Dans la bulle de… Chris Boyer

Par | le 14 septembre 2017 | 1 Commentaire

Associé à notre association pour réaliser le portfolio Alpine, Chris Boyer a répondu à nos questions concernant ce projet qui est actuellement en cours de financement sur La Bande du 9. Rencontre.

Peux-tu nous présenter ton parcours professionnel et ce qui t’a amené à te diriger vers le thème de l’automobile ?

Pour expliquer cela, il faut que je remonte loin dans l’enfance. Aussi loin que je me souvienne, dès l’âge de 3 ou 4 ans, je pousse de petites voitures sur le carrelage de la maison de ma grand-mère. Mon grand frère, qui était dix ans plus âgé que moi, me fascinait par sa capacité à assembler avec dextérité des maquettes d’avions ou d’automobiles. Lorsqu’il était à l’école, je lui chipais ses maquettes pour jouer avec et les détruisais par maladresse. Donc je prenais des raclées régulièrement. Le dimanche, nous allions en famille faire voler des avions équipés de radio-commandes préhistoriques. Mais mon premier contact réel avec les belles voitures, c’est le jour où mon cousin, champion de ski, a déboulé à la ferme avec son Alpine berlinette jaune. Sur le siège passager, un magazine d’automobiles avec des Ford GT40 en photo, je ne me suis jamais remis du choc ! Quelques années plus tard, un de mes copains d’école m’a montré une miniature Norev qu’il avait modifiée et redécorée « comme la vraie », et ce fut un nouveau choc. Dès lors, je n’ai eu de cesse d’arriver à reproduire des miniatures d’automobiles, et mon premier emploi sérieux a été sculpteur chez Provence Moulage. Expérience trop courte pour cause d’incompatibilité d’humeur avec le boss, et je suis parti vers le nautisme de compétition, un emploi un peu à contre-cœur mais qui m’a endurci.
Parlons un peu du dessin. Je ne me souviens pas si mon premier dessin était un Mickey ou une voiture, mais je devais avoir 4 ou 5 ans. J’ai demandé à mon oncle ce qu’il en pensait et, gentiment, il m’a dessiné un poulpe. Je ne sais pas pourquoi un poulpe, c’était sans doute le truc qu’il maîtrisait le mieux. Mais lorsque je le comparais à mon dessin de bagnole tout minable, je compris le chemin qu’il me fallait encore parcourir. Cette capacité à dessiner et à sculpter a été la base de tout mon parcours professionnel, tour à tour artiste peintre, dessinateur, illustrateur, designer auto, moto ou bateaux, sculpteur, maquettiste ou modeleur.

Tu as usé de plusieurs styles graphiques, réaliste, semi-réaliste mais également ligne claire. Y a-t-il un style en particulier que tu préfères ?

A travers la réponse précédente, tu as sans doute deviné une forme d’instabilité dans mon parcours créatif. Il a donc fallu que j’explore toutes les formes « d’art ». En lisant les Spirou et Tintin de mon grand frère, je découvre Franquin, Jidéhem, Jean Graton, Jijé. Plus tard, ce sont Pilote, Métal Hurlant et les fantastiques artistes que sont Chris Foss, Philippe Druillet, Denis Sire, Michael English, Jean-Claude Mézières, Moebius, etc. Des styles graphiques tous différents, mais qui transportent le même amour pour les belles choses. Au fil des ans, j’ai alors tenté de « faire comme eux », en me rendant compte avec une certain dépit que je n’arriverai jamais à être aussi bon. Manque d’ambition ou de persévérance ? Quoi qu’il en soit, il fallait assurer le quotidien et je me suis appliqué à utiliser mes capacités à des fins « alimentaires ». Le « custom painting » s’est révélé l’activité la plus rentable et a accompagné ma vie professionnelle. Le dessin est resté un loisir, sauf pendant quelques années où j’ai eu la chance de réaliser régulièrement des illustrations de moto pour Option-Moto dans un style plutôt réaliste. Mais mon illustrateur « chéri » reste Jidéhem.

Tu as contacté la Ribambulle pendant la campagne de financement du portfolio de Christian Papazoglakis. Qu’est-ce qui t’en a donné envie ?

Chaque fois que j’en ai eu le temps, j’ai agrémenté le boitage de mes miniatures de dessins originaux, plutôt qu’une photo. J’ai montré ces dessins à Christian en lui demandant si La Ribambulle pourrait être intéressée par ce style graphique. Il m’a suggéré de prendre contact directement, et le courant est passé.

Que représente la marque Alpine pour toi ?

J’ai déjà parlé de l’Alpine de mon cousin. Ensuite, la marque Alpine est devenue la référence française en rallye, avec l’accession à des titres de champions du monde. Andruet, Therier, Ragnotti faisaient partie de mes idoles comme François Cevert ou Jean-Pierre Beltoise. J’ai conduit plusieurs Alpine qui m’ont donné envie d’en posséder une. Malheureusement, à la veille d’acquérir une A310 V6, j’ai détruit la voiture qui devait assurer son financement. Grosse déception !

Quelle est ton Alpine préférée ? Et pourquoi ?

Dans la gamme des voitures de route, sans hésitation et sans surprise, la Berlinette A110, les subtiles retouches apportées au dessin original atteignant la perfection fin des années 60. Pas très loin derrière vient la A310 V6, un dessin totalement en rupture, moderne et équilibré, qui fait facilement oublier les places arrières additionnelles. Mais je rêve toujours d’une « super berlinette » biplace à moteur central arrière 3 litres V8, dérivée de la version compétition de la A220. Un genre d’Alfa-Roméo 33 Stradale, mais bleue.

Comment as-tu choisi les dix modèles présents dans le portfolio ?

Au départ, je pensais illustrer des Alpine de compétition, mais après concertation le choix s’est tourné vers les voitures de route. Je préfère les voitures avec des numéros collés sur les portes alors, pour me venger, j’ai choisi de toutes les représenter bleues ! Blague à part, toutes les Alpine sont belles à mes yeux, et devoir en écarter certaines a été un peu compliqué.

Chaque illustration a la particularité de mettre en scène un auteur de BD au volant d’une Alpine. Pas trop difficile à réaliser ?

Si, c’est très difficile. Pour être efficace, il faut arriver à capter en quelques traits les caractéristiques de chaque auteur, et choisir des personnages qui ont le plus de chance d’avoir pénétré la mémoire populaire.

La campagne de financement a débuté sur les chapeaux de roues. Surpris ?

Oui, très. J’avais très peur que personne ne soit intéressé par mes petits dessins. Espérons que le succès soit suffisant pour envisager un futur portfolio avec les mêmes partenaires.

Merci à toi d’avoir répondu à nos questions.

Propos recueillis par Nicolas Vadeau.

Interview réalisée le 13 septembre 2017

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Une réponse to “Dans la bulle de… Chris Boyer”

  1. 14 septembre 2017

    Jean-Pierre Vadeau Répondre

    Super reportage de Chriss et Nicolas
    PS: J’apprécie d’autant plus que je suis un inconditionnel de la marque Alpine depuis 1968 année de mes 16 ans

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