand au salon du livre Place de Jaude. Tu n’as qu’à aller dédicacer la BD là-bas ! » J’y suis donc allé avec mon carton de dessins sous le bras. Et par chance, assis à côté de moi sur un autre stand, il y avait Claude Plumail, que je ne connaissais pas à l’époque, avec lequel j’ai discuté toute l’après-midi car il n’y avait personne. (Rires) Enfin, pour lui oui mais pour moi non ! Je lui ai montré mes dessins – j’avais dix-huit, vingt ans – et il m’a dit : « Ha ! C’est sympa ! Tu fais de l’Heroic Fantasy, c’est cool ! Avec mon collègue, on a un scénario qu’on a écrit et on cherche un jeune mec pour le faire. Ça ne te dirait pas d’essayer ? » J’ai essayé et je lui ai envoyé des trucs. Et puis, on a signé une trilogie d’Heroic Fantasy avec Claude Plumail chez Albin Michel. C’est comme cela que j’ai débuté ! Je pense que j’ai eu beaucoup de chance de ne pas passer par des écoles.

Merci Jef pour toutes ces confidences.

Merci à toi.

Propos recueillis par Stéphane Girardot.

Interview réalisée le 28 octobre 2017

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Rédacteur / Secrétaire / Community Manager

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